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Sécheresse : les assureurs font leurs premières estimations

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Alors que le ministère de l’Agriculture devrait disposer le 12 octobre d’une première estimation des dommages engendrés par la sécheresse et la canicule, préalable à de possibles indemnisations, les assureurs commencent à livrer de premières estimations des sinistres en assurances récolte et prairie.

« Tous les départements sont mobilisés pour nous faire remonter l’ensemble des données au 12 octobre. Au vu de la situation, nous pourrons déclencher les soutiens nécessaires à ceux qui sont en difficulté », indiquait le ministre de l’agriculture Stéphane Travert à l’occasion du Sommet de l’élevage le 4 octobre dernier.

Des chiffres attendus alors que la pluie tarde toujours à tomber, notamment dans la partie Est du pays. Les assureurs, via notamment les déclarations de sinistres, commencent déjà à avoir une première idée de ce que pourrait représenter la sécheresse en termes de dommages. « Si nous avons rencontré des pertes moyennes pour les grandes cultures, y compris les cultures de printemps, en prairie les pertes vont être très importantes », estime ainsi déjà Jean-Michel Geeraert, directeur du marché de l’agriculture et de la prévention à Pacifica, la branche assurance dommage du groupe Crédit Agricole.

« Un assuré sur deux en assurance des prairies devrait percevoir une indemnité, sachant que nos clients choisissent en moyenne des franchises se déclenchant à 25 % de pertes. » Soit à peu près 800 personnes, compris dans un croissant situé entre la Lorraine, la Bourgogne, le centre de la France et la façade Atlantique, sur un portefeuille total de 1 500 clients. « Devant l’ampleur des dégâts nous avons déjà versé des acomptes à une centaine de clients les plus sinistrés pour un montant total de 400 000 euros », ajoute Jean-Michel Geeraert. L’autre grand assureur en agriculture, Groupama, considère qu’il est encore trop tôt pour donner une évaluation précise en assurance prairie, la situation pouvant encore se détériorer dans certaines zones avec le manque persistant de précipitations.

La grêle reste le principal aléa climatique

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En assurance récolte en revanche, les deux assureurs s’accordent à dire que la sécheresse devrait représenter en 2018 une charge importante, sans forcément être le sinistre majoritaire. « En assurance multi-risques climatiques grandes cultures, nous avons eu plus de 16 000 déclarations de sinistres liées à la sécheresse. C’est pratiquement 300 000 ha assurés qui sont concernés, soit 11 % des surfaces que nous assurons. Principalement dans le nord, l’est et le centre de la France », détaille Delphine Letendart, directrice agricole chez Groupama. « Les cultures les plus sinistrées sont les maïs, les pommes de terre et les betteraves. Ce sont des cultures qui ont eu un double effet avec d’abord un excès d’eau au printemps. Leur système racinaire s’est peu développé et elles ont donc souffert d’autant plus de la sécheresse en été », ajoute-t-elle.

Malgré cela, « c’est la grêle en 2018 qui reste pour nous l’aléa climatique le plus important avec des estimations entre 75 et 80 M€. Pour la sécheresse, c’est une charge de sinistre que nous estimons entre 35 et 40 M€ », précise Delphine Létendart. Un constat assez proche de celui que fait Pacifica. « En grandes cultures, 25 % de notre charge sinistre en assurance récolte sera liée à la sécheresse sur la campagne de 2018, soit entre 15 et 18 millions d’euros », indique pour sa part Jean-Michel Geeraert. Au-delà de l’année 2018, la sécheresse pourrait également avoir des effets sur la prochaine campagne. « Les semis de colza ont été perturbés par l’absence de pluie. Dans certaines zones les semis ont été plus tardifs ou n’ont pas été faits. Il y a déjà des effets mais il est encore trop tôt pour avoir une idée des conséquences sur la campagne 2019 », explique Delphine Létendart.

Jean-Michel Geeraert, directeur du marché de l’agriculture et de la prévention à Pacifica : « En prairie les pertes vont être très importantes »