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Russie/Ukraine : l’UE précise ses mesures pour soutenir le secteur agricole

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Pour faire face aux perturbations en approvisionnement alimentaire liées à la crise ukrainienne, les experts agricoles des États membres ont soutenu les deux mesures d’urgence proposées par Bruxelles, à savoir le dispositif d’aide au stockage privé pour la viande porcine et le déblocage de la réserve de crise. Les délégations sont également favorables à la proposition de la présidence française du Conseil de l’UE d’utiliser les jachères pour cultiver des protéagineux en vue de garantir la sécurité alimentaire de l’UE. Pour prévenir toute pénurie, l’exécutif européen a organisé le 9 mars la première réunion du groupe d’experts dédié aux crises alimentaires.

Pour limiter l’impact du conflit russo-ukrainien sur le secteur agricole européen, les experts des États membres, réunis le 7 mars en Comité spécial agriculture, ont soutenu dans leur grande majorité les mesures de marché exceptionnelles que prépare la Commission européenne, en premier lieu le dispositif d’aide au stockage privé pour la viande porcine qui devrait être financé par le déblocage des fonds de la réserve de crise agricole d’un montant de 497,3 Mio €. Convenue lors de la réforme de la Pac de 2013, elle n’a jusqu’à maintenant jamais été activée. Par ailleurs, les délégations, à quelques exceptions près, ont largement soutenu l’idée proposée lors du Conseil agricole informel extraordinaire du 2 mars par la présidence française du Conseil de l’UE, d’utiliser les terres en jachère pour la production de protéagineux afin de garantir la sécurité alimentaire.

Lire aussi : « Russie/Ukraine : des mesures d’urgence et une remise en cause des objectifs environnementaux agricoles »

Dans ce contexte, certaines d’entre elles ont ainsi exprimé des doutes quant à la possibilité d’atteindre les objectifs de la stratégie de la ferme à la table, car « ils pourraient nuire à la capacité de l’UE à produire des denrées alimentaires ». Sur ce point, les chefs d’État devaient indiquer, lors d’un Sommet européen informel les 10 et 11 mars à Versailles, dans une déclaration commune que « l’UE améliorera sa sécurité alimentaire par une réduction de sa dépendance à l’égard des importations de produits et d’intrants agricoles, notamment en augmentant la production européenne de protéines d’origine végétale ». Par ailleurs, en vue du prochain Conseil des ministres de l’agriculture du 21 mars, la France et l’Autriche préparent une note sur les protéagineux sur la base de la déclaration commune intitulée « Renforcer le potentiel des protéines végétales en Europe » publiée le 17 décembre 2021. De son côté, la Commission européenne a assuré qu’elle examinera toutes les mesures visant à garantir et à renforcer la capacité de production de l’UE en 2022, avant de préciser que « rien n’a été encore adopté ni décidé à ce stade ».

Réévaluation des plans stratégiques de la Pac

Dans une lettre du 9 mars, le président de la commission de l’Agriculture du Parlement européen, Norbert Lins, appelle, compte tenu du conflit russo-ukrainien, le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, à « prendre des mesures pour prévenir le risque de pénurie de protéines, en autorisant l’utilisation de produits phytopharmaceutiques lorsqu’ils sont efficaces dans les zones écologiques prioritaires, adaptées à la culture de plantes protéiques pendant la durée de la crise ». Tout en précisant qu’« une évaluation complète des plans stratégiques de la Pac serait pertinente afin d’apporter des adaptations nécessaires aux nouvelles circonstances notamment l’utilisation des flexibilités pertinentes pour augmenter la superficie des terres en production ». Il souligne également que la question de la sécurité alimentaire est « particulièrement prégnante pour les produits les plus exposés au risque de pénurie en raison de la suspension des exportations ukrainiennes, tels que les céréales, les oléagineux, les protéagineux et les engrais », tout en appelant « à une action renforcée au niveau international pour ancrer la sécurité alimentaire dans les décisions politiques afin d’éviter la pénurie dans les pays les plus vulnérables ».

De son côté, le Copa-Cogeca explique qu’« il est crucial de pouvoir cultiver toutes les terres disponibles en 2022 pour compenser le blocage des productions russes et ukrainiennes. Tout doit être fait pour éviter les perturbations des chaînes d’approvisionnement, qui conduiront inévitablement à des pénuries dans certaines parties du monde ». À cette fin, il appelle la Commission européenne « à mettre en place rapidement les mesures exceptionnelles de marché. Certains secteurs déjà fortement touchés par les hausses de prix résultant des crises Covid et énergétique doivent être soutenus sans délai, tandis que d’autres agriculteurs ont besoin d’orientations politiques claires au moment où ils commencent à semer ».

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Concernant le secteur porcin, durement touché par la pandémie de Covid-19, par la peste porcine africaine et maintenant par la crise ukrainienne, Bruxelles a organisé le 10 mars la première réunion du groupe de haut niveau. « Les difficultés actuelles vont au-delà des fluctuations saisonnières du cycle du porc », rappelle-t-elle. Cinq réunions auront lieu en 2022, et un rapport sera remis en janvier, éventuellement accompagné de recommandations. La prochaine réunion aura lieu le 6 avril.

Première réunion des experts sur la sécurité alimentaire

Pour anticiper tout risque de pénurie alimentaire, la Commission européenne a organisé le 9 mars, plus tôt que prévu en raison de la crise ukrainienne, la première réunion du groupe d’experts du mécanisme européen permanent de préparation et de réaction aux crises de sécurité alimentaire (EFSCM). À cette occasion, Janusz Wojciechowski, a déclaré qu’« il était fermement convaincu que les risques pour la sécurité alimentaire dans l’UE peuvent être contenus si nous coopérons tous et coordonnons nos actions ». Cette rencontre a été l’occasion d’échanger sur la façon d’assurer un meilleur flux d’informations tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire afin de minimiser le degré d’incertitude, de coordonner les réponses à tous les niveaux et d’identifier rapidement les priorités. La prochaine réunion prévue pour le 23 mars visera à entamer les premiers travaux pour la mise en place d’une cartographie des risques et des vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement alimentaire de l’UE et de ses infrastructures critiques, ainsi que pour le lancement d’un canal de communication approprié pour échanger des informations en temps utile. Le même jour, Bruxelles devrait aussi publier une communication sur la sécurité alimentaire.

L’ensemble des réponses d’urgence envisagées par l’UE feront de nouveau l’objet d’un échange entre la Commission européenne et les États membres lors de la prochaine réunion du Comité spécial agriculture du 14 mars et du Conseil agricole du 21 mars.

Sécurité alimentaire : la présidence allemande organise d’urgence un G7 agricole

L’Allemagne, qui occupe actuellement la présidence tournante du G7, a décidé de convier d’urgence le 11 mars en raison des risques de pénurie alimentaire liés au conflit russo-ukrainien, les ministres de l’Agriculture (France, Italie, Japon, Canada, États-Unis et Grande-Bretagne) à une réunion virtuelle extraordinaire. « Nous surveillons de près les répercussions sur les marchés agricoles. Il faut s’attendre à une hausse des prix des matières premières agricoles et des engrais dans le monde, notamment en raison de la forte augmentation des coûts de l’énergie. Nous suivons de très près la situation des marchés dans le monde entier », a déclaré le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Ozdemir. Avant de préciser que « l’approvisionnement de produits alimentaires dans l’Union européenne est sans danger mais des pénuries importantes peuvent se produire dans des pays hors de l’UE, en particulier des pénuries qui prévalent déjà aujourd’hui du fait notamment de la sécheresse ». Le ministre ukrainien de l’Agriculture, Roman Leshchenko, sera par ailleurs invité à cette réunion tout comme des représentants d’organisations internationales, dont l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), indique le communiqué de la présidence.