La demande en protéines animales dans un contexte de prix bas des matières premières agricoles sera le principal moteur de croissance pour l’agriculture européenne dans les dix prochaines années. Dans ce contexte, les secteurs européens de la viande de porc et de volaille, du lait et du sucre devraient se développer au contraire du bœuf dont la production est prévue en recul.
Des prix relativement bas et un marché tiré par la demande en protéines animales, c’est dans les grandes lignes ce que prévoit la Commission européenne pour le secteur agricole dans les dix prochaines années. Les services de la direction générale de l’agriculture ont présenté les 6 et 7 décembre leur rapport annuel sur les perspectives à moyen terme pour les marchés agricoles, lors d’une conférence à Bruxelles. Dans un contexte général de baisse des prix de l’énergie et des matières premières, la demande mondiale croissante et les prix abordables des aliments pour animaux devraient favoriser le secteur de l’élevage, le lait, la volaille et le porc. L’utilisation totale d’aliments composés pourrait augmenter de 2,9 % dans les dix prochaines années.
La demande de céréales dans l’UE devrait donc croître de 6 % à l’horizon 2026, principalement pour la production d’aliments pour animaux, et c’est surtout le maïs qui en tirera parti. Par contre, pour les oléagineux, Bruxelles anticipe un recul progressif de l’utilisation du colza au profit du soja. Résultat : les superficies diminuent et les importations de soja augmentent. Cette tendance marque un renversement par rapport à la dernière décennie qui s’explique par le fait que l’utilisation des aliments pour animaux deviendra le principal moteur de la demande en oléagineux, étant donné la stagnation de la demande de biocarburants en raison de l’incertitude politique.
L’augmentation de la demande et de la production de biocarburants de l’UE devrait progresser jusqu’en 2020 (à 6,5 % de l’énergie du secteur des transports). Mais au-delà de cette date, difficile pour les auteurs du rapport d’y voir clair avec la proposition mise sur la table par la Commission pour limiter à 3,8 % les biocarburants de première génération en 2030. La majeure partie de l’augmentation de production proviendra alors des matières premières et des importations non agricoles plutôt que des matières premières communautaires, à l’exception du maïs utilisé pour produire de l’éthanol, estiment-ils néanmoins.
Volaille, porc et lait tirés par l’export
Pour le secteur de l’élevage, les productions de volailles, de porc et de lait devraient augmenter et celle de bœuf légèrement reculer, concurrencée par les importations.
La production de porc devrait se développer de façon marginale (moins de 1,3 % d’ici 2026 par rapport à ses niveaux élevés de 2016). Dans le contexte d’une augmentation limitée de la consommation intérieure, cette hausse dépendra des exportations qui devraient croître régulièrement, soutenues par la demande mondiale et des prix faibles. Mais la concurrence des États-Unis et du Brésil devrait être forte.
La production de viande de volaille devrait, elle, progresser d’environ 5 % sur la période, tirée là encore par la demande mondiale. Les exportations de l’UE devraient atteindre 1,7 million de tonnes en 2026 (+15 %). Mais les prix seront sous pression et resteront inférieurs aux niveaux observés en 2011-2015 en raison d’une concurrence accrue.
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Enfin, pour le secteur laitier, les contraintes environnementales joueront un rôle majeur à l’avenir, limitant le développement de la production dans certaines régions d’Europe. L’augmentation de la production laitière de l’UE au cours de la prochaine décennie devrait donc être modérée (+1,3 Mt de lait par an en moyenne) et inférieure à celle des dernières années. Néanmoins, l’UE devrait devenir le premier exportateur mondial de produits laitiers d’ici 2026, juste devant la Nouvelle-Zélande.
Le sucre profite de la fin des quotas
Pour le secteur du sucre, les services de la Commission estiment que l’expiration des quotas de sucre et d’isoglucose en 2017 pourrait avoir un impact significatif sur le marché avec, en dépit d’une baisse des prix intérieurs, une production européenne en hausse de 6 % d’ici 2026. L’augmentation sera concentrée dans les régions les plus rentables. Sur le marché intérieur, le sucre de l’UE devra concurrencer l’isoglucose, qui devrait devenir un édulcorant important dans les régions où la production sucrière est déficitaire. À la fin de la période de prospective, l’UE devrait être un exportateur net de sucre blanc vers les marchés voisins.
Le revenu agricole total en baisse
Le revenu agricole total dans l'UE devrait fortement diminuer en termes réels - de 14 % - d'ici 2026, principalement en raison de la faiblesse des prix agricoles, selon les experts de la Commission européenne. Mais, le revenu par unité de travail devrait quand même augmenter légèrement (+2 %) du fait de la restructuration du secteur, notamment la réduction continue de la population active.
Prix du lait à la ferme : +7,3 % en octobre, +2,3 % prévus en novembre
Les prix du lait à la ferme dans l’UE devraient augmenter pour le quatrième mois consécutif, de 2,3 %, en novembre, selon les dernières estimations publiées par la Commission européenne le 5 décembre. Mais surtout Bruxelles a nettement revu à la hausse les prix d’octobre, estimés à +1,8 % le mois dernier et finalement à +7,3 % selon les chiffres consolidés. Ils étaient déjà remontés en moyenne de 3 % en août et de 5,1 % en septembre, mais ils restent néanmoins toujours 3 % au-dessous de leur niveau de 2015 à la même époque. La hausse devrait se confirmer jusqu’à la fin de l’année, aidée par le programme de réduction de la production de lait (de 150 millions €) qui va permettre de réduire la collecte de 1,07 Mt, soit une baisse prévue de 2,9 % de la production sur les trois derniers mois de l’année par rapport à la même période de 2015.