Les deux candidats à la présidentielle ont livré de premières esquisses de leur programme pour l’environnement et l’agriculture, radicalement opposées.
Édouard Philippe, candidat du bloc central à la présidentielle, a déclaré le 3 juin vouloir modifier la Constitution s’il était élu pour que les besoins de l’agriculture française soient mieux pris en compte dans la Charte de l’environnement. « Je propose de compléter la Charte de l’environnement […] en indiquant que l’agriculture est un objectif légitime qu’il faut impérativement prendre en compte », a dit le maire Horizons du Havre à la presse lors d’un déplacement dans l’Ain, en marge du congrès du syndicat Jeunes Agriculteurs. Cela se fera par une « modification de nature constitutionnelle, qu’il faudra engager après l’élection présidentielle », a-t-il précisé depuis une exploitation piscicole et d’élevage ovin.
La Charte de l’environnement a été intégrée à la Constitution française en 2005 et définit des droits et des devoirs en matière d’environnement. Elle sanctuarise notamment les principes de prévention, de précaution et de pollueur-payeur. « Je pense qu’à l’époque, l’idée c’était de faire avancer l’idée politique de la nécessité de préserver l’environnement, et c’était une bonne idée », a déclaré Édouard Philippe. Mais, alors que l’agriculture française traverse une crise comparable « à la sidérurgie dans les années soixante-dix », « je crois qu’on peut dire que l’objectif, c’est de préserver les deux, et de ne pas privilégier l’un à l’autre », a-t-il poursuivi.
Fin des pesticides de synthèse à 2050
Quelques jours auparavant, la patronne des Écologistes et candidate pour la présidentielle, Marine Tondelier, a dévoilé dans un livret rendu public le 30 juin ses mesures pour la santé environnementale, donnant la part belle au secteur agricole. Elle propose ainsi de mettre en place un nouveau « pacte agricole » entre l’État et les agriculteurs, pour planifier « la sortie progressive des pesticides de synthèse et des engrais azotés à l’horizon 2050 », et instaurer « un fonds de transition agricole » pour les accompagner vers l’agroécologie. Contre la malbouffe, elle prévoit d’interdire les aliments ultratransformés dans les cantines scolaires, et la publicité à la télévision pour les produits trop sucrés et trop salés avant 21h. Elle veut aussi interdire les perturbateurs endocriniens, les substances cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques et les polluants éternels (PFAS) dans les produits du quotidien (alimentation, textiles, protections hygiéniques, produits de beauté) Elle souhaite aussi instaurer une TVA verte, créer un fonds national d’indemnisation et de dépollution financé par les industries les plus polluantes, et appliquer systématiquement le principe pollueur-payeur.
MR (avec AFP)