Abonné

One Planet Summit : les financeurs privés boudent l’agriculture

- - 5 min

Le 12 décembre, le monde de la finance s’est réuni dans le cadre du One Planet Summit pour franchir « une nouvelle étape dans ce combat collectif », selon les termes du chef d’État français, celui contre le dérèglement climatique. L’heure n’était pas à lister les solutions, mais à trouver des financements pour les concrétiser. Les financeurs privés ont fait des annonces concernant l’énergie, les transports ou encore les bâtiments. S’agissant d’agriculture, ils sont encore frileux.

« Je suis le plus grand fabricant au monde de réservoir à essence. En 2020, on va passer au réservoir à hydrogène. Nous voulons passer d’un “leadership” de haute valeur carbonée à celui de haute valeur environnementale », a déclaré Laurent Burelle, p.-d.g. de Plastic Omnium, lors du sommet sur le financement climatique – le One Planet Summit – à Paris, le 12 décembre. Voilà l’esprit des annonces et/ou des déclarations d’intentions qui se sont succédé dans la journée sur l’île Seguin. Ainsi, des chefs d’entreprise, des banques de développement et une cinquantaine de chefs d’État ont voulu envoyer le message que l’heure est au verdissement de la finance. Pour résumer, le chef de l’État Emmanuel Macron a demandé que cette journée soit « une nouvelle étape de ce combat collectif » contre le dérèglement climatique, celle du financement des solutions identifiées.

Quelques annonces pour l’agriculture

Concernant le monde agricole, l’Union européenne a annoncé un soutien des investissements du secteur privé à hauteur de 9 milliards d’euros d’ici 2020 à destination de l’Afrique et des pays voisins de l’UE, entre autres pour « l’agriculture durable ». Selon un communiqué, il s’agit de « réduire les risques d’investissement et de mobiliser des fonds supplémentaires ». Par ailleurs, la Fondation Gates, la Commission européenne et des États ont ouvert un programme de 650 millions de dollars pour « accélérer le transfert de l’innovation agronomique sur le terrain, notamment dans les pays en développement ».

Des opportunités sous conditions

Concernant les projets « agricolo-agricoles », les financeurs privés ne se bousculent pas au portillon. « Les besoins de financement les plus grands concernent l’énergie, le bâtiment et les transports. En outre, l’agriculture est moins rentable pour des investisseurs privés », explique Jean-Baptiste Poncelet, responsable climat pour France Nature environnement. S’agissant du financement des projets agricoles de production d’énergie renouvelable (méthanisation, photovoltaïque), le 12 décembre, la FNSEA a mis en avant les besoins des filières. Selon le syndicat, l’agriculture française pourrait doubler sa production d’énergie verte « si elle pouvait disposer de financements adaptés » pour le « décollage de projets de petite taille » et la « décentralisation de la production d’énergie renouvelable vers les territoires ». Pour ce qui est des financements publics, en France, le nouveau gouvernement semble beaucoup moins ouvert que le précédent aux projets agricoles de méthanisation, déplore Olivier Dauger, responsable climat du syndicat. Quant à l’hypothétique arrivée de financeurs privés sur des projets d’énergie à la ferme, il n’est pas contre. Mais à une condition : « Les agriculteurs doivent garder la main sur les projets ».

Les besoins de financement les plus grands concernent l’énergie, le bâtiment et les transports, mais beaucoup moins l’agriculture

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

photovoltaïque
Suivi
Suivre

« Nous voulons garder la main sur les projets », explique Olivier Dauger, référent climat pour la FNSEA

« Finance verte » : Attac dénonce des investissements mal orientés

Attac a publié un rapport le 8 décembre dénonçant les défaillances des investissements pour la transition énergétique. Selon l’organisation, les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables reculent et ceux consacrés aux énergies fossiles ne diminuent pas suffisamment. Ainsi, en 2016, quand 1 $ était investi dans les énergies renouvelables, 3 $ l’étaient pour les énergies fossiles. À quelques jours du One Planet Summit, Attac publie 4 recommandations pour améliorer les dispositifs de finance verte. Il s’agit de « réguler le marché » des obligations vertes, « créer une nouvelle agence de notation pour encadrer la finance verte », « rendre l’ensemble du marché obligataire mondial climato-compatible », et « créer d’autres canaux pour les acteurs économiques et institutionnels qui n’ont pas accès au marché obligataire ».

Les ONG demandent à la France d’être fer de lance de la transition écologique

Une quinzaine d’ONG ont présenté le 8 décembre les « 3 chantiers » qu’elles jugent prioritaires pour que les ambitions environnementales affichées à la Cop 21 puissent être atteintes. Les ONG (Réseau Action climat, Greenpeace, FNE, Oxfam France…) estiment que la France doit être le fer de lance de la transition écologique en s’attaquant à ces 3 chantiers : cesser tout soutien financier aux énergies fossiles, amplifier la justice climatique à travers la mobilisation de 0,55 % du revenu national brut à l’aide publique au développement à l’horizon 2022, et pousser l’Union européenne à se remettre « sur les rails de la transition climatique dès 2018 ». Les ONG attendent notamment d’Emmanuel Macron qu’il soutienne fermement la réduction européenne des gaz à effet de serre (GES). Pour les ONG, il faut viser une réduction des GES de l’ordre de 55 % d’ici à 2030 afin d’atteindre la « neutralité carbone » de l’Europe en 2050. Concernant les États généraux de l’alimentation, les ONG ont demandé que les 5 milliards d’euros d’investissement soient fléchés vers l’agriculture bio et la Haute valeur environnementale (HVE).