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Politique Sixième déplacement agricole pour Nicolas Sarkozy en moins d'un an

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Le président de la République ne ménage pas ses efforts pour tenter de reconquérir l'électorat agricole qui lui a fait cruellement défaut lors des dernières élections régionales. Le 27 août, le chef de l'Etat devait effectuer son premier déplacement de rentrée sur le thème de l'agriculture dans les Alpes-de-Haute-Provence. Au menu : le développement de l'élevage de montagne et de la filière ovine. Il y a moins de deux mois, le 1er juillet, Nicolas Sarkozy s'était déjà rendu en Aveyron sur le thème de l'agriculture de montagne. Aujourd'hui, l'agriculture est présentée comme l'un des sujets prioritaires de la rentrée politique du gouvernement. C'est un sujet sérieux dans un contexte de crise agricole qui devrait éviter à Nicolas Sarkozy toute polémique dans une perspective de reconquête de l'opinion.

Nicolas Sarkozy devait reprendre le 27 août dans les Alpes-de-Haute-Provence sa tournée des campagnes en crise pour réaffirmer son soutien au secteur « stratégique » de l'agriculture et tenter de reconquérir, dans la perspective de 2012, les suffrages du monde rural. Après les céréaliers d'Ile-de-France, le 6 avril, ou les producteurs de fruits du Sud-Ouest le 21 mai, le chef de l'Etat a décidé de consacrer cette étape à l'élevage ovin et au « développement de l'élevage de montagne ». Au programme : une visite d'exploitation bio dans le village de Noyers-sur-Jabron avant une table ronde sur les problèmes de la filière. Avec six visites exclusivement consacrées aux agriculteurs depuis le début de l'année en comptant les vœux à la France rurale et le Salon de l'agriculture en mars, Nicolas Sarkozy a fait depuis quelques mois de ce secteur l'une de ses priorités absolues.

Un secteur « prioritaire »
A chaque sortie agricole, le président répète aux agriculteurs qu'il ne les « laissera pas tomber », « qu'il ne veut pas laisser mourir l'agriculture française » car « c'est un secteur prioritaire de l'économie française ». Il se dit également prêt à provoquer « une crise » pour sauver la politique agricole commune dans le contexte de sa renégociation. Et concrètement, il a multiplié les gestes pour tenter de soulager un secteur qui traverse sa plus grave crise depuis trente ans. Il a annoncé fin 2009 un plan de soutien pour le secteur, assis sur des prêts bonifiés d'une valeur de près de 2 milliards d'euros. Il a imposé, le 17 mai, des accords de modération de marge sur les prix des fruits et légumes à la grande distribution dans le cadre de ce que l'Elysée a présenté comme la « semaine dédiée aux enjeux agricoles » du président.

Une manque de confiance
Mais ces annonces et l'offensive de charme qui les accompagne n'ont pas toujours convaincu les agriculteurs. « Les producteurs ont compris qu'il ne fallait pas trop se fier à ce genre de discours », note le président de la Coordination rurale, François Lucas. « Ce n'est que de la gesticulation », renchérit le porte-parole de la Confédération paysanne, Philippe Colin.
Au-delà du difficile contexte agricole, certains pointent du doigt un problème de confiance entre le monde agricole et le président, contrairement à ce qui prévalait avec son prédécesseur Jacques Chirac, qui cultivait son image d'homme du terroir et de bon vivant. En février, le patron de la FNSEA Jean-Michel Le Métayer avait même évoqué les « difficultés » de Nicolas Sarkozy avec la campagne. Sur le même thème, la gauche ne voit que de la « politique politicienne » dans l'empressement agricole du chef de l'Etat. Surtout depuis les régionales de mars, où l'électorat rural s'est largement abstenu. « Il ne parle aux agriculteurs qu'en tant que masse électorale », accuse le député de Dordogne Germinal Peiro, en charge de l'agriculture au PS.

La gauche aussi
Mais le Parti socialiste, lui aussi, place depuis peu les sujets agricoles au premier plan. Il a fait de l'agriculture le premier thème d'une longue série de « forums des idées » censés préparer le projet du PS pour 2012. Ce sujet était jusqu'ici jugé non-prioritaire pour la gauche. « L'agriculture concentre tous les problèmes que pose l'économie libérale », avait même résumé la première secrétaire, Martine Aubry, le 14 juin lors de ce premier « forum des idées ». L'agriculture est devenu un sujet politiquement à la mode et d'importance depuis quelques mois. Nicolas Sarkozy s'est lui-même défendu des critiques dont il fait l'objet dans le monde agricole et a récemment évoqué la sincérité de son engagement auprès des agriculteurs en dénonçant le côté « folklorique » de celui de Jacques Chirac...

De fortes attentes
Avant le déplacement présidentielle du 27 août dans une ferme, le patron de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer estimait que le président a raison « de montrer qu'il s'intéresse à l'agriculture », en espérant un nouveau « signe fort » du chef de l'Etat. Le patron des Jeunes agriculteurs des Alpes-de-Haute-Provence a, lui, tenu à rappeler l'impatience de ses troupes. « Nous avions demandé à nos adhérents de rester calmes », a prévenu Benoît Gauvan, mais « la prochaine fois, si rien n'a avancé, on aura du mal à tenir la base ». Une base qui semble plus compréhensive à l'égard du ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire en poste depuis un peu plus d'un an. « Il a encore bonne presse chez les agriculteurs », constatait un syndicaliste de la Confédération paysanne. Ce qui pourrait faire réfléchir le président alors que certaines sources citent Bruno Le Maire comme « premier ministrable » lors du prochain remaniement. Un ministre de l'Agriculture qui réussit à ne pas faire l'unanimité contre lui dans un contexte de crise agricole sans précédent, ce n'est pas si courant.

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