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Sécurité alimentaire : ONG et chercheurs appellent à réduire la viande en UE

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À quelques jours d’écarts, des chercheurs et l’Iddri, ainsi que Greenpeace, ont invité à réduire la production animale en Europe pour alléger le marché des grains face aux réductions des volumes de céréales en provenance d’Ukraine et de Russie. Une demande aussitôt rejetée par la FNSEA à la veille de son congrès.

Columbia (États-Unis), Oxford et King’s College (Royaume-Uni), EHESS, Science-po Paris, CNRS et Inrae en France : rares sont les institutions scientifiques prestigieuses qui manquent à l’appel. Dans une tribune portant sur la crise alimentaire induite par la guerre en Ukraine, publiée le 18 mars, près de 500 chercheurs, essentiellement spécialistes d’agriculture et d’écologie, appellent à ne pas revoir à la baisse les objectifs de la stratégie de la Ferme à la table et à ne pas augmenter la production céréalière européenne. Parmi les signataires français, les initiés reconnaîtront Philippe Ciais, sommité des questions climatiques au laboratoire LSCE (Saclay), mais également la spécialiste des sols Claire Chenu (Agroparistech/Inra), le père de la méthode 4 pour 1000 Sylvain Pellerin (Inrae) ou encore Sophie Devienne, experte des questions commerciales chargée d’éclairer le gouvernement sur le Ceta.

« L’insécurité alimentaire mondiale, expliquent-ils, ne résulte pas d’un manque d’offre, mais d’inégalités économiques et d’une mauvaise distribution de l’alimentation. […] Les grains nourrissent des animaux, sont utilisés comme biocarburants, ou gaspillés plutôt que d’être distribués à ceux qui ont de faibles moyens financiers ». Ils proposent trois leviers pour « faire face aux chocs de court terme » : d’abord accélérer la « transition vers des régimes plus sains contenant moins de produits animaux en Europe ». Selon leurs calculs, baisser d’un tiers la consommation d’aliments du bétail en Europe compenserait la chute de l’export ukrainien. Deuxième levier : augmenter la production de légumineuses et « renforcer la stratégie de la Ferme à la table », pour limiter la consommation d’engrais azotés et l’importation de gaz. Enfin, réduire le gaspillage alimentaire. En complément, les chercheurs recommandent de laisser les marchés internationaux ouverts et de financer l’achat de grains par le Programme alimentaire mondial (Pam).

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Les bons chercheurs et l’ivraie

Autant d’arguments repris par Greenpeace qui, dans un communiqué du 23 mars, demande aux instances européennes et aux États membres « de réduire immédiatement la production industrielle de viande, d’œufs et de produits laitiers de manière à diminuer de 8 % l’utilisation des céréales ». D’après les calculs de l’ONG, 162,5 millions de tonnes de céréales de toutes sortes seraient actuellement utilisées pour l’alimentation des animaux d’élevage. Une réduction de 8 % de ce volume permettrait alors « rendre 13 millions de tonnes de blé disponibles », et de compenser la perte de production attendue en Ukraine afin d’éviter « d’assouplir les protections environnementales de la Pac ».

En conférence de presse le 23 mars, Christiane Lambert a opposé une fin de non-recevoir à ces logiques, s’inscrivant « en faux vis-à-vis de penseurs qui disent qu’il faut manger 25 % de viande en moins ». Et de dénoncer les « nouveaux ayatollah », non seulement à l’Iddri (cercle de réflexion fondé par Laurence Tubiana), mais également à l’Inrae, qui voudraient « dicter ce que l’on mange ». Réagissant au fait que les signataires soient des scientifiques, la présidente de la FNSEA a expliqué que « l’Inrae est une grande institution où l’on peut trouver le chercheur que l’on veut ». Dans cette fourmilière se trouverait notamment selon elle des « chercheurs militants », mais aussi des scientifiques dont elle salue l’approche, dont Jean-Louis Péraud, spécialiste des prairies.

« L’Inrae est une grande institution où l’on peut trouver le chercheur que l’on veut »