Après cinq ans de conflits, la Syrie a atteint le plus bas niveau de production alimentaire jamais enregistré, selon la FAO. En l’absence de soutien immédiat, les agriculteurs syriens n’auront d’autre choix que celui d’abandonner le métier, au risque de fragiliser davantage encore un pays déjà en détresse.
« Les agriculteurs (syriens, NDLR) ont besoin d’une aide urgente pour endiguer l’insécurité alimentaire croissante », affirment la FAO et le PAM (programme alimentaire mondial) dans un communiqué commun le 15 novembre. L’insécurité qui règne dans le pays et les conditions météorologiques défavorables ont pesé lourdement sur la production agricole nationale, indiquent les deux organismes. La production alimentaire n’a jamais été aussi faible et la situation pourrait empirer : les agriculteurs restant sont sur le point d’abandonner la profession. « Cela aura vraisemblablement de graves conséquences non seulement pour la sécurité alimentaire des ménages ruraux, mais aussi pour la disponibilité alimentaire dans le pays, ce qui pourrait se traduire par des déplacements de population supplémentaires », alerte la FAO et le PAM.
Production en baisse
La production de céréales est « au plus bas » depuis cinq ans. Les surfaces cultivées de blé ont chuté de 40 %, passant de 1,5 million d’hectares à 900 000 hectares. Les récoltes de blé ont chuté davantage encore : -55 %, estime la FAO. Alors qu’elles tournaient autour de 3,4 millions de tonnes avant la guerre, elles ont péniblement atteint 1,5 million de tonnes cette année. Même constat en élevage : « la Syrie – autrefois exportatrice de bétail – a vu son cheptel se réduire comme peau de chagrin depuis le début de la crise », affirme la FAO. Elle relève un recul de 30 % du cheptel de bovins, de 40 % pour les ovins et caprins et même de 60 % pour la volaille.
Les surfaces cultivées de blé ont chuté de 40 % en 5 ans ; les récoltes de 55 %
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Si « la mauvaise pluviométrie et la destruction d’infrastructures d’irrigation précieuses ont aggravé la situation », la première des difficultés pour les agriculteurs syriens réside dans la hausse des prix et « la pénurie des intrants essentiels tels que les engrais et les semences ». Chez les éleveurs, la FAO constate une pénurie de vaccins et de médicaments, un difficile accès aux pâturages et des prix inaccessibles pour les fourrages et les autres aliments.
Un soutien insuffisant
Au cours de l’année 2016, « les prix des intrants agricoles ont augmenté plus vite que ceux des produits finis. De ce fait, les agriculteurs subissent de grosses pertes ». Dans ces conditions, la FAO craint de voir les agriculteurs abandonner la production alimentaire, alors que 80 % des ménages syriens ont déjà du mal à s’approvisionner en nourriture.
Depuis le début de l’année, la FAO déclare avoir « soutenu plus d’un demi-million de personnes en leur distribuant des semences de céréales et de légumes et de la volaille vivante pour l’élevage ». Le PAM, de son côté, a apporté une aide alimentaire à plus de 4 millions de personnes. Mais l’action des organismes reste encore insuffisante. « Selon les dernières enquêtes auprès des ménages, quelque 9,4 millions de personnes à travers la Syrie ont besoin d’assistance, soit quelque 716 000 de plus qu’en septembre 2015 ».