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Débat Politique régionalisée : entre soutiens de proximité et risques de distorsion

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Lors d’une table ronde organisée le 18 octobre par l’Association des régions de France, des personnalités de la profession agricole ont débattu sur le rôle que devraient avoir les régions pour soutenir le secteur. La FNSEA craint qu’une trop forte régionalisation de la politique agricole entraîne des distorsions de concurrence, Coop de France défend un soutien régional à l’industrie agroalimentaire et la Confédération paysanne plaide pour une politique de territoire facilitant l’installation.

«Les régions souhaitent de plus en plus jouer un rôle dans la mise en œuvre de la politique agricole », a rappelé René Souchon, en charge des questions agricoles au sein de l’ARF (Association des régions de France) lors du colloque organisé le 18 octobre par l’association. Ce rendez-vous a donc été l’occasion d’organiser une table ronde autour des politiques régionales à développer pour soutenir le secteur agricole. « L’acte 3 de la décentralisation, nous y sommes, et la Politique agricole commune est en révision », a affirmé René Souchon. Ces deux évènements vont potentiellement permettre aux régions d’obtenir plus de pouvoirs décisionnels en ce qui concerne la gestion des aides agricoles européennes et nationales. L’atout principal qu’apporterait une régionalisation de ces politiques serait celui de la proximité, à en croire les participants de cette table ronde. Car, comme le rappelle Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne, en France « il y a une grande diversité de pratiques agricoles et de territoires ». Il faut donc des politiques adaptées aux besoins de chaque région et de chaque producteur. « Les régions font preuve de propositions très constructives depuis longtemps sur ces sujets», avance d’ailleurs René Souchon.

Eviter tout risque de distorsion

Mais si tout le monde s’accorde sur ce besoin, la question du partage des pouvoirs entre l’Etat et les régions, lui, fait débat. « Si demain on devait transférer tout le 2e pilier (de la Pac) dans les régions, on risquerait de recréer 22 politiques agricoles régionales et donc des distorsions de concurrence », alerte Xavier Beulin. Toute la question est en effet de savoir quelles aides seront gérées par les régions. Pour éviter toute distorsion, donc, le président de la FNSEA estime que certaines mesures devraient « garder une cohérence nationale ». À titre d’exemple, « ce qui est compensation du handicap, intervention en matière de gestion de crise, ou encore installation des jeunes » devrait être géré par l’Etat, avance Xavier Beulin. La FNSEA est par ailleurs fermement opposée à ce que les régions gèrent une partie du 1er pilier de la Pac. René Souchon, lui, milite pour une responsabilité plus large des régions. « Mais le feront-elles toutes seules ? Surtout pas ! », tempère-t-il. « Il faut qu’on ait une gouvernance partenariale entre Etats, régions et organismes professionnels », précise René Souchon. Guy Vasseur, président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), estime de son côté que « le rôle de l’Etat est de fixer le cap, pour éviter les risques en termes de distorsion ». Une position que partage Xavier Beulin. « Il ne faudrait pas que demain, un éleveur de viande se retrouve dans une situation plus ou moins favorable en fonction de son lieu de production. On prendrait un risque énorme de concentrer les productions, alors qu’elles le sont peut-être déjà trop », prévient-il.

Soutenir le développement agricole et agroalimentaire

Si ces questions de distorsions divisent, un point réunit un consensus : « Les régions peuvent aider à fédérer », considère Xavier Beulin. Or, fédérer l’agroalimentaire français est indispensable, à en croire Philippe Mangin, président de Coop de France. « Nous avons presque 13 000 industries agroalimentaires sur le territoire dont 70% de TPE. Voilà une des caractéristiques du paysage de l’agroalimentaire sur lequel les régions doivent se pencher », défend-il. « Il faut qu’on arrive à apporter du conseil pour que les entreprises investissent plus et soient présentes à l’export. Leurs produits de grande qualité trouveraient forcément de l’attention sur des marchés des pays tiers », poursuit Philippe Mangin. « Oui », répond Xavier Beulin, «  mais c’est aux entreprises de prendre leurs responsabilités, aux filières de se structurer, aux organisations professionnelles d’apporter leur secours », croit-il bon de préciser. Des orientations que ne conteste pas Philippe Collin, mais ce dernier regrette néanmoins que la question de redressement productif ne se pose qu’ « en termes d’industrie agroalimentaire ». Car, si la France doit en effet « s’inspirer de l’excellence industrielle de l’Allemagne », pour le porte-parole de la Confédération paysanne, « les régions doivent aussi développer la recherche de liens de proximité » et « participer à l’installation ». Car ce sont avant tout les paysans qui sont le moteur du développement et de l’activité agroalimentaire française, défend-on au sein de la Confédération paysanne.

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