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Nutrition animale : Eurolysine paré à rebondir en 2025

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La nouvelle filiale d’Avril, spécialiste des acides aminés produits par fermentation à Amiens, espère retrouver un mode de fonctionnement optimisé dès 2025. Elle a fait un point sur son plan stratégique de redressement, six mois après la reprise, et ses nouvelles perspectives de développement.

À l’occasion d’une visite de l’usine d’acides aminés Eurolysine d’Amiens, le 13 janvier, Jean-Philippe Puig, directeur général d’Avril, s’est réjoui que des droits de douanes provisoires aient été instaurés ce jour sur la lysine produite en Chine, qui « corrigent les écarts de prix de vente » et vont « rééquilibrer le marché mondial et redistribuer les cartes ». Eurolysine compte optimiser le fonctionnement de ses fermenteurs en 2025 et pour cela fortement augmenter sa production et ses achats de sucre, l’aliment des bactéries, a indiqué son président Eddy Feijen devant les soutiens institutionnels et fournisseurs de la filiale d’Avril. Ils étaient invités à visiter le site de production d’Amiens de 40 hectares, six mois après l’acquisition d’une grande part de la société de biotechnologie Metex par le groupe Avril. Ainsi, le site industriel de Metex, qui fonctionnait à 30 % de ses capacités avant l’achat, consommerait dès cette année entre 100 000 et 150 000 tonnes annuelles de sucre. Des contrats ont été conclus pour 3 ans à la mi-2024 ; pour autant, Eurolysine et le groupe Avril entendent les faire évoluer. Le site industriel produit essentiellement de la lysine (70 à 80 %), du tryptophane (10 %) et d’autres acides aminés. Les trois quarts sont exportés.

Souveraineté protéique

Du côté des marchés, Eurolysine et son actionnaire majoritaire Avril comptent sur la Politique agricole commune pour encourager l’autonomie protéique des élevages. Le projet est ambitieux et c’est ce qu’il fallait à Eddy Feijen, a-t-il confié à des journalistes, pour quitter Oléon, filiale d’Avril spécialisée dans l’oléochimie dont il était DG adjoint, et assumer la position de CEO d’Eurolysine. Il faut dire qu’Avril va consacrer le budget considérable de 130 millions d’euros sur cinq ans pour moderniser les infrastructures du site d’Amiens, améliorer leur efficacité énergétique et renforcer la résilience industrielle. Le pari du groupe est partagé par le fonds d’investissement SPI (géré par Bpifrance pour le compte de l’Etat), qui détient 45 % du capital d’Eurolysine.

Le plan de développement consiste à produire pendant trois ans les six acides aminés essentiels et ultérieurement d’autres acides aminés à forte valeur ajoutée. Eddy Feijen compte sur le « nouveau département innovation au service de la production et des clients » qui a intégré les équipes du centre de recherches auvergnat de Saint-Beauzire, pour trouver des solutions d’optimisation de la matière première, développer des produits et trouver des solutions pour accompagner les transitions dans l’élevage.

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Un fort enjeu électrique

Les acides aminés essentiels sont « de puissants leviers de décarbonation en élevage », a souligné Eddy Feijen. Ils permettent notamment de reformuler des aliments pour porcs et volailles affranchis du soja importé et engendrant moins de rejets. En émettant une tonne de CO2 pour leur production, Eurolysine peut en faire économiser 30 tonnes en élevage.

Le groupe Avril fait valoir que la lysine elle-même, si elle est produite dans les Hauts-de-France à partir de sucre régional, a une empreinte carbone cinq fois plus basse en sortie d’usine qu’une lysine produite en Chine. Encore faut-il qu’Eurolysine puisse produire dans les meilleures conditions énergétiques possibles et commercialiser ses acides aminés à des filières d’élevage encouragées à leur transition nutritionnelle. Eddy Feijen a mis en avant l’enjeu de l’électricité, qui est la piste privilégiée pour remplacer le gaz servant à produire la vapeur d’eau et atteindre l’objectif de réduire de 30 % l’empreinte carbone du site d’ici à 2030. La vapeur sert essentiellement à stériliser les fermenteurs avant l’introduction des bactéries productrices. Le dirigeant souhaite aussi un régime favorable d’approvisionnement en sucre – qui sert d’aliment aux bactéries – , soulignant que cela devrait relever de l’organisation commune de marché.

« Les acides aminés sont de puissants leviers de décarbonation en élevage »