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Christian Poppe, porte-parole de Food Fermentation Europe Protéines in-vitro : « Un long chemin » pour convaincre les consommateurs

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Lancée par cinq fabricants de protéines de lait ou d’œufs par fermentation de précision, l’association de lobbying Food Fermentation Europe (FFE) a pour objectif de promouvoir cette technologie auprès des autorités européennes en charge de délivrer les autorisations de mise sur le marché. En attendant d’obtenir le feu vert pour commercialiser leurs produits, les entreprises veulent convaincre les consommateurs européens, explique le porte-parole de FEE, Christian Poppe.

Qu’est-ce que Food Fermentation Europe et quels sont vos objectifs ?

Nous avons commencé avec cinq entreprises qui utilisent la fermentation de précision pour créer des protéines (Formo (lait), Better Dairy (lait), Imagindairy (lait), Those Vegan Cowboys (lait) et Onego Bio (œufs), aujourd’hui rejointes par Bon Vivant (lait) et Standing Ovation (lait). Elles viennent de différents pays européens et non européens. Notre objectif commun est d’engager et d’accélérer les discussions autour de l’alimentation de demain pour créer un système alimentaire plus durable, plus juste et plus éthique. Les biotechnologies doivent prendre une place majeure dans les politiques européennes. Nous voulons offrir une réponse aux consommateurs qui cherchent des alternatives à l’agriculture intensive et industrielle qui est mauvaise pour la planète. Le changement climatique est en marche, il ne faut pas se faire d’illusions. Nous avons besoin de faire évoluer l’agriculture.

Combien d’entreprises travaillent sur la fermentation de précision ?

Il est difficile de répondre à cette question. Le secteur est bien plus large que les protéines, d’autres entreprises utilisant la même technologie travaillent sur les graisses ou les lipides, par exemple. Si l’on prend aussi en compte les entreprises qui fabriquent nos équipements, on estime que cela représente 130 entreprises au niveau mondial. Beaucoup sont aux États-Unis : ce pays concentre les investissements, la demande et les talents.

En Europe, la plupart des entreprises sont dans le centre et le nord du continent. Un écosystème se développe également en Espagne et dans l’est de l’Europe. La technologie ne s’est pas vraiment développée dans le sud de l’Europe et ce n’est pas un hasard. Nous ne voyons pas beaucoup d’investisseurs dans la foodtech venir d’Italie, par exemple, car les Italiens sont très attachés à leurs traditions et leurs produits.

À ce sujet, pensez-vous que les consommateurs européens seront intéressés par ces produits ?

Ce sera un long chemin. Beaucoup de personnes ont une relation très émotionnelle avec la nourriture, nous avons un effort d’éducation à faire sur la technologie et son potentiel. Très peu de personnes savent ce que nous faisons vraiment, ce qu’est la fermentation de précision. Les consommateurs apprécieront (les protéines issues de la fermentation de précision, ndlr) car nous faisons de la nourriture délicieuse avec cette technologie.

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Quelle sera la stratégie commerciale des entreprises ?

Les entreprises auront probablement un positionnement premium. La question du prix va être déterminante. Les consommateurs veulent des produits bons pour la santé, durables et éthiques, mais ils ne les achèteront que si le prix et le goût sont là. Le marché potentiel est gigantesque, car l’Europe est le plus grand marché du monde pour les produits laitiers. La plupart des entreprises, dont Formo (Christian Poppe en est le directeur des affaires publiques, ndlr), ciblent les flexitariens.

Sont-elles en mesure de produire à une échelle industrielle ?

Il y a des installations en Europe, mais trop peu pour produire à une échelle industrielle. Nous avons besoin de plus. La technologie est déjà très efficace et le sera d’autant plus si on passe à de plus grandes capacités, car nous allons produire plus de protéines en une fois, bien sûr.

Quand les premières autorisations pour des protéines in-vitro pourraient être délivrées ?

Nous pouvons nous y attendre très bientôt, probablement en 2024. (l’entreprise finlandaise Solar Foods a déposé un dossier auprès de la Commission européenne en 2021 pour sa protéine fabriquée par fermentation de biomasse à partir d’eau, d’air et d’électricité, ndlr)

Ces protéines arriveront-elles plus rapidement sur le marché que les steaks in-vitro ?

Oui, c’est sûr et pour plusieurs raisons. D’abord, elles sont beaucoup plus simples à produire à grande échelle. Ensuite, c’est aussi plus facile d’un point de vue réglementaire. La fermentation est une technologie millénaire. Simplement, la façon dont en le fait est nouvelle.

« La question du prix va être déterminante »

« La fermentation est une technologie millénaire »