Indicateurs trop vagues, manque de cohérence avec la Pac, absence de fonds supplémentaires… Les ministres de l’Agriculture de l’UE continuent d’exprimer leurs inquiétudes envers les propositions de la Commission européenne sur la restauration de la nature. Leurs confrères en charge de l’Environnement sont censés finaliser une position commune avant l’été.
Que ce soit pour la proposition de législation sur la restauration de la nature ou, dans une moindre mesure, la révision de l’initiative sur les pollinisateurs, les ministres de l’Agriculture de l’UE demandent à la Commission européenne de faire preuve de réalisme. Lors des discussions sur ces deux sujets qui se sont tenues le 20 mars à Bruxelles entre les Vingt-sept, les mêmes arguments sont revenus chez la plupart des ministres : il faut avant tout préserver la sécurité alimentaire de l’UE, donner de la flexibilité aux États membres pour atteindre leurs objectifs et fixer leurs indicateurs de suivi, ou encore faire preuve de cohérence avec les réglementations déjà en place telles que la Pac qui dispose elle aussi de sa batterie d’indicateurs et d’objectifs en matière de biodiversité. La France et l’Italie ont insisté pour que le texte et les futurs plans nationaux de restauration de la nature prévoient une flexibilité suffisante pour concilier restauration des écosystèmes et maintien des capacités de production agricole.
« Attention aussi, prévient la France, à ne pas retenir des indicateurs qui entraîneraient une charge administrative trop importante ». C’est un point sur lequel travaille la présidence suédoise du Conseil dans une proposition de compromis soumise aux experts nationaux des États membres. D’une part, elle propose de réduire la fréquence des rapports à remettre à la Commission européenne (qui souhaiterait en recevoir chaque année). D’autre part, la Suède propose une liste d’indicateurs obligatoire, et une autre pour laisser aux États membres le choix des plus pertinents sur leur territoire. La présidente des organisations et coopératives agricoles de l’UE qui a rencontré, comme d’habitude le matin de la réunion, la présidence suédoise a rappelé son opposition à ce que la liste d’espèces à surveiller puisse être modulable. « Ce n’est pas acceptable ! Il faut donner dès le départ les règles du jeu aux agriculteurs », dénonce-t-elle.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Des pays très denses, comme le Danemark ou les Pays-Bas s’inquiètent, eux, des obligations en matière d’éléments topographiques du paysage : « Nous avons peu de marges de manœuvre », soulignent ces délégations. Tous les ministres de l’Agriculture (y compris les plus favorables à des objectifs ambitieux, telle que l’Allemagne) relèvent également le manque de fonds européens spécifiquement dédiés à ces politiques en dehors de la Pac. « Il n’y a pas que l’agriculture qui a un impact sur la biodiversité », justifie le ministre roumain. Pour la Pologne, les objectifs poursuivis ne sont, tout simplement, « pas réalistes ».
Malgré ces réticences, la présidence suédoise du Conseil prévoit d’adopter une position commune des ministres de l’Environnement sur la restauration de la nature d’ici le mois de juin. Les ministres de l’Agriculture espèrent se faire entendre de leurs confrères.