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Jean-Louis Roy, directeur administratif et financier de Fleury Michon "Nous avons toujours un temps de retard pour répercuter nos hausses de tarifs auprès de la grande distribution"

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Pourquoi Fleury Michon qualifie-t-il ses résultats semestriels de "décevants" ? Dès juin, le groupe avait pourtant anticipé des résultats négatifs. Le "problème" est-il plus complexe que prévu ?  

Effectivement, en juin nous avions annoncé des résultats négatifs eu égard à la hausse de la matière première et à nos difficultés à répercuter ces hausses auprès des distributeurs. Ce qui nous qualifions de décevant à l'occasion de la publication de nos résultats semestriels se situe au niveau du résultat net et du résultat mis en équivalence.

En Italie, nous nous attendions certes à une année difficile et à des pertes, mais le niveau est supérieur à celui attendu. Les origines du problème dans ce pays ne sont pas nouvelles. Après l'important incendie intervenu en 2017, la reconstruction de l'usine a engendré des frais un peu supérieurs à ce qui était prévu. Mais l'écart le plus important tient surtout au fait qu'après cet incident, nous avons un mix client / circuit de distribution moins favorable, mais qui s’améliorera dans le temps, et nous avons rencontré des difficultés pour répercuter les hausses de matières premières dans les fruits de mer auprès des distributeurs.

Des restructurations sont-elles prévues en Italie ?

Il est clair que des mesures vont être prises avec nos partenaires avec qui nous sommes régulièrement en contact. Par contre, tout ça demandera un peu de temps. Et même si nous prévoyons une amélioration des résultats en 2020, à mon avis, nous ne serons pas encore à l'équilibre cette année-là.

Vous rencontrez des difficultés en Italie, pourrait-on imaginer une évolution capitalistique de votre partenariat ?

Non, il n'y a pas de raison. Nous sommes partenaires avec Fratelli Beretta pour la commercialisation de plats cuisinés en Italie depuis le démarrage de cette activité en 1998 et tout fonctionne très bien. Nous avons d'ailleurs un peu le même fonctionnement en Espagne, avec Mercadona, au travers de Platos Tradicionales et nos associations à 50/50 nous donnent satisfaction dans le fonctionnement.

Le principal avantage de ces partenariats à l'époque de leur création a été l'accès aux clients. C'était majeur pour nous. Quand nous avons démarré l'activité plats cuisinés en Italie, nous n'y serions pas arrivés sans nos partenaires. La grande distribution ne nous aurait jamais reçus. Et aujourd'hui, nous n'avons pas de raison de changer les choses.

Fleury Michon annonce un second semestre également complexe avec la poursuite de la hausse des cours de viande porcine. Quelle est votre visibilité pour l'ensemble de l'exercice en cours ?

Lorsque nous avons communiqué en juin, nous n'avions pas la vision de ce qui s'est passé sur les cours du porc durant l'été et jusqu'à récemment, à savoir une deuxième salve de hausse pour atteindre des niveaux jamais vus. Aujourd'hui, un scénario plausible, sachant qu'il existe de grandes incertitudes, est que les cours restent à des niveaux élevés pendant plusieurs mois, voire toute l'année 2020.

Quand nous regardons les courbes d'évolution des prix, jusqu'à présent chaque hausse était suivie d'une baisse la même année. Or, pour l'instant, nous ne voyons rien qui laisse penser à une telle correction dans la même année. Ce qui est d'autant plus pénalisant pour nous que nous avons toujours un temps de retard pour répercuter nos hausses de tarifs auprès de la grande distribution. Ainsi les hausses matière première de juillet et août derniers ne seront répercutées à la grande distribution qu’à compter de notre tarif daté du 7 octobre prochain. Aussi, à date, ces hausses de coûts de l'été sont déjà dans notre compte d'exploitation et pèsent sur la rentabilité.

Et à combien se montent les hausses consenties par la grande distribution ?

Après la hausse obtenue en avril, mais qui est insuffisante, le nouveaux tarif applicable au 7 octobre représente une hausse de plus de 8 % par rapport au précédent, sur les références à base de porc.

Vos résultats 2019 seront-ils négatifs ?

Les niveaux de résultat attendus pour le 2e semestre restent incertains, eu égard à l’incertitude qui existe sur les cours de matières premières de jambon. Cependant, à la vue de l’évolution actuelle de la hausse des cours de jambon de porc, les résultats du 2e semestre ne devraient pas compenser les pertes enregistrées sur le 1er semestre.

Hausse des cours de viande porcine, atonie de la consommation, négociations difficiles avec la grande distribution : comment voyez-vous la sortie du tunnel ?

Tous les marchés, qu'ils soient européens ou mondiaux, n'évoluent pas de la même manière et je ne connais pas précisément la suite de l'histoire, c'est pourquoi nous envisageons tous les scénarios. En premier lieu, est-ce que les cours de viande porcine peuvent continuer à monter ? Rigoureusement oui, et il faudra bien à nouveau répercuter ces hausses auprès de nos clients. Cependant, il arrivera alors un moment où le consommateur se tournera vers d’autres produits que le jambon de porc. Fleury Michon, a heureusement la chance d'être présent sur d'autres segments, tel que la volaille, des produits snacking, et traiteur.

Deuxième scénario, les cours du porc stagnent. Les tarifs en vigueur devraient alors être en adéquation avec les niveaux de prix d’achat. Et enfin, troisième scénario : les cours repartent à la baisse, parce qu'il y a un moment où ça arrivera, ce qui détendra la situation connue à date.

Vous avez annoncé l'acquisition en juillet de Marfo Food aux Pays-Bas. Pourquoi le catering aérien est-il un axe de développement important pour Fleury Michon ?

Oui, en effet. Le catering aérien est un marché rentable et porteur, où non seulement les compagnies aériennes grossissent, mais sont de plus en plus attachées à la qualité et à la traçabilité des produits servis sur leurs lignes. Les acteurs de la taille et avec le savoir-faire de Fleury Michon les rassurent et notre clientèle avec celle de Marfo est très complémentaire.

En règle générale, les compagnies ne s'approvisionnent pas chez le même fournisseur à l'aller et au retour. Tout l'enjeu pour nous aujourd'hui va être de les fidéliser de chaque côté de l'Atlantique, avec Marfo d'un côté et Delta DailyFood de l'autre côté (leader du catering aérien en Amérique du Nord acquis par Fleury Michon en 2006, ndlr). En année pleine, le pôle catering aérien devrait peser 100 M€ de chiffre d'affaires et d'ici trois ans, 150 millions d'euros, avec des niveaux de rentabilité supérieurs à ceux du groupe.

Et nous déployons aussi notre troisième axe de développement dans la restauration hors domicile au sens large, à travers le déploiement des bars traiteur, nos pop-ups et nos gammes Par Ici. Concernant les bars traiteur, Fleury Michon cherche à faire évoluer l’offre actuelle des bars à salade. Nos bars traiteur, qui vont être testés couvriront des instants de consommation du matin, du midi et du soir, avec des offres différenciées. Ces bars traiteur seront présents à travers plusieurs circuits, aussi bien en entreprises que dans des galeries marchandes à travers de pop-up store et dans la grande distribution. Ce concept devrait bien se déployer en 2020.

Votre situation financière, avec un gearing de 63% au 30/06/2019, vous le permet-elle de poursuivre la croissance externe ?

Après Paso en 2018 et Marfo et une participation dans Frais Emincés en 2019, effectivement Fleury Michon a accru sa dette nette qui est ainsi passée à 140 M€ à la fin du dernier semestre, contre 90,9 M€ fin juin 2018. Nous allons marquer une pause pour nous désendetter et pour intégrer ces nouvelles entités.