Abonné

Finances Perte du triple A : les agriculteurs sont vigilants

- - 4 min

La dégradation de la note française n’a pas suscité de vague d’inquiétude dans le monde agricole. Si l’évènement est considéré avec retenue, les professionnels demeurent attentifs cependant à ses conséquences, en provenance notamment des banques.

«Si nous n’avons pas été plus sollicités par les agriculteurs cette semaine en raison de la perte du triple A, nous savons aussi qu’ils restent vigilants à ses possibles conséquences, comme l’éventualité d’une hausse de nos taux d’intérêts », suggère Philippe Poupinet chargé du développement agricole à la caisse régionale du Crédit agricole de l’Anjou et du Maine. Mais, bonne nouvelle, prévient le responsable, ce n’est pas le cas. « Nous n’avons rien changé et il n’est pas prévu que nous changions quoi que ce soit aux conditions d’octroi de nos crédits ». La banque qui a elle-même vu sa note à long terme abaissée par l’agence d’évaluation financière Moody’s, reconnaît cependant « se montrer plus attentive » à ne faire que « du crédit utile », à savoir avec contrepartie (chiffre d’affaires, compte courant...). Autrement dit, de ne prêter qu’à ses clients. Et ceux-là sont en pleine forme, commente Philippe Poupinet : note dégradée ou pas, « nos clients arrivent en ce moment avec de très bonnes marges sur leurs résultats de comptabilité ». Lait, céréale, élevage... « 95% de nos clients voient leur situation s’améliorer », soutient le Crédit agricole de l’Anjou et du Maine. D’où la tenue à distance du phénomène, selon le responsable. « De plus, tout ça est un peu flou, nos clients ne s’embarquent pas sur de telles interrogations ».

« Retrouver le chemin de la croissance »

Si Xavier Beulin, le président de la FNSEA, a déclaré mercredi 18 janvier « relativiser » la perte du triple A au vu des retours contradictoires des différentes agences de notation, il a aussi insisté sur la nécessité de « retrouver le chemin de la croissance ». Pas de tension non plus du côté du Sival, le salon des matériels et  techniques des fruits et légumes, viticulture, horticulture – premier grand rendez-vous de l’année du 17 au 19 janvier à Angers, qualifié bien souvent de baromètre des tendances. « Malgré un contexte de crise, les exposants nous ont rapporté un volant d’affaires non négligeable », note Bruno Dupont, le président de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF), organisateur de l’évènement. Ce qui signifie que « l’année risque d’être moins mauvaise que prévu, que les gens vont probablement continuer à investir ». Bruno Dupont pose cependant un bémol à cet enthousiasme : dans un communiqué paru le 17 janvier, la FNPF rappelle qu’il faut en effet agir vite « pour éviter d’autres dégradations ». L’une des solutions étant la baisse du coût du travail, un point « vital » pour le secteur.

Un autre phénomène plus inquiétant

« Il n’y aura pas de conséquences mécaniques », répètent en boucle les représentants du gouvernement. On peut cependant s’interroger sur les impacts indirects de la rigueur budgétaire, en matière notamment de subventions agricoles en provenance de l’Etat et de l’Europe. Quelles conséquences sur la réforme de la Pac ? Certains observateurs estiment les conséquences minimes sur le projet de réforme, mais demeurent attentifs au comportement de la Grande Bretagne. Quid par ailleurs de la consommation alimentaire ? Même si elle est la plus résistante dans un contexte de crise, en cas de difficultés sévères, elle pourrait être fortement perturbée.
Pour les agro-équipementiers, le danger est ailleurs : la dégradation de la note française a en effet pour eux « zéro conséquence », estime Michel Bombon, secrétaire général du service économique du Syndicat national des entreprises de services et distribution du machinisme agricole (Sedima). Il rappelle, en outre, que la légère baisse du revenu des agriculteurs n’a (même) pas altéré les bons niveaux d’investissements observés en 2011 et prévus pour 2012. Selon lui, une éventuelle augmentation du taux d’intérêt aura moins d’impact sur le niveau des investissements en matière d’agroéquipement qu’un phénomène plus pernicieux encore : la volatilité du prix des matières premières.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.