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Plastiques : les sols agricoles davantage pollués que les océans

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Un collectif de chercheurs pointe la forte pollution de plastique dans les sols agricoles et ses effets sur les plantes et l’élevage.

La pollution plastique des sols agricoles est « un sujet majeur de préoccupation », indiquent l’Inrae et le CNRS dans une expertise collective publiée le 23 mai. Une trentaine de scientifiques français et européens ont épluché plus de 4 500 publications sur les plastiques utilisés en agriculture et pour l’alimentation en France, en Europe et dans le monde. Ils concluent que la contamination mondiale de la surface des sols agricoles est « supérieure à celle des océans », avec un taux d’environ 1 000 particules de microplastiques (1µm à 5mm) par kilo de sol, dans le premier mètre de profondeur. Les plus abondants sont le polyéthylène et le polypropylène, deux polymères parmi « les plus utilisés dans les chaînes de valeur alimentaire », eux-mêmes contaminés par d’autres substances plastiques tels les phtalates et le bisphénol A- connus pour leurs risques sur la santé humaine.

La présence des plastiques dans les sols est due à différentes sources, identifiées mais « difficiles » à hiérarchiser faute de données. Ils proviennent de l’usage d’intrants agrochimiques, d’infrastructures en plastique, de déchets organiques (dont compost, digestat, boues, fumier) et de l’irrigation. Leur usage sur les exploitations « entraîne une contamination par les macroplastiques (>5mm) qui se fragmentent ensuite en microplastiques et nanoplastiques (__SWYP_INC__1 µm), auxquels s’ajoutent les plastiques d’enrobage des engrais et des semences pour la libération contrôlée des engrais et des produits phytopharmaceutiques qui sont des sources directes de microplastiques ». S’ajoutent, comme autres sources de pollutions, l’usage de déchets organiques et d’eaux d’irrigation contaminés « en amont » des activités agricoles, et le « dépôt atmosphérique » de microplastiques.

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Effets sur la production

Une fois dans le sol et l’environnement, les particules de plastique se transfèrent dans le milieu et via la chaîne alimentaire. « En ce qui concerne les végétaux, […] les nanoparticules peuvent pénétrer dans l’enveloppe des graines ou les racines, et atteindre différentes parties de la plante », rapportent les chercheurs. Quant aux animaux d’élevage, qui peuvent être contaminés via l’alimentation, l’eau et l’air, des microplastiques ont été retrouvés « dans le lait, les matières fécales et différents organes, y compris les muscles ».

Les conséquences des plastiques sur les écosystèmes, les plantes cultivées et l’élevage sont multiples : perturbateurs endocriniens ; effet « cheval de Troie » (le plastique absorbe un contaminant qu’il relâche plus tard) ; tendance à des « effets négatifs sur la germination, la photosynthèse, la croissance et la biomasse » ; baisse de rendement en lait et perte de poids chez le bétail ; moindre qualité de la viande et baisse de croissance chez la volaille.

1 000 particules de microplastiques/kg de sol