La vague de sécheresse qui a frappé l’Europe durant l’été a fortement affecté les cultures, en particulier fourragères. Deux règlements de la Commission européenne vont permettre aux agriculteurs des régions touchées de déroger à certaines règles du verdissement. Un autre prévoit une augmentation des avances des paiements.
En réponse aux difficultés des agriculteurs européens affectés par la sécheresse estivale (en particulier au centre et au nord de l'UE), la Commission de Bruxelles a adopté le 14 août des mesures dérogatoires en faveur de huit États membres (Danemark, Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie, Pologne, Portugal et Suède) concernant les terres mises en jachère qui pourront être utilisées à des fins de production d’aliments pour animaux – dans des zones officiellement reconnues au niveau national comme étant touchées par la sécheresse et où se trouvent des animaux d’élevage. Comme cela avait également déjà été annoncé par le commissaire européen Phil Hogan au mois de juillet (1), les avances de paiements pour les agriculteurs pourront être augmentées jusqu’à 70 % des soutiens directs et 85 % pour le développement rural dès la mi-octobre.
Deuxième vague de dérogations
Et d’autres dérogations vont être accordées à neuf États membres concernant la diversification des cultures (Belgique, Danemark, Allemagne, Irlande, France, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas, Suède).
Il s’agira de permettre de raccourcir la durée minimale obligatoire d’implantation des cultures dérobées et d’autoriser le semis de cultures d’hiver comme des cultures intermédiaires si elles sont utilisées pour des pâturages ou pour produire du fourrage et de ne semer qu’une seule espèce de cultures intermédiaires (et non un mélange de variétés) si ces dernières servent de pâturage ou pour du fourrage. De plus, la France pourra bénéficier, à titre rétroactif, des dispositions du premier paquet de dérogations. Là encore, l’ensemble de ces dérogations qui s’appliqueront de manière rétroactive, seront applicables uniquement dans des zones officiellement reconnues par les autorités compétentes comme étant touchées en 2018 par la sécheresse ou de fortes pluies.
Le règlement a été transmis aux États membres. Il sera voté début septembre et pourra entrer en vigueur rapidement dans la foulée – le commissaire européen ayant refusé de prendre une décision en urgence car, selon lui, compte tenu de la diversité des problèmes, il fallait prendre le temps de réfléchir aux flexibilités les plus justifiées.
Tout en reconnaissant que ces mesures peuvent apporter un soulagement temporaire à certains agriculteurs, Greenpeace souligne qu’elles « renforceront également les pratiques agricoles intensives préjudiciables qui sont à l’origine du changement climatique ». « Tant que les gouvernements et l’UE refuseront de soutenir des méthodes agricoles durables qui n’exacerbent pas le changement climatique et qui résistent mieux à ses effets, cette crise sera la nouvelle norme », prévient l’ONG.
Des États membres ont aussi pris des mesures localement. L’Allemagne a débloqué des fonds (340 millions €), la Wallonie (Belgique) également (15 millions €), et l’Irlande a entrepris une révision de ses programmes de développement rural pour les adapter à la situation.
La production de fourrage au plus bas
Venue échanger avec les eurodéputés de la commission de l’agriculture le 30 août à Bruxelles, la Commission européenne a présenté les données de son Centre commun de recherche (JRC) qui a revu le 27 août à la baisse (pour le quatrième mois consécutif) ses prévisions de céréales. Au niveau de l’UE, les prévisions de rendement actuelles sont inférieures à la moyenne quinquennale pour le blé tendre (-4,5 %), l'orge de printemps (-4,3 %) et le seigle (-14 %). La prévision de rendement du maïs grain a été légèrement révisée à la baisse au niveau de l’UE mais reste supérieure à la moyenne quinquennale » avec 7,57 t/ha (contre 7,64 t/ha prévu en juillet). La prévision pour le maïs fourrager a, par contre, été plus fortement réduite, 10 % en dessous de la moyenne quinquennale. Pour la betterave, à 73,8 t/ha (contre 77,9 t/ha estimé le mois dernier), la pomme de terre, à 31,1 t/ha (contre 33,3 t/ha), le décrochage est plus net, avec des rendements inférieurs à la moyenne sur cinq ans.
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Côté pâturages, « la productivité était à son plus bas niveau depuis le début de nos observations (en 1999) dans une grande partie de l’Europe centrale et septentrionale ainsi que dans le nord-est de la France. Elle a été supérieure à la moyenne en Espagne, dans le sud et l’ouest de la France, en Italie, en Autriche, en Roumanie, en Hongrie et en Bulgarie », note le JRC.
Les stocks de fourrages sont suffisants pour le moment, a précisé la Commission. Néanmoins la hausse du prix des céréales (voir encadré) pourrait avoir des conséquences, plus tard dans l’année, sur le revenu des éleveurs. « Nous ferons le point régulièrement pour évaluer si les décisions que nous avons prises jusqu’à présent sont suffisantes », a assuré la Commission le 30 août devant les eurodéputés.
Moyens supplémentaires
Les parlementaires ont globalement salué les réponses rapides apportées par Bruxelles. Mais ils ont également saisi l’occasion de ce débat pour souligner la nécessité de mieux prendre en compte cette question dans la future Pac. Le Français Michel Dantin (PPE) a notamment mis en avant l’apport que pourraient avoir les données satellitaires – souvent mises en avant par Bruxelles ces derniers temps (1) – pour évaluer plus rapidement les dégâts aux cultures. Le représentant de la Commission a indiqué que, justement, les propositions pour la Pac, si elles sont adoptées, permettront d’aller encore plus vite dans ce type de situation car « ce sont les États membres qui auront les commandes, il n’y aura plus de période de concertation pour demander une dérogation ».
Dans un communiqué du 30 août le Ceja (jeunes agriculteurs européens) exhorte la Commission européenne et les gouvernements nationaux à mettre en place des mesures supplémentaires pour aider les jeunes agriculteurs à faire face aux pertes causées par la sécheresse. Le Ceja « apprécie les mesures prises par la Commission européenne pour faire face aux effets de la sécheresse, toutefois, des enveloppes financières supplémentaires devraient être mises à disposition ».
(1) Voir n° 3654 du 23/07/2018
Une récolte céréalière affectée, des cours en hausse
Le Conseil international des céréales (CIC) a réévalué le 23 août la production mondiale de grains à 2 063 Mt (contre 2 059 Mt estimées en juillet). « Les perspectives 2018-2019 concernant la production mondiale de grains ont augmenté de 4 Mt d’un mois sur l’autre, à 2 063 Mt ». Si en raison de « conditions météorologiques défavorables, les estimations de récolte pour l’UE (-9 Mt) et l’Australie (-3 Mt) connaissent de nouvelles baisses », cela est compensé par « des hausses ailleurs, notamment aux États-Unis (+ 12 Mt), en Ukraine (+ 2 Mt) et en Argentine (+ 2 Mt). » La production mondiale de grains afficherait néanmoins une deuxième année consécutive de baisse. Sous l’effet de la réduction des résultats en Europe et dans la CEI (ex-républiques soviétiques), la récolte mondiale de blé est prévue en baisse à 716 Mt (-42 Mt) pour la première fois sur six campagnes, tandis que la production d’orge serait la plus faible depuis 2012-2013, d’après le CIC. Le département américain de l’agriculture (USDA) fait le même constat et a donc réduit les perspectives d’exportation de l’UE à 23 Mt de blé contre 27,5 le mois précédent. Conséquence de cette baisse des prévisions de récolte : les cours du blé ont touché les 219 € la tonne sur le marché à terme européen mi-août, un niveau inégalé depuis 2013. Mais le risque d’une vraie flambée des cours reste faible car les stocks mondiaux sont très élevés, estiment les analystes.