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Phytosanitaires : l’UE renforce les restrictions d’usage sur les néonicotinoïdes

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À l’issue d’un vote serré, les États membres de l’UE ont donné leur accord à un renforcement des restrictions déjà imposées aux trois insecticides néonicotinoïdes accusés de nuire aux abeilles. Ces molécules ne pourront plus être utilisées que pour les cultures sous serre.

Les experts des États membres de l’UE ont voté le 27 avril à la majorité qualifiée pour l’interdiction de toutes les utilisations extérieures des trois néonicotinoïdes clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxame dont l’usage était déjà fortement restreint. La proposition était prête depuis plus d’un an (1), mais Bruxelles attendait les résultats définitifs de l’évaluation de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) pour la soumettre aux votes des experts du comité permanent sur les produits phytosanitaires. Cette évaluation a confirmé l’impact négatif des trois substances actives sur la santé des abeilles (2).

Le vote a néanmoins été serré. Seize États membres (dont la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne l’Italie et les Pays-Bas) ont donc donné leur feu vert à la proposition de la Commission (quatre ont voté contre et huit se sont abstenus) sur la base des recommandations de l’Efsa, de n’autoriser le recours à ces trois molécules que pour les cultures sous serres permanentes alors que des cultures comme les céréales d’hiver, les pommes de terre ou la betterave à sucre peuvent encore les utiliser aujourd’hui.

Le commissaire européen à la santé et la sécurité alimentaire Vytenis Andriukaitis s’est immédiatement félicité que les Vingt-huit aient suivi la proposition de la Commission. Le règlement doit maintenant être adopté par la Commission dans les semaines à venir et entrera ensuite en application d’ici la fin de l’année.

D’autres néonicotinoïdes sur le marché

Un coup dur pour les planteurs et transformateurs de betteraves (Cibe et CEFS) qui estiment qu’aucune donnée scientifique ne justifie cette interdiction. « Étant donné que le marché européen du sucre est largement et de plus en plus ouvert aux importations en provenance de pays tiers, les seuls gagnants de ce vote seront les producteurs de sucre de pays tiers, qui bénéficient de normes environnementales et sociales beaucoup plus faibles », soulignent les deux associations professionnelles. Même son de cloche du côté des organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) qui regrettent cette décision « alors que rien ne justifiait une interdiction totale ». « Avec des mesures d’atténuation appropriées, ces substances » pourraient être autorisées, assure le Copa-Cogeca. « Un jour triste pour les agriculteurs », a réagi Bayer qui commercialise plusieurs néonicotinoïdes.

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La Belgique envisage de demander une dérogation pour le secteur de la betterave, qui représente 10 % des surfaces cultivées du pays. Le ministre fédéral de l’agriculture Denis Ducarme pourrait demander à la Commission européenne une utilisation en cas d’urgence pendant 180 jours.

À l’inverse, les ONG se félicitent de cette décision et certaines appellent à aller encore plus loin en s’attaquant à tous les néonicotinoïdes encore autorisés dans l’UE comme le sulfoxaflor, ou les trois molécules de Bayer, le flupyradifurone (autorisé en 2015), le thiaclopride dont l’autorisation arrive à échéance en avril 2019 et l’acétamipride qui vient d’être autorisé (jusqu’en 2033) dans l’UE, ainsi que d’autres insecticides (qui ne sont pas classés parmi les néonicotinoïdes) comme la cyperméthrine, la deltaméthrine ou le chlorpyrifos.

(1) Voir n° 3589 du 03/04/2017

(2) Voir n° 3634 du 05/03/2018