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Œufs : le leader Matines va cesser ses activités « à l’automne »

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Faute de repreneur, le n°1 français des œufs coquille a annoncé son projet de cesser ses activités d’ici l’automne. Une décision qui vient conclure une période de plusieurs années d’« importantes difficultés économiques », sur fond de recul des ventes d’œufs issus de poules en cages.

Séisme dans la filière œufs. Matines, le leader français des œufs coquilles, a présenté le 2 juin à ses salariés son « projet de cessation volontaire de la totalité de ses activités de conditionnement et de commercialisation d’œufs à destination de la grande distribution et de la restauration collective », annonce-t-il dans un communiqué. « Confrontée depuis plusieurs années à d’importantes difficultés économiques », la société du groupe Avril n’a pas pu trouver de repreneur « en mesure d’assurer la pérennité des activités et des emplois ». L’arrêt de ses activités « pourrait intervenir, à l’automne 2022, par la cession ou la fermeture de ses établissements », après les discussions avec les représentants du personnel et la procédure d’information-consultation. « Si le projet de fermeture est validé par l’administration et s’il n’y a toujours pas de repreneur d’ici [l’automne], c’est la fermeture », explique à l’AFP Christophe Le Bars, directeur général d’Avril Solutions pour l’agriculture. « Après avoir recherché un repreneur pour la société au global pendant un an, depuis deux mois nous avons exploré des pistes de reprises individuelles », a-t-il ajouté.

Un centre de conditionnement repris par Sanders

Matines possède trois centres de conditionnement, pour quelque 820 millions d’œufs par an. Seul celui de Naizin (Morbihan) fait l’objet d’un « engagement de reprise » par Sanders (Avril). Le repreneur y prévoit une « activité de prestations de conditionnement d’œufs par une nouvelle société pour le compte de plusieurs entreprises commercialisant des œufs en grande distribution ». Par ailleurs, « le site de stockage de Trémorel (six salariés) pour la grande distribution sera aussi repris », indiquent nos confrères des Marchés (groupe Réussir-Agra). Matines cherche toujours un repreneur pour ses autres centres de conditionnement de Chalamont (Ain) et Brugnens (Gers), ainsi que pour ses sites administratifs de Bruz (Ille-et-Vilaine) et Saint-Gérand (Morbihan).

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Si aucun repreneur n’est trouvé, la cessation d’activité pourra conduire à « la suppression de 114 postes ». Matines s’est engagé à accompagner l’ensemble de ses salariés et à leur proposer « des offres de reclassement ou de mobilité ». L’entreprise promet aussi de « tout mettre en œuvre pour identifier des débouchés de substitution pour ses éleveurs-partenaires ». Le débouché des producteurs ayant un contrat avec Sanders (notamment les adhérents du groupement Armor œuf) sera préservé. Mais Matines achète aussi quelque 400 millions d’œufs à Eureden. Or, selon David Chauvin, directeur des productions animales de la coopérative, le projet de prestations de services à Naizin ne présente aucune garantie que les œufs d’Eureden continueront d’être achetés. L’annonce du projet de cessation d’activité « a généré une forte inquiétude de nos adhérents éleveurs de poules pondeuses », explique M. Chauvin, cité par Les Marchés.

Recul des œufs de poules en cage

Matines commercialise environ 900 millions d’œufs par an (conditionnés ou non), contre 1,6 milliard en 2014, au moment du rachat par le groupe Avril. Cette baisse de volume est « fortement corrélée à la disparition du marché principal de Matines avec les œufs issus de poules élevées en cage », a expliqué Christophe Le Bars à l’AFP. Comme ses concurrents, Matines produit désormais « une majorité d’œufs alternatifs » (bio, Label rouge, plein air ou issus de poules élevées au sol), contre 20 % en 2014. En huit ans, les pertes cumulées de Matines s’élèvent à 114 M€. Elles se sont « aggravées depuis 2021 : les œufs coûtent plus cher à produire, le prix des matières premières est plus élevé et nous n’avons pas réussi à répercuter ces hausses », déplore M. Le Bars.

En l’absence de repreneur partiel, 114 salariés menacés

Pertes cumulées de 114 M€ en huit ans