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Traite des êtres humains : l’agriculture, un secteur « à risque »

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« Le secteur agricole, compte tenu de ses besoins spécifiques en termes de main-d’œuvre, des rythmes imposés par les saisons, des conditions de travail difficiles et des horaires flexibles propres aux emplois saisonniers » fait partie des « secteurs d’activité à risque » en matière de traite par le travail, affirme un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) présenté le 10 mars. L’agriculture est donc une activité propice à la servitude, comme le sont « le bâtiment, les services, l’artisanat ». En ce sens, elle mérite « toute l’attention des autorités ». Le « basculement » de travail saisonnier à traite « est facilité par l’intervention d’agences d’intérim basées à l’étranger », principalement en Espagne, qui envoient leurs salariés « dans des domaines agricoles du sud de la France » (1) précise le rapport. La rédaction à l’étranger des contrats de travail favorise « le développement d’un important flou juridique quant aux lois applicables » explique le CNCDH. Ceci nuit d’autant plus à la protection des victimes. Le CNCDH rapporte, en guise d’exemple, les propos d’un ouvrier des Bouches-du-Rhône qui aurait déclaré que « des employeurs en agriculture cherchent des salariés les plus précaires possible. Ils les mettent dans des habitats collectifs et des fermes soit sur l’exploitation agricole, soit dans des champs auxquels aucune personne n’a accès ».

En Europe, en 2012, l’exploitation du travail était la deuxième cause d’esclavage moderne (20 %), derrière l’exploitation sexuelle (67 %). Chez les hommes, 64 % des victimes d’esclavage étaient contraintes au travail forcé. Selon l’Organisation mondiale du travail, près de 21 millions de personnes sont victimes du travail forcé dans le monde, générant 150 milliards de dollars de profits illégaux chaque année.

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Le CNCDH tire la sonnette d’alarme : « Dans le panorama mondial, la France apparaît non seulement comme un pays de transit et de destination des victimes de la traite, mais c’est aussi un pays qui connaît des actes de traite et d’exploitation en interne, même si le phénomène reste plus marginal ».

(1) Voir Agra Presse Hebdo n°3506 du 20 juillet 2015, p50