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Toopi Organics récolte des fonds pour accélérer sa production de biostimulants en Europe

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Alexandra Carpentier, DG et Michaël Roes, co-fondateur et président. Crédits : © Toopi Organics

Toopi Organics a développé une technologie unique de récolte, d’hygiénisation, puis de fermentation de l’urine humaine pour fabriquer des biostimulants agricoles. La start-up cofondée en 2019 par Michaël Roes vient de lever 16 millions d’euros pour construire deux nouveaux sites de production en France et en Belgique et compléter sa gamme de produits.

Fondé en 2019, Toopi Organics spécialiste de la valorisation de l’urine humaine en biosolutions agricoles, a annoncé le 12 septembre 2023 avoir levé 16 millions d’euros pour accélérer son développement en France et en Belgique. Si l’utilisation de l’urine humaine comme fertilisant dans l’agriculture n’est pas une nouveauté, toute l’innovation de Toopi repose sur l’utilisation de l’urine comme milieu de culture pour des microorganismes afin de mettre au point des produits qui satisfont aux exigences réglementaires. Et sa solution permet également en amont d’économiser l’eau, grâce à la mise en place d’un système de collecte d’urine dans des lieux accueillant du public (entreprises, écoles, stations-services, stades…), dont les nouveaux sanitaires dispensent de l’utilisation d’une chasse d’eau.

Dans le détail, ces fonds serviront au développement de nouveaux biostimulants et à la construction de deux nouvelles unités de production en France et en Belgique. Toopi Organics prévoit ainsi le lancement de « deux nouveau produits, l’un permettant la fixation de l’azote libre et l’autre sur la résistance au stress hydrique », détaille Michaël Roes, président et cofondateur de Toopi Organics. Et côté sites de production, l’implantation du premier est prévue en France juste à côté de l’existant à Loupiac-de-la-Réole (Gironde) sur un terrain de 1 hectare. La deuxième usine sera construite en Belgique dans la province de Liège. Les travaux en France « démarreront en décembre 2023, voire début 2024 et le site sera opérationnel mi-2025. Pour la Belgique, il faut compter 18 mois de décalage », a souligné Alexandra Carpentier, la directrice générale. Chaque site produira 2 millions de litres par an, contre une production annuelle de 250 000 litres actuellement sur le site existant. « Aujourd’hui, le facteur limitant pour Toopi tient à sa capacité de production. Toute la question est d’arriver à produire plus pour vendre », insiste le dirigeant.

Réduction de l'utilisation d'engrais

La société a obtenu les autorisations de mise sur le marché (AMM) de ses produits dans six pays d’Europe. Lactopi Start, le premier bio stimulant urino-biosourcé pour l’agriculture, qui augmente la disponibilité du phosphore pour les plantes est déjà commercialisé en Belgique. La Coopérative agricole de la Meuse, la Scam (2400 coopérateurs), a commencé la commercialisation de Lactopi Start en début d’année, et témoigne de retours très positifs. « Nous nous sommes lancés au printemps 2023 avec 10 000 litres de Lactopi Start sur 400 hectares comprenant de la betterave, de la chicorée, du maïs et de la pomme de terre, détaille ainsi Etienne Tavier, responsable des spécialités et engrais utilisables en agriculture biologique à la Scam. En dépit d’un printemps compliqué, les cultures ont bien démarré ce printemps et nous avons remarqué que leur système racinaire se développait très bien. Nous avons repris 10 000 litres supplémentaires de Lactopi Start à utiliser sur les céréales cet automne ». Avec ce produit, les agriculteurs peuvent réduire de 20 à 30% leur utilisation d'engrais. Pour Lactopi Start, Toopi a utilisé une souche spécifique de Lactobacillus paracasei qui est ensuite multipliée dans le milieu urino-sourcé via un procédé de fermentation unique breveté. « Naturellement riche en azote, phosphore, potassium et facteurs de croissance, l'urine joue ici un rôle nutritif pour la production de biomasse microbienne d'intérêt agronomique », explique l’entreprise. Quant à la bactérie, « elle a été choisie parce qu’elle permet une meilleure assimilation du phosphore présent dans les sols par les plantes et donc sécurise le début des cultures en remplacement des engrais de démarrage ».

Après la Belgique, Lactopi Start sera distribué en France dès l’automne par le grossiste Qualifert, qui s’est déjà engagé sur « 400 000 litres pour les deux années à venir », explique Michaël Roes. Et progressivement, « les ventes s’étendront au reste de l’Europe, notamment en Allemagne où des tests marchés sont programmés, puis dans un second temps à l’international. Nous avons énormément de demandes, essentiellement en Europe et en Afrique, mais nous souhaitons nous focaliser sur la Belgique et la France pour l’instant ».

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Sur les trois dernières années, Toopi a mis en place un système de collecte d’urine dans des lieux recevant du public, aires d’autoroutes, lycées, collèges…. « Cette année, la société a récolté 300 000 litres sur des festivals, a ainsi précisé Michaël Roes. Et Toopi est déjà positionné pour la collecte lors des Jeux Olympiques 2024, avec son partenaire Enygéa, spécialiste des toilettes mobiles ».

Rentabilité et projets R&D

Autant de développements qui sur la base des prévisions actuelles, « permettront d’atteindre la rentabilité en France et en Belgique en 2027, pour un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros. Mais notre développement ne s’arrêtera pas là, donc les investissements futurs pèseront sur la rentabilité, précise Alexandra Carpentier. Le chiffre d’affaires en 2023 qui n’atteint que 100 000 euros en lien avec notre niveau de production limité, devrait passer à 600 000 euros l’an prochain avec un niveau de production stable à 250 000 litres ». La première année de croissance des ventes de Toopi sera visible en 2025, avec la mise en service du deuxième site en France, permettant d’anticiper un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros.

Toopi ne manque pas de projets en R&D. A terme, « nous réaliserons une autre levée de fonds pour d’autres développements dans les produits de biocontrôle, idem pour des solutions de remplacement aux néonicotinoïdes auxquels s’intéresse Toopi. Le problème aujourd’hui est que pour développer un produit de biocontrôle, il faut compter 4 à 8 ans et beaucoup d’investissements. Les gammes de biostimulants sont plus accessibles », confie Michaël Roes.

Le récent tour de table se décompose en un financement de série A de 11 millions d’euros, mené par le fonds VisVires New Protein (un investisseur historique d’Ÿnsect), suivi par les fonds à impact Edaphon, Noshaq et Maif Impact, ainsi que de BNP Paribas Développement. Les investisseurs historiques, dont Irdi, Johes, et MakeSense, ont également participé à cette opération. Le solde de près de 5 millions d’euros de fonds non-dilutifs a été obtenu auprès de l’Agence de la transition écologique Ademe et de BPI France. Michaël Roes, le cofondateur a précisé que « le capital était détenu à 50/50 entre l’équipe dirigeante et lui et les financiers ». La société précise également disposer d’un contrat à impact social de 3,8 millions d’euros remporté auprès de l’Ademe et de 1,1 million d’euros de subventions France 2030 accordées par BPI France. Un ensemble de financements qui « va constituer un levier essentiel pour mobiliser de la dette bancaire dans les mois à venir », termine Toopi Organics.