Dans le Bordelais, en vallée du Rhône, le débat refait surface sur Egalim et son application au secteur du vin. Le CIVB souhaite réunir « au plus vite » les acteurs concernés. Côté syndicat des côtes-du-rhône, un travail est mené sur « une rémunération juste avec des prix plancher et la loi Egalim ». Dans le même temps, un nouveau mouvement critique la gouvernance du vignoble et promet des actions violentes.
Être ou ne pas être dans le champ d’Egalim : la discussion est rouverte dans certains vignobles. L’interprofession du vin de Bordeaux (CIVB) veut « ouvrir le débat pour bâtir de nouvelles formes de discussions dans le respect de la rémunération des viticulteurs, des négociants et des distributeurs », a-t-elle indiqué le 12 mars. Son souhait est de réunir « au plus vite » les acteurs concernés, à savoir préfets, distributeurs, négociants, viticulteurs, courtiers, syndicats (FDSEA, JA, Conf’, CR) et collectif Viti33 (vignerons), selon un communiqué. Avec comme objectif de « faire évoluer Egalim », dont le vin est exempté de plusieurs dispositifs. Le CIVB dit avoir écrit au Premier ministre afin de participer aux travaux sur la loi.
Les trois revendications sont les suivantes : « construction du prix en marche avant », « rôle central pour les indicateurs des coûts de production » dans la formation du prix, « expérimentation des évolutions législatives » à venir dans le périmètre du CIVB et avec ses indicateurs. Le 6 décembre, Marc Fesneau avait indiqué avoir « réinterrogé » la filière sur l’opportunité de l’intégrer à Egalim. À l’instar des céréales ou des fruits et légumes, les vins (à quelques exceptions) avaient été exemptés du dispositif de contractualisation écrite obligatoire mis en œuvre avec la loi Egalim 2.
La prise de parole du CIVB intervient après des manifestations ces dernières semaines visant des opérateurs du négoce et de la distribution. Des viticulteurs ont bloqué, le 28 février à Blanquefort (Gironde), les entrepôts du négoce Castel Frères, à l’appel de la FNSEA 33 et JA. Le 9 mars, c’était au tour de magasins Lidl d’être ciblés, dans le même département, par une action du syndicat majoritaire. Ces actions coup de poing font aussi écho à une actualité judiciaire. Le tribunal de commerce de Bordeaux a condamné, le 22 février, deux négociants girondins à verser 350 000 euros à un viticulteur du Médoc qui les accusait d’avoir violé la loi Egalim sur les prix agricoles en lui achetant son vin en vrac à un tarif « abusivement bas ».
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La piste des prix plancher
En vallée du Rhône également, la tension sur les prix monte d’un cran. « On est aujourd’hui sur des prix d’il y a vingt ans : je me souviens des prix auxquels je vendais mon vin en 2005-2006, on en est rendus à ce niveau en vin de France et en côtes-du-rhône », a souligné Philippe Faure, secrétaire général du syndicat des côtes-du-Rhône, lors d’une conférence de presse le 12 mars. La feuille de route est claire pour le nouveau patron de l’organisation : Damien Gilles estime que « la loi Egalim doit nous protéger ». « La meilleure piste et la plus rapide [pour retrouver des prix suffisants], c’est que le gouvernement prenne ses responsabilités et nous amène là où le président de la République a voulu nous amener au Salon de l’agriculture : aux prix plancher. » Le syndicat des côtes-du-rhône dit travailler avec Inter Rhône (interprofession) sur « une rémunération juste avec des prix plancher et la loi Egalim ». « Nous avons déjà des référentiels de coûts de production, depuis 2013 avec le syndicat, depuis trois ans avec l’interprofession. Nous savons combien nous coûte un hectolitre de raisin, de côtes-du-rhône et de côtes-du-rhône villages. Nous pouvons dès demain rentrer sur les prix plancher et sur Egalim. »
D’autres ont un ton plus virulent. Six vignerons restés anonymes ont lancé le « Mouvement viticole Vallée du Rhône » (MVVR), menaçant d’actions musclées afin d’obtenir « des prix décents », apprend-on dans le Dauphiné libéré le 11 mars. « C’est notre dernier cri d’alerte envers les courtiers, les négociants, envers tous les dirigeants de la filière viticole… On leur accorde un dernier délai de quelques jours pour affirmer des prix décents », ont-ils déclaré au quotidien régional. Et de menacer : « S’ils croient tous avoir vu la manière forte, ils se trompent. » Les vignerons réclament notamment la démission du président d’Inter Rhône Philippe Pellaton, accusant l’interprofession de ne pas avoir « vu arriver la crise » et de « fermer les yeux depuis des années sur le prix, sur les importations de vins ». Interrogé en conférence de presse le 12 mars, le nouveau président du syndicat des côtes-du-rhône, Damien Gilles, a dit « comprendre » ce « cri de détresse », mais considère qu’« attaquer les nôtres, ce n’est pas une façon de procéder ». Sur le fond, ce viticulteur du Gard admet toutefois que « le prix décroche sans réelle raison, alors qu’on a quasiment retrouvé un équilibre » entre offre et demande. « Certains négociants jouent un drôle de jeu, qu’il va falloir éclaircir et éclairer. »