Abonné

PFAS : les recommandations de l’Anses mieux les surveiller

- - 6 min

L’Anses constate le manque de données sur les PFAS, notamment en lien avec l’eau, les poussières, l’air, les boues d’épuration et autres fertilisants utilisés en agriculture. Elle propose une stratégie « différenciée » de surveillance selon les PFAS, et d’y intégrer le contrôle du TFA, un métabolite de pesticides, dans l’eau et l’alimentation.

Dans un avis résultant de deux rapports présentés à la presse le 21 octobre, l’Anses fait plusieurs recommandations pour améliorer la surveillance des composés per- et poly- fluoroalkylés (PFAS), ces substances chimiques persistantes dans l’environnement et dont certaines sont très toxiques. Dans le premier rapport, l’Anses fait le bilan de « près de deux millions de données » disponibles sur la biosurveillance humaine et sur quatre grands « compartiments » : alimentation ; air, poussières et sols ; produits de consommation ; milieux aquatiques et eaux destinées à la consommation humaine. Ce travail révèle que 142 PFAS ont été recherchés au moins une fois par le passé. « Cela peut paraître peu par rapport à l’étendue de cette famille (qui comprendrait près de 15 000 substances, NDLR), mais en même temps cela montre qu’il y a un gros travail engagé de contrôle », indique Céline Druet, directrice adjointe à l’évaluation des risques. Cependant les données parcellaires révèlent que de gros trous demeurent dans la raquette. « Ce qui nous a frappé, c’est qu’il y a peu voire pas de données pour certains compartiments, notamment le compartiment air, sol et poussières, et pour l’exposition professionnelle », poursuit Céline Druet.

Lire aussi : Eau : un PFAS issu de la dégradation d’un herbicide détecté dans de nombreuses villes

Dans le deuxième rapport, l’Anses a croisé les données disponibles sur l’occurrence des PFAS et leur toxicité, ce qui a permis de catégoriser 247 PFAS. Sur la base de cette catégorisation, l’Anses propose une stratégie de surveillance en trois types. La surveillance « pérenne » pour les substances « les plus préoccupantes et récurrentes », qui vise à acquérir des données « fiables ». La surveillance « exploratoire » pour les PFAS pour lesquels il existe aujourd’hui peu de données d’occurrence, l’objectif étant d’acquérir des données supplémentaires afin de confirmer ou non l’intérêt de les passer en surveillance « pérenne ». Et la surveillance « localisée » pour les « situations particulières », liées à des contaminations « historiques ou actuelles ». Cette dernière « doit être faite en lien étroit avec l’ensemble des acteurs concernés au niveau local », a souligné Matthieu Schuler, directeur général délégué au pôle sciences pour l’expertise.

Le TFA, inclus dans la surveillance

Si l’Anses n’a pas inclu les pesticides PFAS dans ces travaux, certaines substances pouvant être des produits dérivés de pesticides sont cependant concernées par ses recommandations. Ainsi, l’Anses recommande de mettre l’acide trifluoroacétique (TFA), un métabolite de pesticide souvent issu de la dégradation du flufénacet mais qui peut aussi être d’origine industrielle, dans la surveillance « pérenne » des eaux destinées à la consommation humaine (EDCH). De même, l’Anses recommande de mettre en surveillance « pérenne » le sulfuramide (EtFOSA), une substance « pesticide (insecticide) » et qui a aussi « d’autres usages industriels (mousse incendie) », a précisé l’Anses à Agra Presse. Même si a priori, le sulfuramide n’est plus utilisée en agriculture dans l’UE selon l’IPEN, une ONG contre les produits toxiques. Le reste de la liste des PFAS proposés en surveillance « pérenne » dans les EDCH reprend, pour l’essentiel, les vingt PFAS qui seront réglementées en France à partir du 1er janvier 2026, conformément à la transposition de la directive eau 2020/2184.

L’Anses recommande également d’augmenter le contrôle des PFAS dans l’alimentation en inscrivant le TFA dans la surveillance « exploratoire » pour tous les sous-compartiments alimentaires : céréales et légumineuses, fruits et légumes, lait et produits laitiers, viandes, miel et sucre, produits de panification, produits gras, produits transformés, alimentation infantile, boissons… De même, l’agence sanitaire recommande de surveiller la présence de l’EtFOSA dans l’alimentation, de manière « pérenne » ou « exploratoire » selon les catégories. Pour l’heure, à niveau européen, seuls quatre PFAS (PFOS, PFOA, PFNA et PFHxS, NDLR) font l’objet de « teneurs maximales » dans less œufs, les produits carnés et les produits de la pêche.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Prioriser les PFAS

Au-delà de ces « compartiments » qui sont à documenter davantage, d’autres sources sont à investiguer. C’est le cas notamment des matériaux au contact d’aliments et des boues d’épuration : « de manière générale, tous les produits destinés à un apport aux sols notamment en contexte agricole (compost, digestats, boues résiduaires, cendres et autres matières valorisées, etc.) », indique l’avis. Pour Mathieu Schuller, la question sous-jacente est à chaque fois la-même : « Quel est le potentiel de relargage dans l’environnement et dans l’alimentation ? ».

Vu le temps « très long » que nécessite la collecte de données, l’Anses propose plusieurs « clefs de tri » pour prioriser la surveillance des PFAS représentant le plus de risques, selon Mathieu Schuller. Il estime qu’il faut « identifier d’éventuels produits de dégradation communs, qui eux seraient à mieux caractériser en termes notamment de toxicité ». De plus, il faut considérer la rémanence des substances et s’intéresser « préférentiellement », a priori, « à celles qui restent le plus longtemps, aussi bien dans les animaux que dans les êtres vivants », ajoute-t-il.

LM

Peu voire pas de données pour l'air, le sol et les poussières

Les produits « destinés à un apport aux sols » sont mal connus