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Tension en Ille-et-Vilaine autour de la gestion de l’eau

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La révision du Sage Vilaine, lancée en 2022, a fait l’objet de contestations dans six départements bretons et ligériens, ayant conduit au report de son adoption. Ce blocage intervient alors que les indicateurs de qualité et de quantité de l’eau se dégradent à l’échelle du bassin Loire-Bretagne.

Les FDSEA et les Jeunes agriculteurs (JA) de six départements bretons et ligériens ont manifesté à Châteaubourg (Ille-et-Vilaine), puis à Rennes, le 11 décembre, pour s’opposer au projet de révision du Schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (Sage) Vilaine. La réunion de la Commission locale de l’eau (CLE), convoquée pour procéder au vote final du document à l’issue d’un processus qui aura duré trois ans, a été annulée à la dernière minute, car l’accès à la salle était bloqué, a indiqué à l’AFP Michel Demolder, président de la CLE.

Les syndicats agricoles majoritaires demandent la modification du projet, avec « la réécriture des règles, et pour certaines, leur suppression » et « une étude d’impact socio-économique spécifique au secteur agricole ». Dans le même temps, une trentaine d’agriculteurs de la Coordination rurale (CR) ont manifesté à part à Chateaubourg. Les partisans du Sage Vilaine (Confédération agricole, AgroBio35 et des associations) étaient, quant à eux, une centaine, selon les forces de l’ordre.

Une interdiction d’herbicides pour maïs

Une règle cristallise les tensions dans ce territoire très agricole : l’interdiction d’herbicides pour maïs dans des parcelles sensibles à l’érosion, situées dans une poignée d’aires d’alimentation de captage en eau potable. Il s’agirait d’une première en France. L’objectif étant d’éviter qu’en cas de pluie, ces polluants ne se retrouvent dans l’eau. À noter que des dérogations restent possibles en cas d’impasses techniques ou climatiques et une aide financière est prévue pour passer au désherbage mécanique. Cela concernerait 2,5 % de la surface du Sage Vilaine, selon M. Demolder. Sous la pression de la FNSEA et des JA, le vote final pour la révision du Sage Vilaine, prévu le 11 décembre, a été repoussé au 16 janvier.

En 2022, les membres du CLE ont engagé la révision du Sage, en adéquation avec le Sdage, afin d’améliorer la qualité des masses d’eau, aujourd’hui très mauvaise, sur ce territoire qui englobe six départements. Cette révision s’est accompagnée d’une large consultation des citoyens. Le projet a ainsi fait l’objet d’une consultation en ligne en mars 2023, portant sur les enjeux autour de l’eau, recueillant un peu plus de 3 500 réponses. Elle a été complétée par plusieurs ateliers territoriaux qui ont réuni plus de 340 participants. La version soumise au vote est celle amendée par les chambres d’agriculture. « Cette décision, validée à l’époque à l’unanimité avait aussi acté le principe de non-régression environnementale vu la gravité de la situation », rapporte l’association environnementale Eau et Rivières de Bretagne.

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Des masses d’eau dégradées

Hasard du calendrier, l’Agence de l’eau Loire-Bretagne a présenté, le 10 décembre, un nouvel état des lieux de la qualité des eaux qu’elle juge « insatisfaisant » à l’échelle de son bassin, loin de l’objectif de 61 % des masses d’eau en bon état « espéré mais inatteignable » pour 2027. Premier constat : seuls 21,4 % des cours d’eau sont en bon ou très bon état écologique, contre 23,7 % en 2017. « Les résultats ne sont pas bons », admet Loïc Obled, directeur de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne.

Plusieurs autres signaux témoignent d’une dégradation de la ressource. L’état chimique des plans d’eau s’est nettement détérioré : 45 % sont aujourd’hui en bon état contre 85 % en 2019. Les eaux souterraines sont également touchées, avec 57 % des masses d’eau en bon état chimique contre 64 % six ans plus tôt, sous l’effet des nitrates et des pesticides. Sur le plan quantitatif, la part des masses d’eau en bon état recule également, passant de 88 % en 2019 à 73 % aujourd’hui.

Le rapport souligne, par ailleurs, l’effet croissant du changement climatique, marqué notamment par une baisse de la recharge des nappes et des étiages plus sévères. Selon l’Agence de l’eau, ces évolutions accentuent la vulnérabilité des écosystèmes et appellent à une adaptation des politiques de l’eau. Cinq priorités sont identifiées pour progresser vers un bon état des eaux d’ici 2033, dont le renforcement de la lutte contre les pollutions diffuses et l’adaptation des prélèvements pour garantir un partage équilibré de la ressource.

JJ

Les tensions portent sur l’interdiction d’herbicides pour maïs

En Loire-Bretagne, la qualité de l’eau est jugée insatisfaisante »