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Ovosexage : 15 % du cheptel exempté, L214 manifeste

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Les animalistes de L214 s’inquiètent de l’ampleur des dérogations accordées à l’obligation d’ovosexage des œufs et l’interdiction d’élimination des poussins mâles de la filière pondeuse. Un décret à paraître devrait exempter les souches à œufs blancs, qui représentent 15 % du cheptel.

L’association animaliste L214 manifestait, le 7 décembre, devant les locaux de la DGAL (ministère de l’Agriculture) pour protester contre le trop grand nombre de poussins qui continueront d’être éliminés en 2023, malgré l’obligation annoncée de l’ovosexage des œufs dans la filière poules pondeuses. L’association était accompagnée de députés et d’élus de la gauche, parmi lesquels Cédric Villani, Aymeric Caron ou Danielle Simmonet.

L214 crie à la « trahison » du gouvernement, qui évoquait les exemptions comme des « cas particuliers », dans sa communication en février. S’appuyant sur un article de nos confrères des Marchés, l’association craint que les exemptions annoncées dans un décret au printemps concernent l’ensemble du marché des ovoproduits (35 % de la consommation française en 2019). Une lecture « erronée », estime le CNPO (interprofession de l’œuf), qui crie de son côté à « la désinformation pour harceler le secteur de l’élevage ».

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Un décret à paraître

Pour rappel, un dernier décret reste à paraître qui définira les souches éligibles et les conditions de mise à mort des poussins mâles qui continueront d’être tués et valorisés dans le marché de l’alimentation animale. Selon le CNPO, ce marché devrait être alimenté par les poussins mâles de poules de souches à œufs blancs. Une information confirmée par le cabinet de Marc Fesneau. Ces souches représentent aujourd’hui 15 % du cheptel français, et sont presque exclusivement destinées au marché de l’ovoproduit (agroalimentaire, restauration), précise l’interprofession. Cette exemption serait accordée pour des raisons « techniques et économiques », glisse-t-on au CNPO. Autrement dit pour limiter les distorsions de concurrence sur un marché des ovoproduits très ouvert à la concurrence intra-européenne.

En effet, l’interdiction du broyage des poussins mâles reste une exception en Europe. En France, elle a mis du temps à se mettre en œuvre. Elle fut d’abord annoncée pour 2024 par le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert, puis rapprochée, à la fin 2021, par son successeur Didier Guillaume, avant d’être finalement reportée par Julien Denormandie à début 2023. Autre pays en pointe sur le sujet en Europe, l’Allemagne a tenu son engagement plus tôt que la France, mais y aurait perdu une partie de ses couvoirs, s’inquiète le CNPO. L’interprofession soutient donc vivement les efforts du gouvernement dans sa volonté de généraliser la fin du broyage à toute l’Europe. En vue, la réforme de la réglementation européenne sur le bien-être animal, qui doit être discutée fin 2023.

« Trahison » pour L214, « désinformation » pour le CNPO