Régionales: tour de France des enjeux agricoles
À l’occasion des élections des 20 et 27 juin prochains, les conseils régionaux vont être renouvelés avec des prérogatives amoindries en agriculture, le gouvernement ayant prévu, à l’occasion de la Pac 2023-2027, de leur retirer la gestion d’une partie des fonds européens du second pilier, notamment les Maec et le soutien à la bio. Cela ne semble pas entamer l’intérêt du secteur agricole pour ce scrutin. Pour preuve, les engagements de nombreux responsables agricoles – de tous bords – dans les listes des principaux partis. Ou encore le récent plaidoyer commun de Régions de France et de la Coopération agricole. Autre nouveauté de ce scrutin : la possibilité dans plusieurs régions d’une prise de pouvoir du Rassemblement national, qui a fait du « localisme » son leitmotiv, sans pour autant parvenir à se distinguer franchement des autres programmes.
D’ici quelques jours, les Français vont élire des exécutifs aux prérogatives agricoles bientôt réduites par la future gouvernance du second pilier de Pac, à partir de 2023. Envolée la gestion des fonds européens alimentant les Maec et les aides bio, les Régions devront se contenter de gérer les subsides dédiés aux aides dites non-surfaciques (soutien à l’investissement, dotation jeunes agriculteurs…). Ainsi en avait décidé Edouard Philippe fin 2019, et l’a confirmé récemment par le nouveau gouvernement.
Certaines régions comme la Bretagne enragent, car elles avaient misé gros – de leurs fonds propres et de l’identité de leurs politiques agricoles – sur ces Maec dont le contrôle exclusif va leur échapper, et qu’elles devront désormais partager avec l’État. C’est notamment pour cela – pour adoucir cette « défaite » – que l’association Régions de France demande depuis plusieurs mois que les aides européennes non surfaciques incluent tout de même des Maec sous forme forfaitaire – versées à l’exploitation et non à l’hectare. Le gouvernement y est favorable, à condition qu’il obtienne un feu vert en ce sens, lors du prochain Trilogue européen – qui se déroulera peu avant le second vote.
Cette perte d’influence ne semble pas avoir écorné l’aura des régions. Avec la gestion des cantines des lycées, l’animation des politiques de l’eau, et sa compétence très large de développement économique – en co-financement de politiques européennes ou à sa propre initiative – la région reste un acteur de poids des politiques agricoles françaises, encore plus depuis que la loi Notre (2019) a retiré aux départements cette compétence, sauf à ce qu’ils abondent des mesures mises en place par les régions.
Comme le montre notre tour de France – métropolitain – de ces campagnes régionales, ce scrutin reste malgré tout très en vue dans le monde agricole. Pour preuve les nombreux engagements de responsables syndicaux – de tous bords – dans les listes des principaux partis. Ici un ancien président de la Fnab, là-bas une vice-présidente de la FNPL, plus loin un élu départemental de la Coordination rurale.
Conservé en 2015 par le Parti socialiste (PS), le conseil régional breton a vu une partie de sa majorité rallier le mouvement En Marche (LREM) en 2017, suivant le sillon tracé par les ténors de la région, Jean-Yves Le Drian et Richard Ferrand. Mais cela n’aura pas pour autant réorienté la politique régionale, ni modifié les relations avec les syndicats agricoles, qui se déroulent en bonne intelligence, tant avec la Confédération paysanne que la FRSEA. Avec son président PS, Loïg Chesnais-Girard, et son vice-président à l’agriculture LREM, Olivier Allain, cet exécutif se sera distingué par un recours massif aux MAEC – Olivier Allain estime que la Bretagne en aura été la région d’Europe la plus utilisatrice sur cette programmation.
Une orientation qui, au départ, ne plaisait pas forcément au syndicalisme majoritaire, dont est pourtant issu Olivier Allain, ancien président de chambre d’agriculture. Mais la FRSEA finira par faire contre mauvaise fortune bon coeur quant à ces Maec, jusqu’à les défendre récemment dans sa propre centrale syndicale, lorsqu’elles furent vilipendées par quelques représentants nationaux dans le cadre de la négociation de la déclinaison française de la Pac (PSN). Une clémence de la FRSEA qui tient peut-être à un plan d’investissement régional qui n’a pas discriminé les volailles standards, au grand dam de la Confédération paysanne. Celle-ci réussira à digérer l’affaire justement grâce aux Maec, et à la reconduction des aides au maintien en bio.
Mais ce consensus va prendre fin. Le socialiste Loïc Chesnais-Girard et le candidat LREM Thierry Burlot ne se sont pas entendus pour les régionales, et ont décidé de faire chacun liste à part. Une division à l’image du reste de l’échiquier en Bretagne, où cinq listes (LREM, PS, EELV/UDB, LR, RN) sont données au second tour. « Il y a une trop grande dispersion, on a du mal à s’y retrouver », regrette le porte-parole en Bretagne, Jean-Marc Thomas. Derrière cette division, rappelons qu’au moins trois listes, celles de Loïg Chesnais-Girard (PS), Thierry Burlot (LREM) et Claire Desmares-Poirrier (EELV/UDB) ont en commun de demander la régionalisation de la Pac. En vain pour l’instant, mais comment imaginer qu’Emmanuel Macron n’y cède pas si son propre parti remportait la région…
Les deux syndicats constatent par ailleurs une forte présence de l’agriculture dans les programmes des différents partis. Après l’intimidation de la journaliste Morgan Large, et la recrudescence du dossier des algues vertes, le sujet revient beaucoup dans les débats – même si dans le cas des algues vertes, il relève essentiellement des compétences de l’État. Une effervescence féconde, note la Conf', particulièrement intéressée par une proposition de la liste LFI : un désendettement des fermes conditionné à une transition agroécologique. « Cette idée que les agriculteurs ne peuvent pas changer à cause du poids du capital » fait écho à la Conf', qui promet de l’étudier de près.
Dans les Pays de la Loire aussi l’issue des élections régionales est incertaine, alors que plusieurs syndicalistes agricoles se sont engagés dans les listes de tête. Propulsée présidente du conseil régional en 2017 après la démission de Bruno Retailleau, Christelle Morançais (LR) est connue pour son engagement envers l’agriculture bas carbone. Elle a lancé la mise en œuvre du programme national « fermes laitières bas carbone » dans les Pays de la Loire en juin 2019. Une démarche qui demeure en toile de fond de sa campagne électorale puisque la région s’est engagée à mobiliser 1,7 million d’euros jusqu’en 2027 (hors fonds européens) pour financer la réalisation de diagnostics dans 5 200 élevages laitiers. Dans son programme largement axé sur l’emploi, elle souhaite « faciliter la transmission d’entreprise » y compris dans l’agriculture.
Une teinte de vert que l’on retrouve chez ses principaux opposants. À commencer par François de Rugy, ancien député EELV de Loire-Atlantique passé LREM. Favorable aux projets de méthanisation, il veut soutenir la recherche scientifique pour accompagner les agriculteurs dans la réduction de pesticides et l’adaptation au réchauffement climatique (via les NBT notamment). Si Christelle Morançais et François de Rugy n’affichent pas pour le moment l’intention de se rallier, tous deux ont puisé dans les rangs du syndicalisme majoritaire. Christelle Morançais (LR) a débauché le secrétaire général de la FDSEA 44 François Guyot, tandis que la vice-présidente de la FNPL (producteurs de lait, FNSEA) Marie-Thérèse Bonneau embarque avec François de Rugy (LREM) en Vendée.
À l’inverse, l’ancien président de la Confédération paysanne de Loire-Atlantique Dominique Deniaud, éconduit de la présidence de la chambre 44 après l’invalidation de la première élection, est en pole position pour un siège de conseiller régional sur la liste socialiste emmenée par Guillaume Garot. Le député PS de Mayenne, ancien ministre délégué à l’agroalimentaire, prévoit « une feuille de route à 360° » pour faire des Pays de la Loire « la première région anti-gaspi de France ». Parmi ses « 22 propositions pour mieux manger, mieux produire et mieux rémunérer », il prévoit de développer les PAT, d’élaborer un plan de formation à l’agroécologie, d’associer les lycées agricoles au développement de la bio, de lutter contre l’accaparement des terres, et de garantir une alimentation 100 % locale (à 50 % bio) dans les cantines des lycées.
Des propositions en ligne avec celles de la liste écologiste menée par Matthieu Orphelin. L’ancien député LREM désormais « non inscrit » du Maine-et-Loire, proche de Nicolas Hulot, compte aussi créer un chèque ‘bien manger’ mensuel de 50 € pour les jeunes les plus précaires. Ainsi qu’« une usine agroalimentaire du futur Agtech' à Laval mêlant éco-conception, digitalisation et décarbonation des procédés de production », précise son équipe de campagne. Deux listes qui devraient fusionner en cas de passage au premier tour.
Dans cette région qui a connu le retour de la droite en 2015 après dix-sept années de domination du Parti socialiste, Valérie Pécresse (LR) est donnée largement gagnante au second tour. Défenseuse des OGM et des néonicotinoïdes, l’ancienne membre du Conseil d’État a connu six ans d’idylle avec le syndicalisme majoritaire. Son bilan agricole ne souffrira que d’une faible contestation dans ce « petit » monde agricole régional de 5 000 exploitants, dominé par le ticket FNSEA/JA et où la Confédération paysanne ne compte qu’une vingtaine de membres. Le récent soutien de Valérie Pécresse au projet de campus agricole Hectar co-financé par Xavier Niel n’aura pas vraiment écorné son image auprès d’une FRSEA pourtant échauffée par le soutien du milliardaire au RIP Élevage en 2020.
Dès 2016, Valérie Pécresse avait annoncé qu’elle doublerait les aides à l’investissement dédiées au secteur agricole et agroalimentaire. En 2018, elle annoncera une feuille de route, engageant la région sur un budget de 150 millions d’euros sur cinq ans, soit un « doublement » des crédits versés par rapport à 2015. Une évolution qui a pu susciter la « jalousie » de collègues d’autres régions, sourit le vice-président de la chambre d’agriculture régionale, Guillaume Lefort. L’enveloppe reste une goutte d’eau pour l’Île de France, représentant moins de 1 % des dépenses dans ce budget régional le plus important de l’Hexagone (environ 5 milliards d’euros par an). Mais il permit de « réaligner » certains taux de co-financements sur les autres régions, comme l’installation, explique Guillaume Lefort.
Ce doublement a servi aussi à pérenniser l’aide au maintien en bio – lorsque le gouvernement réserva ses subsides à l’aide à la conversion en 2018 –, à soutenir des projets en élevage – activité en complète déprise dans la région – et plus largement à des investissements matériels : plateforme de transformation de légumes pour les cantines, silos de stockage ou unités de méthanisation en injection, retrace-t-on à la chambre d’agriculture. Mais la Conf', elle, n’y retrouve pas ses petits, loin de là. Derrière ces hausses de budgets annoncées, elle note la mise en place de planchers dans l’accès aux aides à l’investissement, ou de déplafonnements des montants. « Nous avons assisté à une réorientation des aides de la Pac vers l’investissement, et à un flèchage de ces aides vers les plus grosses structures », résume Florent Sebban, pour la Confédération paysanne.
En parallèle, cette dernière estime que les soutiens au conseil et à la formation des agriculteurs ont diminué, et regrette la fin des activités d’aide à l’installation par l’achat de foncier de l’Agence des espaces verts (AEV). « Elle a été réorientée vers la forêt », confirme-t-on à la chambre d’agriculture, et un dispositif de portage de foncier a été créé pour la remplacer. Certaines listes promettent à la Conf' de restaurer les anciennes activités de l’AEV. Parmi elles, EELV et Julien Bayou, qui ont animé le volet agricole de la campagne, en annonçant un objectif de « un emploi pour cinq hectares », notamment par la création d’exploitations agricoles publiques (régies agricoles), pour alimenter les cantines. Un projet qui fait lever les yeux au ciel à la FNSEA, et suscite l’enthousiasme à la Conf'.
« Pour l’instant, je n’ai rien vu passer sur les sujets agricoles. » Porte-parole de la Confédération paysanne en Paca, Yannick Becker se désole d’une campagne centrée sur le duel médiatique entre Thierry Mariani (RN) et Renaud Muselier (LR, soutenu par LREM). Donné favori, le candidat frontiste classe l’agriculture parmi ses « cinq priorités ». Mais son programme économique se limite à évoquer un programme « un retraité, un jeune installé », ainsi qu’un « fonds souverain régional » pour investir notamment en viticulture. En deuxième position dans les sondages, M. Muselier présente un programme agricole plus étoffé, axé sur l’installation, les débouchés locaux et la transition écologique, avec la création dans les six mois d’un chèque « conversion » pour atteindre 50 % des surfaces en HVE ou bio.
Autre promesse du président sortant : +30 % de surfaces irriguées à la fin du prochain mandat. Le 20 mai, après un déplacement sur la thématique agricole, M. Muselier s’est engagé à faire aboutir le projet Haute Provence rhodanienne (HPR). Un dossier ouvert en 2008 qui permettrait d’irriguer 30 000 ha (contre la moitié aujourd’hui) dans le Vaucluse et la Drôme à partir des eaux du Rhône. « Aujourd’hui, on n’utilise que 30 % » des volumes potentiels, souligne le président de la chambre régionale André Bernard, affirmant que le projet ne bénéficiera pas qu’à l’agriculture. « Seuls 3,5 % des terres sont irrigables en Paca, rétorque Yannick Becker, de la Conf'. Que fait-on pour les autres ? »
La liste de Renaud Muselier compte deux personnalités agricoles : Fabienne Joly, présidente de la chambre du Var, et Bénédicte Martin, conseillère régionale et présidente de la commission à l’agriculture, fille de syndicaliste. Jusque-là réputé peu sensible aux sujets agricoles, M. Muselier serait « tombé à la renverse en voyant les ombrières dans les vignes » lors de sa visite du 20 mai, d’après André Bernard. De quoi laisser espérer à l’élu un soutien accru de la Région à l’expérimentation, avec en ligne de mire le développement massif de l’agrivoltaïsme. Et de rappeler que lors du précédent mandat, le Conseil régional a « augmenté les dotations à l’irrigation, accompagné les démarches qualité et maintenu le budget sur l’expérimentation ».
Selon les derniers sondages, Alain Rousset (PS) devrait une nouvelle fois conserver les commandes de la Nouvelle-Aquitaine, après plus de vingt ans de règne. « Depuis la fusion de l’Aquitaine avec Poitou-Charentes et Limousin, il a harmonisé les soutiens par le haut », salue Luc Servant, président de la chambre régionale. Comme il le rappelle, la Nouvelle-Aquitaine est une région de records : avec 295 produits sous IGP, c’est également la région la plus étendue de France, avec plus de 84 000 km2, soit la taille de l’Autriche.
Preuve d’un renforcement des engagements environnementaux d’Alain Rousset, la région s’est dotée depuis 2018 d’une feuille de route écologique nommée Néo terra, qui prévoit de sortir des pesticides à l’horizon 2030. « C’est un objectif sur lequel nous restons interrogatifs : y aura-t-il plus de moyens ? », doute Luc Servant. En Nouvelle-Aquitaine, malgré des aides au maintien, la SAU en agriculture biologique demeure pour l’heure proche de la moyenne nationale : 8,2 %. En recrutant Guillaume Riou, ex-président de la Fnab, comme tête de sa liste dans les Deux-Sèvres, Alain Rousset a cependant affiché sa volonté d’aller plus loin sur les conversions.
Comme le souligne Luc Servant, l’eau reste un enjeu de taille en Nouvelle-Aquitaine, avec l’exemple des Bassines des Deux-Sèvres. Si la région accompagne financièrement certaines retenues, le soutien politique reste encore discret, en raison de la présence des Verts aux côtés d’Alain Rousset au conseil régional. Pour cette élection, les écologistes ont préféré se présenter seuls au premier tour, sous la houlette du vice-président de région Nicolas Thierry. Leur ralliement au second tour semble cependant probable.
Côté Confédération paysanne, le soutien d’Alain Rousset aux énergies renouvelables dérange. « Ce n’est pas normal que l’énergie soit la seule solution pour les éleveurs de s’en sortir », dénonce Frédéric Lascaud, porte-parole régional du syndicat. Alors que les élevages laitiers disparaissent, le solaire au sol conduirait de plus en plus de propriétaires à faire de la rétention foncière. Quant à la méthanisation, elle entraînerait localement des hausses des prix des fourrages et de la paille, que certaines exploitations ont du mal à encaisser.
« Les autres listes, je ne veux même pas les connaître », lance Denis Carretier, président de la chambre d’Occitanie. Un pari sur la stabilité justifié par le sondage Ipsos du 1er juin 2021, prévoyant des résultats proches de l’élection régionale de 2015. Au premier tour, la présidente socialiste sortante Carole Delga devrait remporter 26 % des voix, juste derrière le candidat RN Jean-Paul Garraud, crédité de 30 %. Au deuxième tour, selon le même sondeur, Carole Delga devrait alors conserver la région grâce à la fusion avec la liste écologiste, créditée de 10 % de voix.
Localement, le bilan de la présidente socialiste sortante Carole Delga semble faire consensus dans le monde agricole : « On peut dire qu’il est globalement satisfaisant », acquiesce David Eychenne, porte-parole régional de la Confédération paysanne. Preuve de l’attention prêtée par Carole Delga au secteur agricole : le budget régional réservé à l’agriculture a notamment augmenté de 50 % entre 2016 et 2020, pour atteindre 90 millions d’euros. « La présidente a également été très réactive dans le cadre de la grippe aviaire », salue Philippe Jougla, président de la FRSEA d’Occitanie.
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Gouvernant avec les écologistes, Carole Delga est aussi parvenue à maintenir l’Occitanie en position de leader national sur l’agriculture biologique, avec 10 000 exploitations et 500 000 ha de SAU en bio en 2019 d’après les chiffres de l’Agence bio. « Grâce aux aides à la reconversion, il y a quand même des surfaces entières de fougères et de genêts qui sont certifiées en Ariège, sans que les produits soient vendus en bio », grince David Eychenne de la Confédération paysanne, demandant de conditionner les soutiens à des conversions des exploitations dans leur ensemble.
« Si Mme Delga veut conserver les votes du monde agricole, elle devra être très claire sur l’eau », prévient de son côté Denis Carretier, insistant sur des besoins « massifs » de stockage dans la région. Le monde agricole sera également vigilant sur le dossier de la prédation : tous ont dénoncé la signature du président du PNR des Pyrénées et vice-président régional Kamel Chmibli sur le projet Life ours déposé aux côtés des associations.
Les Hauts-de-France constituent une des têtes d’affiche de ces élections, avec un président sortant Xavier Bertrand (DVD), aussi candidat à la présentielle, qui y joue son avenir politique. « C’est un bon président. Il a une vision de l’agriculture basée sur le développement, pas contre l’environnement (quoi qu’en disent ses adversaires) », juge le président de la chambre régionale d’agriculture Olivier Dauger. « Et surtout, en faveur de la transition : on a monté avec lui, à la chambre, un plan Agro-écologie. »
Son programme est de « défendre une agriculture diversifiée, de territoire », considère le patron de la chambre régionale. Xavier Bertrand souhaite « valoriser au maximum ce qu’on peut faire en Hauts-de-France, aussi bien sur le plan alimentaire que des nouvelles filières, notamment l’isolation des bâtiments, l’énergie. C’est ce qui crée de l’emploi, à ses yeux ».
Un duel se dessine avec le RN, qui talonne le favori dans les sondages. Sébastien Chenu en est la tête de liste, incluant à la cinquième place le président de la Coordination rurale du Nord Carlos Descamps. Celui-ci entend « porter la voix des petits agriculteurs ». Au cours de sa campagne, le RN fixe comme objectif « le localisme, en recréant un dynamisme local et en se fournissant le plus près possible de la production, en circuit court ».
Karima Delli, côté union de la gauche (EELV-PS-PCF-LFI), promet quant à elle « 100 000 emplois verts, notamment dans la filière bio et les circuits courts ». L’eurodéputée écologiste s’est par ailleurs jointe à une manifestation le 5 juin dans Lille pour réclamer un moratoire sur les élevages intensifs, qu’ils soient de porcs, de volailles, de bovins ou de saumons, dénonçant leur multiplication en Hauts-de-France.
Cinq listes principales s’affrontent dans la région Centre-Val de Loire, dont deux fins connaisseurs du secteur agricole. Celle du président de région sortant François Bonneau (socialiste), celle du ministre chargé des relations avec Parlement, et ancien cadre de chambre d’agriculture, Marc Fesneau (LREM), celle du député de l’Indre et ex-secrétaire d’Etat à l’Agriculture Nicolas Forissier (LR), celle d’Aleksandar Nikolic (RN) et celle de Charles Fournier (EELV).
La profession agricole les attend au tournant sur un certain nombre de sujets : le renouvellement des générations, le stockage de l’eau et la recherche en faveur de nouvelles pratiques agricoles (ex. : NBT). Autant de points qui figurent dans un manifeste baptisé « Pacte agricole » conçu par le CAF du Centre-Val de Loire (chambre, FRSEA, JA) et présenté pour signature aux différentes listes, pour les inciter à s’engager. Quatre ont signé – ou sont d’accord sur le fond – avec les parties eau et recherche du Pacte, sauf la liste EELV qui a promis d’envoyer ses positions sur l’agriculture, indique le président de la chambre d’agriculture régionale Philippe Noyau. D’autres sujets brûlants – pointés notamment par la Confédération paysanne – sont aussi sur la table : la méthanisation et son articulation avec l’irrigation, le photovoltaïque au sol et le manque de foncier pour l’installation de hors cadres familiaux.
La liste de Marc Fesneau – dont le père, François Fesneau, a lui-même travaillé dans les organisations professionnelles agricoles – s’est distinguée de ses concurrentes en voulant « doubler » le budget dédié à l’agriculture. Le ministre compte d’ailleurs sur le soutien du vice-président de la FNSEA Etienne Gangneron et du secrétaire général de la FNEC (éleveurs de chèvres, FNSEA) Franck Moreau, respectivement en 3e et 7e positions pour un fauteuil de conseiller régional dans le Cher. À l’inverse, l’ancienne secrétaire générale de la Confédération paysanne Temanuata Girard soutient la liste socialiste. Elle est en pole position pour épauler la tête de liste François Bonneau en Indre-et-Loire. Quant au candidat LR Nicolas Forissier, il a le soutien de l’ancien président des JA45 Baptiste Menon, en 6e position dans le Loiret.
Dans la région Grand Est, la bascule est possible, d’une présidence actuellement menée par le LR Jean Rottner, vers une majorité Rassemblement national conduite par Laurent Jacobelli. Béatrice Moreau, présidente de la chambre d’agriculture de la Marne jusqu’à début mai, est venue prêter main-forte au président sortant. Si elle est élue, le groupe LR du conseil régional pourrait compter trois personnalités du monde agricole. En effet, siègent déjà en tant que vice-présidents, Philippe Mangin, président du groupe coopératif InVivo, et Pascale Gaillot, ancienne responsable de communication du groupe coopératif Vivescia avant de prendre la direction de la chambre d’agriculture de la région Champagne-Ardenne.
Si le RN l’emporte, les circuits courts seront sans doute encouragés, reconnaissent aussi bien le président de la chambre d’agriculture régionale que le porte-parole de la Confédération paysanne et que Pascale Gaillot. L’approvisionnement alimentaire des collectivités est d’ailleurs une des trois priorités qu’attend de la région la profession agricole, estime Maximin Charpentier, président de la chambre régionale. Les deux autres priorités sont le développement des protéines régionales (luzerne, pois, féverole, soja en Alsace) et le développement des solutions biosourcées, tant à fort contenu de recherche-développement (biomolécules pour les biocarburants aéronautiques, les biomatériaux, la cosmétique) que dans l’énergie (méthanisation).
S’agissant de la méthanisation, domaine dans lequel la région Grand Est se distingue en France par l’importance de sa production, la Confédération paysanne milite pour une méthanisation fermière, par opposition à des installations de grande taille qui absorbent les fourrages qui manquent si cruellement lors des sécheresses d’été, de plus en plus fréquentes.
En Bourgogne Franche-Comté, la compétition s’annonce serrée entre la présidente sortante de la région, Marie-Guite Dufay, socialiste, et Julien Odoul, tête de liste du RN. Ce dernier est donné en tête au premier tour. Mais selon un sondage réalisé par Ipsos pour France 3, la liste de Marie-Guite Dufay arriverait en tête du second tour avec 32 % des voix devant celle de Julien Odoul qui rassemblerait 29 % des électeurs.
Jusque-là, le programme du RN est peu connu des milieux agricoles. Contacté par Agra, Julien Odoul expose les grandes lignes du programme de son parti pour la région : création d’une marque régionale des produits de la région (chablis, viande charolaise, comté) ; ouverture de magasins régionaux ; prise en charge des équipements de vidéo mis en place par les agriculteurs face aux intrusions des personnes… et des loups. Au sujet du loup, la tête de liste du RN indique qu’il soutiendra « sans réserve les éleveurs » et qu’il se transigera pas.
Les professionnels connaissent bien les décideurs de la région telle qu’elle est pilotée actuellement. « Nous sommes globalement satisfaits de nos rapports avec la région. Nous l’avons trouvée à notre écoute », commente Jérôme Gaujard, porte-parole de la Confédération paysanne de la région. « Quelle que soit la majorité qui ressort de ces élections, nous essaierons de travailler avec elle. Nous souhaitons particulièrement qu’elle soit la plus imaginative possible pour l’installation », poursuit-il. La politique de l’installation est plus compliquée à mener qu’il y a une ou deux décennies, où il n’y avait qu’un modèle principal, celui du descendant de l’agriculteur, rappelle-t-il.
Le sujet le plus crucial est visiblement celui du remplacement des générations d’agriculteurs. Le président de la chambre régionale d’agriculture de Bourgogne-Franche-Comté, Christian Decerle, s’en inquiète, surtout pour l’élevage bovin (viande et lait), même si la région n’est pas la plus mal lotie en termes de valorisation de ses produits de qualité. « L’élevage bovin nécessite des capitaux importants et beaucoup de travail pour peu de gains. Que pouvons-nous faire pour réattirer des jeunes éleveurs ? ». Le président de la chambre reste perplexe, mais croit déceler une « prise de conscience de la classe politique, que l’on ne voyait pas il y a moins de cinq ans sur ce sujet ».
Un dossier réunit tous les candidats de la région est en tout cas celui de la reconquête de l’approvisionnement alimentaire des collectivités par l’agriculture régionale, témoigne Christian Decerle.
Auvergne-Rhône-Alpes: aléas climatiques et revenu agricole au menu
Dans une région où le gel du printemps a dévasté vignes et arbres fruitiers, s'exprimer sur les aléas climatiques est une figure imposée. « Le gel a créé un effet choc dans la population », constate Andréa Kotarac, tête de liste RN, lors d'un débat organisé par le Conseil de l'agriculture régional (organisations professionnelles) le 31 mai. Mais ce transfuge de LFI, crédité par les sondages d'une seconde place, n'avance guère de propositions. De son côté, l'ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem promet un « fonds de réserve contre les aléas climatiques de 20 M€ ».
Quant au candidat LREM Bruno Bonnell, il plaide pour l'irrigation, les retenues collinaires, et « une forme d'assurance récolte qui implique toute la chaîne alimentaire ». « Lors du gel, l'État a mis un milliard et le Conseil régional a mis 15 millions. Ne tirons pas la couverture là où elle n'a pas à être tirée », a-t-il ironisé. Une attaque qui n'a pas ébranlé le président sortant Laurent Wauquiez, en tête des sondages. Le candidat LR a assumé d'« être là dans les coups durs », tout en rappelant avoir lancé un plan d'adaptation au changement climatique doté de 50 M€, finançant notamment « la protection des arbres fruitiers contre le gel par des systèmes d'aspersion ».
Le 31 mai, M. Wauquiez a joué sur du velours en rappelant « avoir triplé le budget agricole » pour atteindre « le premier budget agricole de toutes les Régions ». Son objectif ? « Tenir dans la durée ». Un message adressé à des agriculteurs dont le revenu – « la mère de toutes les batailles » pour le président de la FRSEA Michel Joux – est un autre thème fort. Là encore, le président sortant capitalise sur son action avec la création de la marque « La Région du goût », promettant d'aller au « bras de fer » avec la grande distribution pour obtenir un « retour de valeur ». M. Wauquiez n'est toutefois pas le seul à afficher son volontarisme sur les dossiers agricoles : Bruno Bonnell (LREM) s'est ainsi targué de présenter « 10 % d'agriculteurs sur [s]a liste, dont deux têtes de liste » (Bernard Tourde dans le Cantal et Dominique Despras dans le Rhône, ancien président de la FDSEA). Et de lancer : « Enfin des agriculteurs actifs seront au Conseil régional et ils seront de la majorité présidentielle ».
En Normandie, « tous les candidats défendent la bio, le local, la compétitivité » en agriculture, observe le porte-parole de la Confédération paysanne Laurent Leray. Un match nul, d’après lui, entre les cinq listes présentées par Les Centristes, les socialistes et les Verts, le RN, les communistes et Insoumis, LREM. Le président sortant Hervé Morin (LC), qui fait figure de favori, peut s’appuyer sur son bilan. Il s’est par exemple déplacé le 6 mai dans une ferme pour parler de son Plan glyphosate 2021, un accompagnement des agriculteurs qui arrêtent d’utiliser l’herbicide controversé. Ses mesures phares pour les Régionales : développer l’autonomie des exploitations, la compétitivité, les filières courtes, innovantes (lin, chanvre…).
Côté adversaires, Nicolas Bay (RN) arrive juste derrière dans les sondages. L’eurodéputé prône un « patriotisme économique régional », en favorisant notamment dans la commande publique les entreprises et le monde agricole normands.
Une polémique enfle dans la région à propos de la méthanisation, que contestent des maires socialistes et Verts, note le président de la chambre d’agriculture de l’Orne Jean-Louis Belloche, lui-même équipé sur son exploitation. Mais la priorité de Mélanie Boulanger (PS-EELV) est davantage un soutien renforcé à l’agriculture biologique (100 % de bio et local dans les cantines) et aux circuits courts.
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