Prévue en juillet 2023, la Stratégie nationale nutrition climat (Snanc) a finalement été publiée. Le document, objet de nombreuses tergiversations, privilégie une « limitation » de la viande sans objectif chiffré, suscitant des réactions réservées des acteurs de la santé et de l’environnement.
Après plus de deux ans et demi de retard et de multiples reports de sa publication, la Stratégie nationale nutrition climat (Snanc) a été publiée le 11 février. Prévue par la loi « Climat et résilience » de 2021, elle définit les orientations pour atteindre une alimentation « saine et durable » d’ici 2030.
La Snanc prévoit une évolution progressive vers des régimes alimentaires conformes aux repères du Programme national nutrition santé (PNNS), avec notamment une hausse de la consommation de produits végétaux et une limitation (et non une réduction, comme initialement prévu) de la consommation de viandes et de charcuterie, en particulier importées.
« La modération de la consommation de viande doit aussi permettre un report vers une viande locale et de qualité, par exemple issus d’un élevage pâturant pour la viande bovine », souligne le document. Une décision saluée par Interbev (bétail et viandes) qui estime « primordial de préserver ce modèle en limitant les importations de viandes ne respectant pas nos standards de production ». L’interprofession ne mentionne toutefois pas la limitation de la consommation de viande.
Des négociations âpres
Pour rappel, la Snanc, prévue en juillet 2023, a connu de multiples rebondissements. Les négociations ont notamment été particulièrement âpres concernant les termes à utiliser en matière de consommation de viande.
En septembre 2025, le cabinet du désormais ancien Premier ministre François Bayrou avait modifié in extremis le projet de Snanc, entraînant le blocage de sa publication. Matignon avait préféré parler de « consommation de viande équilibrée » plutôt que de « réduction de la consommation de viande », tel que cela figurait dans le projet initial défendu par le ministère de la Transition écologique.
Deux mois plus tard, la publication de la Snanc avait été de nouveau suspendue par Matignon, précisant que le Premier ministre Sébastien Lecornu n’en avait « pas été informé » et n’avait donc pas pu « valider » la Snanc.
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Le document, source de moult tergiversations, prévoit finalement de « limiter » la consommation – un terme privilégié par le ministère de l’Agriculture – et non plus de la « réduire ». Aucun objectif chiffré, pourtant souhaité par une majorité de participants à la consultation publique, n’a été mentionné par le gouvernement. Or, les produits d’origine animale sont aujourd’hui responsables à 61 % de l’empreinte carbone alimentaire.
Quatorze « actions phares » dès à présent
Le texte prévoit quatorze « actions phares » à mettre en œuvre dès 2026, dont le renforcement des projets alimentaires territoriaux (PAT) des « leviers de transition des territoires », l’accompagnement de la restauration collective vers l’atteinte, notamment, de 50 % de produits durables mais aussi l’encadrement réglementaire de la qualité nutritionnelle des repas servis dans les établissements de la petite enfance et les Ehpad.
L’amélioration de la durabilité et de la composition nutritionnelle de l’offre alimentaire à travers des seuils maximaux en sel, sucres, gras, et minimaux en fibres, le renforcement de la lutte contre le gaspillage alimentaire ou encore le déploiement de l’affichage environnemental volontaire après une phase concertée de développement font également partie des mesures à déployer dès à présent. Sa mise en œuvre s’appuiera notamment sur les futures éditions du Programme national pour l’alimentation (PNA) et du PNSS.
Une « triple capitulation »
« À première vue, on peut se réjouir de cette sortie qui va permettre de débloquer celle du non moins attendu PNSS 5 », souligne France Assos Santé. Aux côtés du Réseau action climat (Rac), et de plusieurs autres associations, elle dénonce toutefois une « triple capitulation » : l’absence de mesures contraignantes pour encadrer la publicité destinée aux mineurs pour des produits trop gras, trop salés, trop sucrés, l’absence d’un objectif de réduction de la consommation de la viande ou encore l’absence de mesures visant à limiter les produits ultra-transformés (AUT).
En matière d’AUT, le ministère de l’Agriculture était réticent à cibler ces aliments, estimant sur la base d'un récent rapport de l'Anses, les risques insuffisamment définis. Dans une série de trois études publiées le 19 novembre dans The Lancet, des chercheurs, dont l’épidémiologiste Carlos Monteiro, créateur de la classification Nova, avaient quant à eux estimé que les preuves de nocivité sont désormais suffisamment solides.
JJ