Liquidé fin septembre, l'industriel de la volaille Tilly-Sabco (Finistère) vient d'être repris par un attelage de trois structures sur décision du tribunal de commerce de Brest. Son modèle économique ? Du poulet halal, du poulet aux algues en frais et en surgelé, et des saucisses de poulet.
Le tribunal de commerce de Brest a opté, vendredi 5 décembre, pour le projet porté par MS Foods (Angleterre), le fonds d'investissement Breizh Algaé Invest et la chambre de commerce et d'industrie de Morlaix. Un projet dans lequel 202 des 326 salariés de Tilly-Sabco sont conservés et où 2,5 millions d'euros vont très prochainement être investis. Lundi 8 décembre, les trois partenaires se sont retrouvés devant le bureau de la chambre de commerce et d'industrie de Morlaix pour expliquer ce qu'ils comptent faire dans l'abattoir de poulets. Exit le modèle avicole précédent de Tilly Sabco fondé sur la commercialisation de poulets congelés sur le Moyen-Orient, grâce aux restitutions à l'exportation. Tilly Sabco Bretagne produira du poulet halal, la spécialité de l'anglais MS Foods qui opère au Royaume Uni et en région parisienne, et du poulet frais et surgelé garanti sans antibiotiques, grâce à une supplémentation en algues dans son alimentation, l'algue étant la spécialité de Breizh Algaé Invest, filiale du groupe Olmix (Bréhan, Morbihan).
Traçabilité
L'investissement projeté va consister à convertir une des deux lignes de surgélation en une ligne frais. Dans le capital de la nouvelle société, les trois partenaires apporteront chacun 500 000 euros. Le président de la CCI de Morlaix, Jean-Paul Chapalaun (partie prenante au projet) s'est réjoui que le tribunal de commerce ait fait « le pari de l'innovation » en misant sur « un projet avicole en rupture avec le modèle avicole traditionnel ». Sur le marché mondial de la volaille, les Européens savent, en effet, qu'ils ne peuvent être compétitifs qu'à la condition d'apporter une plus-value qualititative. Un poulet halal, d'origine bretonne et donc parfaitement tracé, devrait renforcer la fidélisation des clients de MS Foods dont les poulets viennent aujourd'hui de sources multiples en Europe, assurent les trois partenaires.
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Selon les premiers résultats d'une étude commandée par FranceAgriMer au cabinet AND International, la France arrive à la 14e place (sur 21 pays suivis) dans un classement international de la compétitivité des secteurs volaille de chair, apprend-on dans le compte rendu du dernier Conseil spécialisé Viande Blanches, paru le 5 décembre. En UE, elle se place devant l'Espagne, la Belgique et l'Italie, mais derrière les Pays-Bas, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Au niveau international, le Brésil occupe la première place, suivi par la Thaïlande, l'Argentine et les Etats-Unis. Le classement pondère 31 critères, classés selon 7 axes : « les coûts de production, les entreprises et les structures sectorielles, le potentiel de production, le portefeuille de marchés, la maîtrise des facteurs naturels, l'environnement institutionnel et les conditions macroéconomiques du pays ». La France est « handicapé(e) par ses coûts de production et la faiblesse de sa balance commerciale », rapporte FranceAgriMer.
Des algues contre antibiotiques
Mais la part la plus importante de valeur ajoutée de l'offre future de Tilly Sabco Bretagne viendra sans conteste du poulet aux algues, plus précisément d'un poulet élevé sans antibiotiques. Le poulet futur de Tilly-Sabco Bretagne sera nourri, en effet, avec un aliment dans lequel des molécules spécifiques d'algues, le cœur de métier d'Olmix, maison-mère de Breizh Algaé Invest, auront été incorporées. Elles se substitueront aux antibiotiques en apportant aux poulets des barrières naturelles aux bactéries. Olmix dispose depuis peu d'une unité d'extraction de ces molécules d'algues, à une vingtaine de kilomètres de Guerlesquin. Pour Hervé Balusson, président de Breizh Algaé Invest et premier président de Tilly-Sabco Invest, « le premier poulet aux algues devrait sortir dans les six mois ». Les négociations avec les fabricants d'aliments du bétail n'étaient pas encore terminées, lundi 8 décembre. Marchés visés ? Le monde, et en particulier la Chine où Olmix travaille déjà beaucoup. « Des algues en France, on peut en faire, pas les Allemands ni les Américains », poursuit Hervé Balusson. L'usine va désormais monter en puissance en fonction de l'avancée des travaux sur le site et des contrats de commercialisation. 200 éleveurs sans revenus depuis la liquidation de Tilly-Sabco depuis fin septembre sont dans la boucle pour fournir l'usine. Celle-ci devrait traiter 500 000 poulets par semaine dans un premier temps, puis monter à 1 million de poulets par semaine d'ici « à un an et demi », souligne le directeur opérationnel, Daniel Sauvaget, ancien président et propriétaire de Tilly-Sabco avant sa liquidation. Les trois partenaires envisagent dans un second temps d'investir dans un atelier de découpe. Chiffre d'affaires visé ? 40 millions d'euros la première année, 100 millions d'ici trois à cinq ans. Idris Mohammed, directeur opérationnel de MS Foods, est le directeur général de la SAS Tilly-Sabco Bretagne.