Le 22 juillet, Didier Guillaume a pris un arrêté restreignant les transports d’animaux vivants pendant la canicule. Une mesure qui va au-delà de la réglementation européenne, mais reste insuffisante pour certaines ONG. A Bruxelles, le commissaire Andriukaitis plaide pour un durcissement du cadre européen.
Pas de transport d’animaux vivants entre 13 heures et 18 heures en période de canicule. C’est la règle qu’a fixée le ministre de l’Agriculture dans un arrêté paru au Journal officiel le 23 juillet. Cette interdiction s’applique « dans les départements placés en vigilance orange ou rouge par Météo-France en raison d’un risque de canicule pour le lendemain ». Soit la quasi-totalité du territoire lors des fortes chaleurs de la semaine dernière. Le texte prévoit toutefois des dérogations pour les véhicules climatisés (ou équipés de ventilateurs et brumisateurs), les convois de trois animaux ou moins et les transports pour raison vétérinaire ou de protection animale.
Bien que durcissant la réglementation européenne en vigueur, ces restrictions ne vont pas assez loin pour certains défenseurs des animaux. Dans une lettre ouverte à Didier Guillaume publiée le 24 juillet, le Parti animaliste lui demande d’« interdire le transport d’animaux vivants pendant les périodes de canicule ». Certaines ONG, comme Animals’Angels et Welfarm, vont plus loin : elles militent pour l’interdiction totale du transport d’animaux sur de longues distances, canicule ou pas.
Le 25 juillet, une délégation du Parti animaliste a rencontré la secrétaire générale du ministère de l'Agriculture et obtenu un rendez-vous avec Didier Guillaume, prochainement. L’argument des animalistes : l’interdiction de rouler entre 13 heures et 18 heures va « générer davantage de souffrances », car les véhicules « devront attendre cinq heures avant de pouvoir poursuivre leur trajet », peut-on lire dans leur lettre ouverte. « Or, durant ce stationnement, les animaux resteront entassés dans les camions, souvent sans eau ni nourriture, sous des températures intérieures qui, à l’arrêt, peuvent avoisiner les 50 degrés. »
L’été, une période « plus creuse » pour l’export
« C’est ridicule ! Nous ne sommes pas idiots, nous n’allons pas faire partir des camions pour les faire attendre juste après… », s’emporte Benoît Albinet, directeur de Deltagro, un des leaders français de l’export de bovins vifs. D’après lui, pour se conformer aux nouvelles règles, les convois partent en fin d’après-midi. Ces restrictions, ainsi que les fortes chaleurs elles-mêmes, « perturbent les flux ». « Mais nous avons été davantage pénalisés par la canicule précoce de fin juin, qui nous a poussés à annuler des départs programmés pour le Maghreb », explique-t-il à Agra Presse.
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Traditionnellement, l’été est une période « plus creuse » pour l’export, marquée par un « ralentissement de la demande ». D’après les estimations de Deltagro, en été, la France expédie environ 20 000 bovins par semaine, contre 25 000 à 30 000 en moyenne annuelle. « En général, de mi-juillet jusqu’à fin août, on ne programme pas de transports de longue durée (plus de huit heures, NDLR), explique M. Albinet. Préserver la santé des animaux est dans notre intérêt : on ne peut pas facturer un animal en mauvaise santé. Alors on s’auto-limite. »
Vers une révision de la réglementation européenne
Reste que, comme dans tout corps de métier, tout le monde ne respecte pas les règles. Entre le 16 et le 23 juillet, l’ONG Animals’Angels a repéré « de nombreux camions [non climatisés] circulant sous une chaleur torride » sur l’axe routier Espagne-France-Italie. Des trajets en infraction avec le règlement européen n°1/2005, qui régit les transports d’animaux. Ce texte instaure des règles spécifiques pour les transports de plus de huit heures, notamment l’obligation de maintenir la température entre 5 et 30°C.
Ce cas est loin d’être isolé. Plus de 530 camions provenant de 15 États membres ont récemment traversé la frontière turque par plus de 30°C, dans des conditions « inacceptables », a rappelé le commissaire européen à la Santé, Vytenis Andriukaitis, le 15 juillet. « Une honte », a-t-il dénoncé. Selon lui, la prochaine Commission devra présenter des propositions pour réviser la réglementation européenne sur le bien-être des animaux pendant leur transport. Mais à court terme, M. Andriukaitis, n’exclut pas « l’ouverture de procédures d’infraction contre certains États membres ».
Bruxelles n’exclut pas des « procédures d’infraction contre certains États membres »