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Protéines végétales : de nouvelles recommandations pour sortir de la dépendance

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Véritable serpent de mer, la question de la dépendance de l’UE aux importations de protéines végétales (pour l’alimentation animale) revient dans les débats à la faveur des réflexions en cours sur la souveraineté alimentaire de l’UE. Dans un rapport que la Commission européenne doit publier le 24 mai, les experts recommandent des investissements importants dans la production et la recherche pour sortir de la situation actuelle.

L’UE devrait accorder davantage de soutien agricole aux protéines végétales, tout en s’assurant que les prix payés aux agriculteurs pour des cultures telles que le soja, les légumineuses et le tournesol soient compétitifs par rapport aux alternatives, conclut le groupe d’experts chargé par la Commission européenne de trouver une voie à suivre pour sortir du déficit protéique à long terme de l’UE. Un sujet central alors que la question de la souveraineté alimentaire de l’UE est au cœur des débats sur l’avenir de l’agriculture européenne. Mais « même avec une forte volonté politique », le passage de la situation actuelle à « zéro importation de produits riches en protéine », prendra des décennies, préviennent les experts. Faute d’investissement, leur compétitivité a progressivement diminué, ce qui rend difficile aujourd’hui d’inverser la situation. Leur « étude sur les stratégies alimentaires visant à diversifier les sources de protéines utilisées dans différents systèmes de production animale dans l’UE », commandée par la Direction générale de l’Agriculture à Agrosynergie, Areté, l’Association française de zootechnie et le CEREOPA (Centre d’études et de recherche sur l’économie et l’organisation des productions animales), devait être publiée le 24 mai.

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La demande européenne en protéines brutes pour l’alimentation animale au cours de la campagne 2021-2022 était de 72 millions de tonnes dont 55 millions de tonnes (soit 77 %) provenaient de l’UE. L’Europe est autosuffisante en fourrage grossier et 90 % des céréales fourragères qu’elle consomme y sont produites. Par contre, seuls 37 % des coproduits à haute teneur protéique sont produits dans l’UE : le taux d’autosuffisance pour les tourteaux d’oléagineux est de 23 % et pour les tourteaux de soja de 3 %. La première recommandation de ce travail est donc d’entamer un processus de réduction des importations (en développant la production européenne) puis d’adopter de nouvelles mesures une fois que ces premières réductions seront en place. Les auteurs suggèrent également de diversifier et sécuriser les sources de protéines avec des partenaires commerciaux proches (par exemple l’Ukraine) pour les cultures protéagineuses, le soja et les tourteaux de tournesol à haute teneur en protéines. « Cela ne réduirait pas la dépendance de l’UE à l’égard des protéines végétales importées (sauf si l’Ukraine entre dans l’UE) mais limiterait le risque d’un nombre trop faible de fournisseurs en cas de perturbations du transport international », expliquent-ils.

Des aides temporaires à la production

Afin d’améliorer la compétitivité des protéines au sein de l’UE, il est proposé de développer un plan de recherche important associant recherche publique et privée pour augmenter les rendements et la teneur en protéines des protéagineux, limiter leur variabilité, développer des matières premières innovantes, etc. « Au cours des dernières décennies, les protéagineux et les oléagineux n’ont pas bénéficié du même niveau de recherche que leurs concurrents céréaliers (blé et maïs principalement) », montre le rapport.

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Autre volet à prévoir dans un futur plan : augmenter « temporairement » (et conformément aux règles de l’OMC) le soutien à la culture de protéines végétales dans l’UE pour permettre une augmentation de la production. Des aides couplées sont déjà en place dans le cadre de la Pac, mais les experts estiment qu’il faut aussi « augmenter le soutien à travers l’assurance récolte » et utiliser « le soutien aux programmes opérationnels des organisations de producteurs » pour « encourager, dans les chaînes de valeur, un système de négociation garantissant la disponibilité à long terme des produits et le prix payé aux producteurs, en liant le prix de vente des cultures concernées à la culture avec laquelle elle est en concurrence ». Ils appellent également l’UE à « atténuer la situation qui s’est installée depuis des décennies » dans laquelle la plupart des élevages de monogastriques (porcs, volailles) et de vaches laitières sont situés à proximité des grands ports, donnant ainsi un avantage concurrentiel aux sources de protéines importées par rapport à la production intérieure de l’UE.

Enfin, côté consommation, « des campagnes de sensibilisation incitant les consommateurs à acheter des produits d’origine animale nourris avec des aliments produits dans l’UE, exempts de déforestation et sans OGM » pourraient soutenir une production européenne. Ces conclusions devraient alimenter les discussions en cours sur l’avenir de l’agriculture de l’UE ainsi que celles qui débutent sur la future Pac.