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Trois solutions innovantes de biocontrôle contre le nématode à kyste de la carotte

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La carotte est la seule culture ciblée par le nématode à kyste. Crédits : © svklimkin/Pixabay

Un projet mené par Inrae a testé trois nouvelles méthodes de lutte contre le nématode à kyste, un ravageur de la carotte. Ces résultats prometteurs donnent espoir aux producteurs après plusieurs années sans solutions efficaces. 

Depuis l’interdiction définitive en 2018 du dernier nématicide de synthèse efficace, le 1,3-Dichloropropène, les producteurs français de carottes sont confrontés à une baisse des rendements due au nématode à kyste (Heterodera carotae). Pour compléter le plan de lutte mis en place par le ministère de l’Agriculture, le projet Eclodera a été lancé en janvier 2022 pour 42 mois. Il avait pour objectif de tester l’efficacité de trois nouvelles méthodes de lutte contre ce ver parasite : le sorgho biofumigué, la carotte résistante Terapur, mise sur le marché par le semencier Vilmorin-Mikado, et l’éclosion suicide. Ce projet, financé à hauteur de 276 000 euros par l’Agence nationale de la recherche, est le fruit d’un partenariat entre Inrae, le Centre Mondial de l’Innovation Roullier, la Société d'investissement légumière et maraîchère de basse Normandie (Sileban) et Vilmorin-Mikado

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Josselin Montarry, chercheur Inrae au Centre Bretagne – Normandie au sein de l’UMR Institut de Génétique, Environnement et Protection des Plantes (IGEPP) de Rennes, était le coordinateur du projet. Son équipe a testé deux plantes assainissantes, le sorgho biofumigué et la carotte Terapur. Le sorgho biofumigué, déjà utilisé dans la rotation des cultures du plan de lutte de l’État, a été testé au cours d’essais en plein champ. Ceux-ci « ont montré une diminution de 70% des populations de nématodes. Cela confirme et a permis de quantifier le potentiel de cette plante assainissante », confie le chercheur. 

La carotte sauvage non comestible de la variété Terapur mise sur le marché par Vilmorin-Mikado a aussi été testée en plein champ, avec « une efficacité équivalente, d’environ 70% », explique Josselin Montarry. De plus, une expérimentation en laboratoire menée sur toute la durée du projet semble montrer que les nématodes à kyste ne sont pas capables de contourner la résistance de la plante. Même si cette dernière solution est « très intéressante », selon le chercheur, « il reste encore des freins à son adoption par les producteurs, notamment le coût des semences Terapur et la multiplication des autres agents pathogènes de la carotte et des adventices si elle est maintenue dans la parcelle trop longtemps ». 

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Une nouvelle molécule identifiée 

La troisième solution mise à l’essai était la stratégie de l’éclosion suicide, qui consiste à stimuler l’éclosion de larves de nématodes à kyste en l’absence de leur plante hôte, la carotte, afin de provoquer leur mort. Plusieurs découvertes pourraient aider à formuler des recommandations pour la rotation des cultures. Ainsi, les kystes de nématodes de 2 à 3 ans sont plus réceptifs à l’éclosion suicide que les plus jeunes. De plus, « certains microbiotes du sol peuvent avoir un impact sur l’efficacité de l’éclosion suicide », souligne Josselin Montarry. Dans son communiqué du 2 avril 2025, Inrae assure que « l’éclosion suicide dans un microbiote favorable permettrait de réduire jusqu’à 79 % la population de nématodes à kyste ».

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Au cours du projet, les chercheurs ont pu identifier une molécule potentiellement responsable de la stimulation de l’éclosion. De plus, ils ont découvert que « le principe actif qui stimule l’éclosion est déjà présent dans les racines des carottes, et non dans la carotte elle-même », souligne le coordinateur du projet. Après cette découverte, Josselin Montarry a déjà commencé à travailler sur la suite avec le projet Evadera, lancé début avril 2025 pour 3 ans. « Nous allons explorer comment optimiser la production de racines de carottes, en hydroponie par exemple, pour lyophiliser ces racines et les incorporer dans des granulés ou des gélules pour les utiliser en éclosion suicide. Il y a peut-être un potentiel de ce côté-là. » Si le projet Evadera réussit, « cela serait un exemple de comment une filière peut s’organiser pour remplacer un produit interdit », conclut le chercheur. « D’autres filières pourraient s’en inspirer et développer leurs propres solutions spécifiques. »