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Politique commerciale américaine : peu de changements à attendre

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Alors que plusieurs sujets de tensions entre l’UE et les États-Unis n’ont pas été totalement résolus et feront leur retour durant le prochain mandat, la dynamique protectionniste initiée par l’administration Trump et poursuivie par l’administration Biden sur le plan des relations internationales devrait continuer, peu importe le candidat qui l’emporte à l’issue de l’élection présidentielle.

« Si Trump l’emporte, il y aura plus de feux d’artifice que sous Biden », avance Ralph Ichter, consultant à Washington pour des organisations agricoles européennes et surtout françaises. Mais finalement, le virage à 180 degrés en matière de politique commerciale enclenché au moment de l’arrivée de Donald Trump au pouvoir en janvier 2016 et maintenue sous l’administration Biden devrait se poursuivre. Et la question de la protection de l’industrie américaine devrait être au cœur du prochain mandat, peu importe le parti du prochain locataire de la Maison Blanche. Alors que le commerce agroalimentaire américain devrait connaître un déficit record de l’ordre de 42,5 Md$ – selon les prévisions du département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) –, les organisations agricoles militent fortement pour la conclusion d’accords de libre-échange bilatéraux. Mais l’administration Biden n’a conclu aucun accord commercial majeur au cours de son mandat et « Kamala Harris sera timide sur ce point », assure Ralph Ichter. D’ailleurs, le programme de la candidate Démocrate n’est pas très explicite sur cette question du commerce agroalimentaire.

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De son côté, pour satisfaire sa base, Donald Trump pourrait être contraint de négocier des accords commerciaux en se tournant vers l’Amérique du Sud ou l’Asie du Sud-Est, selon Ralph Ichter. Mais l’approche promet déjà d’être bien plus agressive et protectionniste. « Je combattrai les barrières avec tous les outils à ma disposition, et je m’assurerai que d’autres pays comprennent les conséquences de bloquer nos produits agricoles », a-t-il déclaré dans sa réponse au questionnaire du Farm Bureau (premier syndicat agricole des États-Unis). Et le candidat Républicain annonce déjà la couleur : mise en place des droits de douane de 10 % ou 20 % pour toutes les importations, peu importe leur origine, et même jusqu’à 60 % pour la Chine. Un sujet d’inquiétude pour les agriculteurs des États-Unis qui gardent en mémoire les tensions commerciales observées lors du premier mandat de Donald Trump et notamment les contremesures tarifaires contre les exportations agricoles américaines à destination de la Chine conduisant l’administration à verser 25 Md$ d’aides directes.

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Intérêt unilatéral

Au niveau multilatéral, là encore, peu de changements sont à attendre. L’administration Biden n’a pas relancé l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui reste sur deux conférences ministérielles en demi-teinte et même pire pour les négociations en matière agricole. Il a même poursuivi le blocage du processus de sélection des arbitres d’appel de l’organe de règlement des différends (ORD) initié par ses prédécesseurs. Et Donald Trump, qui a déjà menacé de quitter l’OMC par le passé estimant qu’elle est défavorable aux intérêts économiques des États-Unis, ne sera pas un allié de l’organisation genevoise. Dans une moindre mesure, la taxe sur les géants du numérique de l’OCDE, que l’administration Biden a signé, n’a pas été ratifiée. La secrétaire au Trésor Janet Yellen n’ayant pas réussi à convaincre le Sénat de le faire.

Frictions à prévoir

Les relations transatlantiques ne devraient pas être en reste. Si la conclusion du TTIP n’est plus à l’ordre du jour depuis longtemps, plusieurs irritants commerciaux entre l’UE et les États-Unis hérités de l’administration Trump devraient faire leur retour. À commencer par le différend Acier et aluminium. La suspension des droits de douane américains sur les importations d’acier et d’aluminium européens s’arrête au 31 décembre 2025 tandis que les mesures ses mesures de rééquilibrage de l’UE (touchant certains produits agroalimentaires américains) ont été ajournées jusqu’au 31 mars 2025. De même, l’accord provisoire conclu en 2021 dans le cadre du différend Airbus/Boeing arrive à expiration en 2026. Celui-ci mettait fin aux droits de douane additionnels américains de 25 % ad valorem sur 7,5 Md $ de produits européens (dont 3 Md $ environ de produits français, notamment des vins et spiritueux, mais aussi des fromages italiens, huile d’olive espagnole…). « L’administration Biden n’a rien réglé des contentieux alors qu’elle était en mesure de le faire », déclare Ralph Ichter. Et compte tenu des difficultés de Boeing, la question des droits de douane pourrait revenir sur le devant de la scène.