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Thierry Bussy, président de la FNSafer « Pour des Safer transparentes, ouvertes »

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Le nouveau visage à la présidence de la FNSafer était attendu, après l’éviction d’Emmanuel Hyest en juin. Élu fin août, Thierry Bussy s’inscrit dans la continuité. Sa priorité est l’installation. Concernant le fonctionnement des Safer, une plus grande ouverture aux syndicats minoritaires est envisagée.

Votre élection semble s’inscrire dans la continuité, cela signifie-t-il que le fonctionnement des Safer, parfois critiqué, restera inchangé ?

Je ne vais pas bouleverser le fonctionnement actuel des Safer. Les critiques à leur égard sont liées à une méconnaissance. Des évolutions, il y en aura mais à la marge. Nos comités techniques peuvent s’ouvrir davantage. Pas entièrement : la règle est que les discussions doivent rester confidentielles. Ça protège ceux qui y participent, notamment les présidents, collaborateurs. Ça libère la parole de chacun, afin de prendre les meilleures décisions. Mais l’idée est d’ouvrir les comités techniques à des notaires, avocats, élus (présidents de communautés urbaines, députés, sénateurs…). On en invite déjà mais pas assez. De tels renforts sont utiles pour les comités techniques, véritables parlements du foncier. Leur rôle est d’examiner les dossiers des candidats à l’achat et à la location d’une terre ou d’une exploitation.

Votre engagement sur « des Safer transparentes, ouvertes » va-t-il se traduire par des postes accordés à tous les syndicats représentatifs ? C’est une demande de la Coordination rurale.

La CR est présente dans les comités techniques, avec un pouvoir de vote. S’agissant du conseil d’administration, elle y est entrée mais sans voix délibérative. Je me suis engagé auprès de la CR à voir comment faire évoluer la situation. Les Safer ont toujours défendu une politique d’ouverture. Davantage au niveau des comités techniques, là où les arbitrages ont lieu. Ça peut évoluer dans ce sens à l’échelon national, en réponse à la demande de la CR. J’ai toujours défendu l’agriculture au sens large.

Quelles sont les grandes priorités de votre mandat ?

Ma grande priorité concerne le renouvellement des générations. Je souhaite une agriculture la plus diverse possible. Ce qui n’empêche pas d’être sélectif concernant l’installation. Les candidats doivent être solides sur le plan économique. Mais les Safer peuvent installer beaucoup plus. Des initiatives existent déjà dans certains départements. Comme par exemple, l’accompagnement des cédants. Un autre service existe dans des Safer : l’intermédiation locative, qui consiste à mettre en relation un propriétaire et un fermier à la recherche de foncier mis à bail. Il faut les multiplier.

Pouvez-vous préciser votre souhait de voir les Safer « anticiper les évolutions de leurs missions » ?

J’ai proposé de mettre en place une commission prospective pour redéfinir notre stratégie globale : pour l’agriculture et la forêt, pour la protection du foncier, l’aménagement du territoire, le déploiement des énergies renouvelables, l’adaptation aux effets du changement climatique… L’objectif est de s’adapter aux évolutions rapides du monde agricole, des collectivités. Cette commission stratégique réunira des membres du conseil d’administration : organisations agricoles, collectivités, associations environnementales… Leurs travaux devront être bouclés au printemps prochain.

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Où en est le fonds de portage foncier Elan ?

C’est lancé. Les premiers dossiers de portage sont en cours d’analyse. Dès l’automne, Elan financera des projets consistant à l’achat de foncier par la Safer et sa mise à disposition de l’agriculteur sur 10 à 25 ans. Le fonds est doté de 40 M€, grâce au tour de table réunissant des institutionnels. Un montant qu’on veut augmenter via l’épargne des Français. Aucun calendrier n’est fixé mais ça peut aller très vite.

Si l’idée de créer des groupements fonciers agricoles d’investissement (GFAI) revenait sur la table, y seriez-vous favorable ? Emmanuel Hyest s’y était opposé.

Je n’y suis pas du tout favorable. Tels qu’ils ont été proposés à l’examen de la LOA (loi d’orientation agricole), les GFAI étaient faits pour de gros investisseurs, vu les frais de gestion assez conséquents. Aujourd’hui, le foncier est bien partagé en France. Un maximum d’agriculteurs doit y avoir accès. Il ne s’agit pas que de gros investisseurs accaparent les terres. Les Safer se battent contre ça.

La FNSafer a-t-elle été auditionnée par la Commission européenne suite à la plainte de la Fnaim pour abus de position dominante ?

Non. C’est l’administration qui répond aux deux plaintes du syndicat de l’immobilier, l’une visant les Safer pour « abus de position dominante » l’autre contre l’État au motif d’aides publiques « illégales ». Je ne suis pas très inquiet. Chacun défend ses positions. La Safer travaille pour l’intérêt général, pas des intérêts individuels.

Vers des comités techniques élargis