Après une mobilisation d’éleveurs normands et bourguignons au ministère de l’Agriculture le 24 mars, la FDSEA de Côte-d’Or attend une réponse « courant avril » sur la revalorisation des indemnisations liées à la tuberculose bovine. Cette maladie transmissible à l’homme semble s’installer durablement en Nouvelle-Aquitaine.
À l’issue d’une mobilisation le 24 mars pour demander une revalorisation des indemnisations liées à la tuberculose bovine, le président de la FDSEA de Côte-d’Or, Antoine Carré, a indiqué à Agra Presse espérer une réponse du gouvernement « courant avril ». Accompagnée de représentants du Calvados et de l’Orne (deux départements également touchés), la délégation bourguignonne a rencontré les services du ministère ainsi qu’un conseiller d’Annie Genevard. La demande du syndicat porte sur l’indemnisation des bêtes abattues pour diagnostic, seule méthode efficace pour confirmer les suspicions détectées par les analyses. Elle se base sur un forfait « revu en 2023 à 2 500 euros pour les animaux de plus de 24 mois », selon M. Carré. Or, le prix des bovins a beaucoup augmenté depuis, en raison notamment de la décapitalisation, atteignant « 3 600 à 3 700 euros pour des vaches finies ».
D’après le président de la FDSEA, la revalorisation nécessiterait un décret interministériel ; le ministère de l’Agriculture y serait favorable, mais pas le ministère de l’Économie, qui demanderait plus de données. Contacté par Agra Presse, le ministère de l’Agriculture n’a pas répondu. Depuis 2023, le prix de la viande bovine a augmenté de 42 %, ce qui impliquerait de porter le forfait à 3 480 €, estime Antoine Carré, citant des chiffres de la FNSEA et de ses associations spécialisées bovines. Le syndicat majoritaire veut aussi une rétroactivité au 1er novembre 2025.
Vingt et un cas en France en 2026
Chaque année, « environ 200 à 250 bovins » sont abattus en Côte-d’Or pour un diagnostic de confirmation, lequel se révèle très souvent négatif. Depuis le début de la campagne de prophylaxie, le 1er novembre 2025, le département compte « cinq foyers et une suspicion », selon M. Carré. « Les éleveurs ne veulent plus faire tuer leurs bêtes en abattage diagnostique », souligne le syndicaliste. Et de promettre : « Nous ne manquerons pas d’interpeller la ministre sur ce sujet au congrès de la FNSEA », le 2 avril à Caen.
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L’année dernière, l’Hexagone a dénombré 93 foyers de tuberculose bovine. Depuis début 2026, la France compte « 21 cas, dont 13 en Nouvelle-Aquitaine », indique Maryonne Lagaronne, vice-présidente de la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA) à Agra Presse. Sans parler d’accélération, la maladie semble « se figer » dans le Sud-Ouest, observe cette éleveuse des Pyrénées-Atlantiques. « Cette année, il y a davantage de découvertes de maladies à l’abattoir » lors d’inspections visuelles de routine, systématiques pour tous les bovins tués.
Département particulièrement touché : la Haute-Vienne, avec « douze cas » depuis octobre 2025, comme le rapporte France 3 Nouvelle-Aquitaine. « 1 680 bovins auraient été abattus », ajoute le média public, qui tient ses informations de la Coordination rurale du département. La lutte contre la tuberculose bovine, transmissible à l’homme, passe généralement par l’abattage des lots infectés – les éleveurs peuvent sous certaines conditions demander un abattage sélectif, accompagné d’un protocole sanitaire très lourd.
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« Dix ans qu’on alerte les pouvoirs publics »
En Nouvelle-Aquitaine, « la tuberculose bovine est présente dans huit départements sur douze », indique Mme Lagaronne. On la retrouve dans des zones bien identifiées, propices à sa circulation en raison des caractéristiques pédoclimatiques et de la présence d’animaux sauvages vecteurs. Selon le bilan annuel du ministère, il s’agit notamment des Pyrénées-Atlantiques et du sud des Landes, ainsi que de la Dordogne et des départements limitrophes. Sont également touchées la Corse ou encore l’ancienne Basse-Normandie (six cas dans l’Orne pour la campagne 2025-2026). De peur de devoir abattre leur cheptel, « les éleveurs de ces zones n’investissent plus, n’installent plus », affirme Maryvonne Lagaronne, évoquant un « épuisement ».
« Cela fait dix ans qu’on alerte les pouvoirs publics sur ce sujet de fond », s’agace l’élue des Pyrénées-Atlantiques, qui appelle l’État à concrétiser les 39 mesures prévues par la feuille de route obtenue en 2024. Selon elle, « depuis deux ans, c’est le statu quo ». La responsable syndicale demande notamment d’accélérer la recherche afin de pouvoir détecter la bactérie dans l’environnement, comme cela a été fait pour l’influenza aviaire. Pour Maryvonne Lagaronne, « on est trop dans la réaction, pas assez dans l’anticipation ». En Nouvelle-Aquitaine, « le plan de lutte contre la tuberculose bovine coûte 12 M€ par an à l’Etat, dont 8 M€ pour les abattages ». En y ajoutant les pertes économiques des éleveurs, « on est plus près des 50 M€ par an », selon elle.
Demande de meilleure régulation du blaireau
L’élue de la FNB demande aussi une régulation plus forte du blaireau, l’un des principaux vecteurs de la maladie : « Nous voulons l’identification et le dépeuplement des terriers positifs dans un rayon de 2 km autour des élevages foyers », explique-t-elle. « Aujourd’hui seuls le piégeage et le tir de nuit sont autorisés, mais ce n’est pas assez efficace. » Quant à la Coordination rurale de Haute-Vienne, dans un communiqué du 17 mars, elle exhorte les agriculteurs à « casser les terriers des blaireaux ». Une opération interdite en cette saison.
De son côté, le président de la FDSEA de Côte-d’Or, Antoine Carré, demande « le classement du blaireau comme espèce nuisible dans les zones noires tuberculose », où la maladie est durablement implantée. Le responsable syndical propose aussi d’augmenter le montant actuellement perçu par les piégeurs. Une demande à laquelle la ministre de l’Agriculture semble sensible : « Je ferai des propositions pour mieux reconnaître l’action des piégeurs », a lancé Annie Genevard le 25 mars, à l’occasion de l’assemblée générale de la FNPL (producteurs de lait, FNSEA).
YG