Abonné

Porc : la Commission européenne forcée à proposer des solutions

- - 5 min

Alertée par les États membres depuis des mois sur la situation difficile que traverse le secteur porcin de l’UE, la Commission européenne a finalement concédé de présenter aux États membres fin janvier un catalogue de mesures possibles. Elle exclut néanmoins de recourir à l’intervention.

Sans rien promettre, le commissaire européen à l’Agriculture s’est engagé à réfléchir à des dispositions pour soutenir le secteur de la viande porcine de l’UE en pleine crise. Une nouvelle fois, une quinzaine d’États membres a alerté la Commission européenne, à l’occasion de la réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE le 17 janvier à Bruxelles, sur la situation difficile que traverse le secteur porcin – mais aussi celui de la volaille – de l’UE entre la baisse du prix de la viande et la hausse des cours des matières premières, notamment les engrais. La République tchèque qui a reçu le soutien de l’Autriche, de la Belgique, de la Bulgarie, de Chypre, de la Croatie, de l’Espagne, de l’Estonie, de la Grèce, de la Hongrie, de la Lettonie, de la Lituanie, de Malte, de la Pologne, de la Roumanie, et de la Slovaquie, a appelé la Commission européenne à agir, notamment en activant des mesures exceptionnelles de marché.

Lire aussi : Porc : la Commission européenne rechigne à intervenir sur le marché avant Noël

Mais une nouvelle fois Janusz Wojciechowski leur a répondu que des signes de reprise se faisaient sentir avec une « évolution positive des prix de la viande de porc dans l’UE, en particulier pour les porcelets. La demande de porcelets montre la confiance des producteurs dans l’avenir ». « Les prix des carcasses de porcs ont atteint leur plus bas niveau en novembre et ont commencé à augmenter juste avant Noël, et cette tendance s’est poursuivie en janvier. C’est encourageant, car dans le cycle normal de production, les prix chutent à cette période de l’année avant de remonter au printemps », veut-il croire.

Une liste de mesures possibles

« Le prix des porcelets est une chose, celui du porc en est une autre », lui a néanmoins rétorqué le ministre français Julien Denormandie qui préside le Conseil Agriculture. Contrainte et forcée, la Commission a donc finalement accepté de présenter au comité spécial Agriculture du 31 janvier une liste de mesures possibles pour déterminer celles qui pourraient être envisagées. La « situation est difficile, nous en sommes conscients, mais l’intervention n’est pas la solution appropriée », prévient toutefois Janusz Wojciechowski compte tenu, explique-t-il, de la concentration du secteur européen : 30 000 des 500 000 éleveurs de porc de l’UE sont à l’origine à eux seuls de 75 % de la production.

Devant les ministres des Vingt-sept, le commissaire a rappelé les mesures nationales qui pouvaient déjà être mises en place : programmes de développement rural, aides au titre du règlement de minimis, aides d’État… Et lorsque les difficultés peuvent être liées à la pandémie de Covid-19, le cadre temporaire d’aides exceptionnelles récemment prolongé peut également offrir des possibilités, a conclu le commissaire.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Peste porcine en Italie

Mais la récente apparition de la peste porcine africaine en Italie continentale (dans la région du Piémont), début janvier, pourrait ajouter une pression supplémentaire sur le marché. « Nous avons bon espoir que les dégâts pourront être contenus. Les exportations italiennes sont en grande majorité destinées aux autres États membres de l’UE, aux États-Unis et au Royaume-Uni, qui acceptent tous les décisions de régionalisation de l’UE », a commenté le commissaire européen. « Le problème, a ajouté le ministre français en conférence de presse, est que la viande qui ne peut pas être exportée se retrouve sur le marché de l’UE qui est déjà très saturé ».

Lire aussi : Porc : un premier cas de PPA en Italie continentale, en faune sauvage

Les États membres y verront plus clair dans les prochaines semaines, une fois que Bruxelles aura mis sur la table les dispositifs envisageables.

« Le prix des porcelets est une chose, celui du porc en est une autre »

Bruxelles vigilante sur le prix des engrais et du fret

Hormis le porc, la Commission européenne estime que les tendances générales des marchés agricoles sont positives avec des prix à la production à des niveaux globalement rentables pour les producteurs de céréales, fruits et légumes, viande bovine ou vin. Mais la question des prix et de la disponibilité des engrais préoccupe beaucoup, a admis le 17 janvier le commissaire européen Janusz Wojciechowski. L’énergie et les engrais représentent en moyenne environ 20 % des coûts des agriculteurs de l’UE. Or, leur prix a bondi ces derniers mois : l’indice des engrais de la Banque mondiale pour novembre 2021 était supérieur de 165 % à celui de novembre 2020. Et l’augmentation des coûts de fret, notamment en ce qui concerne les conteneurs, a aussi un impact indirect sur les agriculteurs. « Tôt ou tard, ces coûts supplémentaires pourraient être répercutés sur les consommateurs lesquels sont déjà mis à mal par les prix élevés de l’énergie. Ajouter à cela des prix alimentaires plus élevés pourrait conduire à une situation délicate », souligne le commissaire européen qui a indiqué avoir « déjà demandé que la situation des engrais soit le premier sujet de discussion de notre nouveau groupe d’experts du mécanisme européen de crise de la sécurité alimentaire, que nous avons convenu d’établir en décembre ».