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Après 2013 « Préserver les bases de production », une priorité pour la future Pac

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Autour de trois objectifs, le maintien d’une production agricole, la sauvegarde des ressources naturelles et la préservation du territoire, Klaus-Dieter Borchardt, chef de cabinet de Mariann Fischer Boel, a dressé le 19 janvier sa vision de la Pac de l’après 2013. Au programme : le maintien des soutiens directs calculés sur d’autres bases, la redéfinition des objectifs du second pilier, moins de « bâton » et plus de « carotte » pour motiver les producteurs et une régulation des marchés. Une explication de texte sans langue de bois, à la veille de l’arrivée du nouveau commissaire et de son équipe.

A-3. Dans trois ans, la politique agricole aura changé de visage. Pour son avant-dernière intervention en public le 19 janvier lors du congrès d’Orama, Klaus-Dieter Borchardt a jeté les bases de la Pac de l’après 2013 telle qu’il la souhaiterait. Sur le départ avant l’arrivée de Dacian Ciolos, le chef de cabinet de Mariann Fischer Boel, commissaire européenne à l’agriculture, a laissé tomber la langue de bois pour donner une vision argumentée de « sa » Pac du futur. Premier objectif qu’il faut lui fixer, selon lui : la sécurité alimentaire. « Ce qui est important, c’est que l’on préserve toutes nos bases de production agricole en Europe », a expliqué le responsable. Il ne s’agit pas pour autant de chercher l’autosuffisance à vingt-sept. Un tel pari serait intenable : « Il ne faut pas perdre de vue que l’Union européenne et en particulier la France est l’un des plus grands exportateurs dans le monde, a expliqué le chef de cabinet. Que se produirait-il sur les marchés mondiaux si la France fermait ses importations ? ». Deux autres objectifs devront également être assignés à la Pac : la protection des ressources naturelles et l’adaptation au changement climatique ainsi que la préservation du territoire, qui inclut l’héritage culturel. « Il n’y a pas d’autre moyen moins cher que la production agricole pour faire cela dans les régions défavorisées », a expliqué Klaus Dieter Borchardt.

Rémunérer d’autres biens publics que la production
Compte tenu de ces attentes, pas question d’abandonner le principe d’une politique agricole commune. Pour le professionnel, celle-ci sera plus utile que jamais car les simples mécanismes de marché ne permettraient pas d’atteindre ces objectifs. La future Pac devra maintenir les deux piliers à la base de la politique actuelle. Car l’agriculture européenne ne peut se limiter à la production d’aliments et « délivre d’autres biens publics non rémunérés par le marché », a-t-il précisé. Impossible de faire sans des soutiens publics, donc. Ce qui n’empêche pas de les rénover. Pour plus de lisibilité, le second pilier serait réformé, les 4 axes actuels (compétitivité des exploitations, amélioration de l’environnement, amélioration de la qualité de vie dans les zones rurales et l’axe Leader sur l’emploi et la diversification) étant remplacés par des objectifs ciblés et clairs, liés aux trois grandes priorités de la Pac.

Le premier pilier, seul moyen de garantir la production
Quant au premier pilier, il doit rester « fort », selon Klaus Dieter Borchardt, car le seul moyen de maintenir la production consiste à garantir aux agriculteurs un revenu de base sécurisé. « C’est un fait, les DPU et les soutiens indirects représentent 40 à 60 % des revenus agricoles, a observé le spécialiste. Si nous décidions de les abolir, cela reviendrait à réduire de beaucoup le potentiel de la production agricole ». Klaus Dieter Borchardt a néanmoins précisé qu’il fallait « harmoniser les systèmes de soutien direct et couper tous les liens avec les éléments historiques ». Pour ce faire, en dehors de la réduction progressive des soutiens, remplacés par des contrats sur le second pilier, deux modèles émergent : une prime à l’hectare identique dans toute l’Europe ou bien une prime de base complétés par des paiements « top up » prenant en compte les différences régionales. Pour le chef de cabinet, la première solution, égalitaire à première vue, ne le serait pas dans les faits, le pouvoir d’achat des producteurs étant très différent d’un bout à l’autre de l’union. C’est donc plutôt la seconde possibilité qu’il privilégierait.

Pas de « libéralisation dogmatique » des marchés
Le responsable s’est également montré favorable à des dispositifs de régulation des marchés, sur lesquels une majorité politique ne s’est « jamais » dégagée, a-t-il précisé. Il faut selon lui créer un véritable filet de sécurité pour les agriculteurs. Sans quoi, la production européenne risquerait de disparaître ou de se concentrer dans les zones les plus fertiles, comme aux Etats-Unis. Reste à construire ce filet. Il devra être orienté vers le marché, sans pour autant traduire une « libéralisation dogmatique ». « S’il n’y pas de restitution, il y aura probablement un système de crédits à l’exportation », a indiqué le responsable. Il comprendra en tout cas des assurances. Celles-ci ne s’inspireront probablement pas du modèle américain mais devront rester compatibles avec l’OMC, qui ne permet de donner des aides au revenu que pour des pertes supérieures à 30 %. La mise en place d’une réserve avec les agriculteurs pourrait être envisagée.
En tout cas pour Klaus Dieter Borchardt, « il n’est pas dans notre intérêt de commencer une discussion avec un budget abstrait ». Ce qui signifie d’abord et avant tout expliquer ce que l’agriculture peut faire pour le citoyen européen. Pour ce spécialiste de l’Europe, rien n’est perdu : « Si on peut transmettre de vraies informations sur l’agriculture européenne, il est possible de maintenir un budget pour accomplir les objectifs ».

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