Difficile exercice de compromis entre les commissions de l’Agriculture et de l’Environnement du Parlement européen sur la stratégie « de la ferme à la table » proposée par Bruxelles. Des objectifs plus ambitieux pourraient être demandés à l’aval de la chaîne alimentaire.
Le projet de rapport du Parlement européen sur la stratégie « de la ferme à la table », dont ont discuté les eurodéputés le 25 janvier, reste à ce stade un hybride (1). Les deux rapporteurs se sont partagé les propositions de Bruxelles : Herbert Dorfmann (Démocrate-chrétien, Italie) pour la commission de l’Agriculture (Comagri) prenant celles concernant la « ferme » et Anja Hazekamp (Gauche, Pays-Bas), pour la commission de l’Environnement (Comenvi), celles concernant la « table ». Résultat : leur projet se présente, pour l’instant, sous une forme inhabituelle avec des formules telles que « le rapporteur de la Comagri estime que… » et « la rapporteure de la Comenvi pense que… ». Ce dont s’étonnent certains eurodéputés. Les discussions dans les semaines à venir sur les amendements qui seront déposés devront permettre d’harmoniser la position parlementaire sans quoi celle-ci sera affaiblie. « Nous serons plus solides face aux autres institutions si nous parvenons à nous mettre d’accord », a prévenu le président de la Comenvi Pascal Canfin.
Tout pour les agriculteurs, rien pour les consommateurs
Anja Hazekamp assure qu’il n’y a pas d’opposition entre environnement et agriculture et insiste notamment sur la révision de la politique commerciale de l’UE et l’étiquetage nutritionnel. Pour Herbert Dorfmann, le problème de la stratégie proposée par Bruxelles est qu’il s’agit surtout « d’une stratégie de la ferme et beaucoup moins de la table ». Selon lui, on demande énormément de choses aux agriculteurs, avec des objectifs chiffrés très ambitieux, « très peu à l’industrie agroalimentaire et rien du tout aux consommateurs si ce n’est qu’il faut leur fournir des produits bon marché ».
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Comme pour appuyer son point de vue, la Commission européenne a justement lancé le 26 janvier des discussions avec les parties prenantes de l’aval de la chaîne d’approvisionnement (transformateurs, restauration, détaillants…) pour leur demander de concevoir un « code de conduite pour des pratiques commerciales et de marketing responsable » dans le cadre de la stratégie « de la ferme à la table ». Ce code devra définir le rôle collectif des acteurs de la chaîne alimentaire dans la transition vers un système alimentaire européen plus durable, en permettant aux consommateurs de choisir plus facilement des régimes alimentaires sains et durables. Il devra être prêt à être signé par les parties prenantes en juin 2021, couvrir tous les principaux aspects de la durabilité des systèmes alimentaires (économiques, sociaux et environnementaux) et refléter les objectifs et les ambitions du Green Deal européen. Pour, souligne Bruxelles, accroître la disponibilité et l’accessibilité financière d’options alimentaires saines et durables. Voilà qui devrait donner du grain à moudre au Parlement européen.
ir n° 3774 du 18/01/2021