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Terratis compte s'attaquer aussi aux insectes ravageurs agricoles

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Le principe de la TIC repose sur une production massive et continue d’insectes en cage Crédits : © Terratis

Spécialiste de la technique de l’insecte stérile appliquée aux moustiques tigres, Terratis vient de lever 1,5 M€. La start-up se donne un an pour préparer le passage à l’étape industrielle et prévoit d’inclure au moins un, voire deux, insectes ravageurs agricoles dans son nouveau site. 

Après 14 ans de recherches sur la technique de l’insecte stérile (TIS), en particulier sur le moustique tigre et ensuite sur les insectes ravageurs agricoles, Clélia Oliva a voulu dépasser le stade laboratoire. Elle a donc cofondé Terratis en janvier 2024 avec Dorian Barrère, « pour faire en sorte que cette technologie puisse être disponible sur le marché, explique-t-elle. Comme l’indique son nom, « la TIC consiste à jouer sur la reproduction de l’insecte visé, en stérilisant les mâles, puis en les relâchant massivement pour qu’ils s’accouplent avec des femelles sauvages qui pondront des œufs vides, permettant ainsi de diminuer progressivement la population de ce nuisible, explique Clélia Oliva. Le principe, qui est le même, aussi bien pour un insecte ravageur en agriculture que pour le moustique tigre, repose sur une production massive et continue d’insectes dans nos locaux ». 

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Cette technologie avait été développée il y a une soixantaine d’années sur la lucilie bouchère (Cochliomyia hominivorax), aux États-Unis, jusqu’à éliminer cette mouche du bétail dans tout le sud du pays. Le principe a ensuite été développé sur d’autres insectes ravageurs des fruits. La TIC est notamment utilisée en Espagne depuis les années 90 contre la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata).

Une première levée de fonds

Pour se donner les moyens de ses ambitions, Terratis vient de boucler une levée de fonds de 1,5 M€ auprès des fonds Odyssée Venture, Galapagos Innovation, la SATT AxLR. Ce financement va permettre à la start-up de passer différents étapes pour valider le passage à l’échelle industrielle. 

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Une des premières étapes portera sur le lancement de l’activité commerciale avec « le lâcher de moustiques tigres « dans plusieurs villes pionnières de France métropolitaine prévu dès avril 2025 », indique la société dans son communiqué du 3 mars 2025. Des tests après des lâchés répétés de moustiques stériles par Terratis sur l’île de la Réunion ont permis de montrer une baisse de fertilité jusqu’à 60 % sur un an. « La récolte des œufs permet de calculer le taux d’infertilité et donc de mesurer l’efficacité de notre solution. Cela nous permet aussi d’être réactif sur une zone particulièrement infectée qui nécessite d’augmenter notre passage, souligne la cofondatrice. En parallèle de ces lâchés, nous allons continuer à améliorer nos process. L’une des priorités sera d’automatiser certaines technologies existantes pour augmenter la productivité tout en optimisant les conditions de travail. » 

Le marché agricole représente un gros potentiel

Les fonds permettront également de valider le passage à l’échelle industrielle. Terratis dispose aujourd’hui d’un site pilote de 200 m2 à Montpellier, lui permettant une production continue de moustiques pour couvrir jusqu’à 1 000 hectares par semaine. « Notre objectif d’ici la fin de l’année ou au début de l’année prochaine serait d’avoir budgétisé un projet d’usine afin de lancer une nouvelle levée de fonds, indique Clélia Oliva. Une usine sur au moins 3000 m2 d’élevage de moustiques, pour traiter 40 000 hectares. « Ce projet d’usine est en phase d’élaboration et nous prévoyons d’y inclure au moins un insecte, voire deux, pour le marché agricole. Nous étudions différents scénarios possibles pour des insectes sur lesquels cette technologie est déjà appliquée dans d’autres pays, donc qui ne nécessite pas vraiment de phase de développement, juste le passage à l’échelle industrielle. Ce projet concerne notamment la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata), qui s’attaque à de nombreux fruits dans le sud de la France et fait notamment des ravages sur les agrumes en Corse, et le carpocapse des pommes (Cydia pomonella). Nous finaliserons le choix des insectes cette année, selon l’intérêt des marchés », détaille le cofondatrice. 

Pour certains insectes ravageurs en F&L, notamment la drosophila suzukii, certaines étapes de la technologie doivent encore être adaptées et Terratis prévoit « d’avancer en partenariat avec des instituts de recherche, notamment Inrae pour déployer cette solution à l’échelle industrielle », explique Clélia Oliva. L’institut national de la recherche et le CTIFL (Centre technique interprofessionnel des F&L, ndlr) travaillent sur différentes étapes de cette technologique, de l’élevage aux conditions de stérilisation depuis quelques années déjà.