Le 1 juillet prochain – date d’entrée en vigueur du « mémorandum sur les conditions d’exportation » de viande et de produits carnés signé en mars dernier par Bruxelles et Moscou – risque une nouvelle fois d’être marqué par de fortes perturbations des exportations vers la Russie. Dans un courrier adressé le 23 juin dernier à la Commission de Bruxelles, le chef des services vétérinaires, Sergueï Dankvert, lance un nouvel ultimatum à la quasi-totalité des Etats membres de l’UE. Ce sujet – ainsi que le problème des résidus d’antibiotiques – devait être abordé au sommet UE-Russie des 26 et 27 juin qui se tenait dans la ville pétrolière de Khanty-Mansiisk, en Sibérie de l’Ouest.
Soucieux d’appliquer à la lettre le mémorandum sur les exportations de viande négocié cet hiver par Bruxelles, le chef des services vétérinaires russes, Sergueï Dankvert, a fermement rappelé, le 23 juin dernier, dans un courrier adressé à la Commission européenne, « qu’à partir du 1 er juillet 2008, les livraisons de viande en provenance des pays de l’UE ne seront autorisées que pour les entreprises qui auront été approuvées par (ses services) comme ayant le droit d’exporter des produits carnés vers la Fédération russe » . A ce stade, indique-t-il, seuls l’Allemagne, l’Irlande, les Pays-Bas et la Finlande sont parvenus à faire valider une liste des exportateurs et de leurs fournisseurs par les autorités russes. En ce qui concerne la France, des établissements de porcs ou de produits à base de porcs ont été agréés, mais aucun pour les autres secteurs. Car, précise M. Dankvert, les listes proposées par la France – tout comme la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Italie, et la Suède – présentaient des « lacunes ». De même, pour le Danemark, seuls des opérateurs de la filière volaille ont obtenu leur inscription. « Les services vétérinaires des autres pays de l’UE n’ont pas présenté à la fois les mémorandums et les listes », écrit le responsable russe.
L’Espagne, la Finlande, la France, la Belgique, le Danemark, la Suède et les Pays-Bas ont, comme prévu, ratifié le mémorandum avec les services moscovites. Ce processus est en cours de finalisation pour l’Irlande, l’Italie et l’Allemagne.
Problèmes encore plus préoccupants sur les résidus
En plus des signes de mauvaise volonté envoyés par Moscou dans la mise en œuvre du mémorandum, les services russes ont intensifié, depuis la mi-juin, leur offensive contre les résidus de médicaments vétérinaires dans la viande et les produits à base de viande. « Les Russes ont maintenant une tolérance nulle pour la présence de résidus de certains antibiotiques courants qui sont autorisés dans l’UE », explique un vétérinaire qui juge cette question encore plus préoccupante que celle de la date butoir du 1 er juillet. Car finalement, explique-t-il, « tant bien que mal », les Etats membres parviendront à faire valider leurs listes.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Plusieurs entreprises européennes ont déjà fait les frais dans le secteur de la volaille et du porc des problèmes de résidus d’antibiotiques. C’est le cas de plus de 70 sites situés dans sept pays de l’Union (Danemark, Allemagne, France, Italie, Espagne, Belgique et Hongrie). Le pays le plus touché est le Danemark, qui a vu ses exportations de porc vers la Russie réduites de moitié en raison de l’interdiction de ses plus gros exportateurs.
Priorité à la négociation du partenariat stratégique
La Commission soupçonne la Russie de vouloir ainsi contribuer à développer la production nationale russe. « Il y a un soupçon », confie l’un de ses responsables. Ces mesures sont apparues « peu après des discours officiels appelant à élever le niveau d’autarcie dans le domaine agricole, fait-il remarquer. Et tout d’un coup, on se retrouve avec des contrôles plus stricts sur les exportations ». Un responsable gouvernemental russe, Viktor Zoubkov, a en effet confirmé à l’agence officielle Ria Novosti le 24 juin, l’objectif de faire en sorte que « la Russie devienne en 2012 un exportateur incontournable de produits alimentaires ».
Quoi qu’il en soit, « personne ne veut donner trop d’importance à ce sujet », ajoute-t-on à la Commission, mais celui-ci devait être « mentionné » lors du sommet UE – Russie des 26 et 27 juin. Et de préciser : « On a déjà eu le problème de la viande polonaise qui a gâché l’ambiance pendant longtemps, nous ne voulons pas dramatiser ». La priorité de Bruxelles est, pour le moment, de donner le coup d’envoi formel aux négociations, cruciales pour les approvisionnements de la Communauté en énergie, du nouvel accord de partenariat stratégique.