Le canard de Barbarie, volaille festive par excellence, tire la sonnette d’alarme : la filière qui repose sur quelques entreprises est menacée par la fermeture de la restauration et l’arrêt de l’exportation. Comme l’interprofession volaillère, elle demande des aides.
Moins connue que le canard gras, la filière du canard à rôtir souffre de la crise du Covid-19. Plus précisément, c’est la disparition de ses principaux débouchés qui pose problème aux accouveurs, éleveurs et abatteurs de la filière. « En 2018, la filière française du canard à rôtir a représenté 100 000 tonnes équivalent carcasse, soit 40 millions de têtes », explique Patrick Joffre, président du Sicar, le syndicat professionnel du canard à rôtir. Or, la filière souffre énormément de la fermeture de ses principaux débouchés : 50 % vers l’export (souvent la restauration), 35 % vers la restauration hors domicile française et 15 % vers la grande distribution en France. Les sous-produits comme les pattes et les langues trouvent habituellement preneur sur les marchés asiatiques, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.
« Depuis la mi-mars, nos principaux débouchés se sont fermés brusquement, entraînant des difficultés pour toute la filière », explique Patrick Joffre. Or, « sans accompagnement, plus de 35 % des éleveurs et des ateliers de reproduction pourraient faire faillite d’ici l’été, tandis que les autres continueraient à travailler à perte durant un minimum d’un à deux ans », détaille Anvol, l’interprofession de la volaille, dans un communiqué diffusé le 27 avril. Les entreprises d’abattage et de transformation – concentrées dans les régions Pays de la Loire et Bretagne – sont directement concernées. Au premier chef, LDC, qui est le premier opérateur du canard à rôtir, mais aussi Galliance ou encore Soulard, spécialiste de cette volaille. « La baisse des volumes à abattre représente à peu près trois outils d’abattage », souligne Patrick Joffre. D’ores et déjà, les mises en place dans les élevages ont baissé de moitié. Mais les éleveurs, souvent en poly-activité, ne peuvent pas basculer facilement sur d’autres productions à cause d’équipements uniquement adaptés au canard de Barbarie.
En attendant des jours meilleurs, la filière congèle le maximum de volumes, entraînant des coûts supplémentaires. C’est pourquoi la profession demande que l’aide au stockage privé soit étendue à la volaille, ce qui n’est pas le cas actuellement. « Nous sommes en discussions étroites avec la grande distribution, qui se montre de bonne volonté, mais sans concrétisation pour l’instant », selon Patrick Joffre. La filière veut mettre en avant la facilité de mise en œuvre des pièces découpées comme les filets. Mais dans l’esprit des consommateurs, le canard à rôtir reste une volaille festive peu en adéquation avec le contexte actuel qui favorise les volailles accessibles en prix et faciles à cuisiner.
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Toute la filière touchée par la crise
Selon Anvol, l’interprofession de la volaille, les Français ont renforcé leurs achats de volailles en grandes surfaces qui sont en hausse de 10 à 15 % en volume depuis le confinement. « Mais cela ne compense pas les pertes liées à la fermeture de la restauration », souligne Jean-Michel Schaefer, président d’Anvol. L’interprofession pointe du doigt de nombreux segments qui souffrent : les découpes de cuisses qui trouvaient preneur surtout en restauration collective, les petites volailles qui alimentaient les restaurants et les détaillants, le poulet certifié destiné aux rôtissoires, et les produits spécifiquement élaborés pour la restauration rapide. « On essaie de sensibiliser la grande distribution pour réorienter les produits destinés à la restauration, en proposant par exemple des assortiments de cuisses et de filets », explique Jean-Michel Schaeffer. Pour venir en aide à la filière, Anvol demande l’aide au stockage privé, l’arrêt des importations des pays non-membres de l’UE et la priorité à la volaille d’origine française en restauration collective