Abonné

Vient de paraître « Notre agriculture, nouvelle Pac, nouvel enjeu »

- - 4 min

Olivier de Gasquet, directeur des interprofessions des oléagineux (Onidol) et des protéagineux (Unip), est un fin connaisseur de la politique agricole commune. Il vient de publier un ouvrage intitulé , nouvel enjeu. Il s’agit en fait de la seconde édition de son livre publié en 2002, auquel il a ajouté tous les éléments de la dernière réforme de la Pac de 2003. Il constate que la France se montre bien frileuse par rapport aux autres Etats membres, qui en profitent pour refondre les conditions de soutien à l’agriculture.

Excellent pédagogue, Olivier de Gasquet, qui a enseigné à l’institut du management des affaires et du commerce international, retrace toute l’histoire de la politique agricole commune depuis les années 60, en analysant en parallèle toutes les « grandes manœuvres » autour de l’organisation mondiale du commerce. L’agriculture se trouve en effet systématiquement au cœur des négociations. Dans les débats internationaux, celui des OGM n’est pas neutre. « Pour la première fois sans doute à pareille échelle, la pression de l’opinion a interféré avec la stratégie économique des Etats et des grands groupes internationaux. En face des Etats-Unis qui avaient l’habitude d’encourager l’innovation technologique par des règles peu contraignantes pour créer un avantage concurrentiel en leur faveur, la démarche des pays européens s’est jusqu’à présent imposée ».

Risque de « renationalisation »

Olivier de Gasquet consacre tout un chapitre à la réforme de la Pac de 2003, en insistant notamment sur la critique très vive de la France au projet du commissaire européen Franz Fischler : à la fois du président de la République et de l’opinion agricole qui « se berce d’illusion ». « Une fraction de l’opinion agricole a même l’imprudence de croire que la France est en mesure de s’opposer avec succès à toute remise en cause de la Pac », se souvient-il. Il n’en est rien. Franz Fischler doit, lui aussi, mettre de l’eau dans son vin. Alors qu’il avait élaboré un projet visant à « verdir » les aides de la Pac en transférant des aides du premier pilier vers le deuxième pilier pour que ce dernier soit renforcé, « ce n’est pas la politique de développement rural qui va “siphonner” la politique de marché, c’est l’élargissement ». De plus, « les revendications contradictoires des ministres l’ont amené à accorder un degré de subsidiarité sans précédent aux Etats membres en matières de modalité d’application, certains commentateurs n’hésiteront pas à parler de renationalisation », précise-t-il.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

La France est la seule à y aller « à reculons »

Puis vient le temps de la mise en application, après deux ans d’élaboration, les agriculteurs se disant « qu’avec un peu de chance, rien ne changera vraiment ». « Alors que notre pays donne l’impression d’entrer à reculons dans la réforme, beaucoup de nos partenaires semblent au contraire impatients d’en pousser plus loin la logique », s’étonne l’auteur. La France est ainsi la seule à avoir décidé d’user à fond du recouplage des aides Pac. Elle a pour ligne de conduite « d’appliquer la réforme de façon à modifier le moins possible les conditions de soutien accordées à ses exploitations », en refusant même d’utiliser l’article 69 du règlement européen. Olivier de Gasquet fait le constat qu’entre la position de la France et celle des autres Etats membres pour lesquels la réforme est au contraire l’occasion de tout refondre, « le fossé ne peut que s’élargir ». Il se demande comment va évoluer cette Pac. Quel va être « l’avenir d’un édifice aussi disparate » ? En gardant toujours à l’esprit que le découplage des aides apparait comme « le moyen de stabiliser la dépense agricole» de l’UE « avant de la réduire » !

Prix : 23 euros - Editions Vuibert, 12 rue des Cordelières — Paris 13e — tél. 01 44 08 49 00 — npinglin@vuibert. fr