L’interprofession Inaporc, puis la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA), réunie en assemblée générale, accentuent la pression sur les distributeurs pour obtenir des revalorisations tarifaires. Malgré l’aide d’urgence gouvernemental, de nombreux éleveurs pourraient jeter l’éponge, essorés par la flambée de l’alimentation animale.
Alors que les re-négociations commerciales s’éternisent, la filière porcine accentue la pression sur la grande distribution. « Il n’y a pas d’autre choix que l’aval et les GMS paient les hausses de prix », a lancé François Valy, président de la FNP (producteurs de porcs, FNSEA), lors de l’assemblée générale du syndicat, le 10 juin à Bourg-en-Bresse (Ain). Exacerbée par la guerre en Ukraine, la flambée historique de l’alimentation animale (+25 % en un an) rend ces revalorisations « légitimes et nécessaires » aux yeux de M. Valy. Rappelant que le rayon charcuterie est l’un des plus rentables des grandes surfaces, l’éleveur morbihannais estime qu’elles sont à même d’« accorder les hausses nécessaires sans même modifier le prix au consommateur ».
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Un message appuyé par la présidente de la FNSEA Christiane Lambert, présente au congrès de la FNP. « La volaille arrive mieux que le porc à répercuter les hausses », a-t-elle noté. Les producteurs ont certes obtenu un plan d’aide « historique » de 270 M€ – « une bouffée d’oxygène », selon Mme Lambert. Mais « ce que les producteurs attendent le plus, c’est un retour de prix. Pour l’instant, c’est la distribution qui nous fait souffrir. » Depuis la mi-avril, le prix moyen payé aux producteurs stagne autour de 1,85 €/kg (1,698 €/kg au Marché du porc breton, MPB). Or, selon M. Valy, « il devrait être supérieur à 2 €/kg pour rémunérer le capital et le travail. » Actuellement, « les éleveurs perdent jusqu’à 40 euros par porc », note Carole Joliff, secrétaire générale de la FNP. Et « on nous annonce encore 80 à 100 €/t de plus à venir sur l’aliment complet », car la hausse des prix des céréales et oléoprotéagineux n’a pas encore été intégralement répercutée sur l’aliment.
À court terme, 10 % des élevages menacés
À la flambée de l’aliment s’ajoute le dossier brûlant de l’interdiction de la castration à vif des porcelets, en vigueur depuis le début de l’année. Alors que les producteurs peuvent soit élever des mâles entiers, soit pratiquer une anesthésie avant l’opération, la filière estime à 13 ct€/kg la différence de coût de production entre porcs castrés et entiers, principalement due à de meilleures performances zootechniques pour les seconds. « Les négociations entre organisations de producteurs et abatteurs n’avancent pas, constate, amer, le secrétaire général de la FNP François-Régis Huet. Le surcoût est aujourd’hui à la charge des éleveurs. » Bigard propose +2 ct€/kg (soit le coût de l’anesthésie) et Leclerc propose « +5 ct€ pour les mâles castrés et immunocastrés » (vaccin), mais -5,5 ct€ pour les mâles entiers. « Chez une grande partie des autres opérateurs, c’est silence radio », alors que la loi Egalim 2 a rendu les contrats obligatoires pour les mâles castrés début 2022.
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La veille du congrès de la FNP, l’interprofession Inaporc avait ouvert les hostilités : « Seule une revalorisation rapide des prix payés aux éleveurs pourra limiter les conséquences dramatiques de [l'] effet ciseaux sur la filière porcine française », estimait-elle dans un communiqué le 9 juin. « Les éleveurs n’ont pas atteint leur seuil de rentabilité une seule fois sur les douze derniers mois ». Malgré l’aide d’urgence du gouvernement, « la conjoncture continue de se dégrader », à tel point que 10 % des éleveurs « se dirigent aujourd’hui vers une cessation d’activité dans les prochains mois », alerte Inaporc. « Cette proportion pourrait grimper à 30 % selon certaines estimations. » L’interprofession est aussi « très inquiète sur l’avenir de nombreuses entreprises de l’aval » frappées par l’inflation. Inaporc – qui compte les distributeurs parmi ses membres – estime que « même avec une revalorisation des prix, le porc restera la viande la plus accessible du marché ».
Alors que les discussions tarifaires ont été rouvertes fin mars, « moins de 40 % des entreprises ont pu bénéficier à ce jour de renégociations significatives » de la part de leurs clients distributeurs, indique la Fict (industriels de la charcuterie) dans un communiqué le 10 juin. D’après un sondage auprès de son réseau (300 établissements), « 23 % des entreprises font face à un refus ou une trop faible revalorisation par rapport à leurs besoins ». Restent 38 % de salaisonniers qui « sont toujours dans l’attente d’une acceptation par leur distributeur ». Matières premières, transport, emballage, énergie ou encore main-d’œuvre : les charcutiers industriels « font face à une inflation continue sans précédent de tous les coûts de production », rappelle la Fict. Près de 40 % de ses membres ne parviennent plus à « couvrir leurs coûts de production », et plus de 25 % « risquent d’être contraints de réduire leurs effectifs en 2022 ». Et la fédération des salaisonniers de conclure : « Il est encore temps de conclure rapidement et positivement les renégociations en cours. »
« Encore 80 à 100 €/t de plus à venir sur l’aliment »
Moins de 40 % des salaisonniers ont obtenu des hausses
Contractualisation céréaliers-éleveurs : FNP et FNSEA enfoncent le clou
Revenant sur le projet de la FNSEA de contractualisation entre céréaliers et éleveurs sur l’alimentation animale, le président de la FNP (producteurs de porcs, FNSEA) François Valy a fixé l’objectif « d’aboutir le plus rapidement possible ». Christiane Lambert y a consacré une bonne part de son discours au congrès de la FNP. La présidente de la FNSEA a rappelé l’importance du débouché de l’alimentation animale (13,8 % du blé utilisé en 2021-2022 selon FranceAgriMer) et l’intérêt de le préserver « le jour où le marché se retournera – et il se retournera ». « Il faut un avantage pour les uns et les autres », a-t-elle affirmé, qui pourrait consister en une incitation fiscale (doublement de l’épargne de précaution pour les deux parties ou crédit d’impôt). « Ce n’est pas gagné d’avance, je sais que tout le monde n’est pas d’accord. Mais je n’attends pas l’unanimité », a martelé l’éleveuse de porcs du Maine-et-Loire. Lors d’une précédente tentative en 2011, « on n’avait pas réussi quand le blé avait augmenté de 15 %, rappelle Mme Lambert. Si on ne réussit pas aujourd’hui, alors que la hausse est deux fois plus importante, nous ne serons pas des responsables professionnels dignes de la confiance de nos adhérents. »