Les eurodéputés de la commission de l’agriculture du Parlement européen ont vivement critiqué l’accord conclu entre Bruxelles et les pays du Mercosur, à l’occasion de leur rencontre le 23 juillet avec le commissaire européen à l’agriculture. Phil Hogan a défendu l’accord en faisant valoir les résultats positifs pour certains secteurs et les mesures de sauvegarde prévues. Mais il n’a pas vraiment convaincu.
Le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan a essuyé le 23 juillet à Bruxelles les vives critiques des eurodéputés de la commission de l’agriculture (Comagri) pour l’accord commercial trouvé entre l’UE et le Mercosur (1). Pour sa première rencontre avec la nouvelle Comagri, Phil Hogan a, comme depuis la conclusion des négociations avec le bloc sud-américain, défendu un accord « équilibré » qui certes constitue un « défi » pour certains secteurs (bœuf, éthanol…), a-t-il admis, mais qui a aussi permis d’enregistrer « des résultats très positifs » pour d’autres secteurs (vin, aliments transformés, indications géographiques) et qui prévoit aussi des protections pour les agriculteurs.
« Le mécanisme de sauvegarde permettra de réguler les importations si celles-ci devaient menacer notre production y compris y compris, et c’est une première, celle sous contingent tarifaire », a détaillé le commissaire européen. De plus, a-t-il rappelé, « la gestion de ces quotas se fera sous forme de licence d’importation » et une enveloppe de « 1 milliard € est prévue en cas de perturbation du marché pour mettre en œuvre des outils de crise de la Pac ». Phil Hogan a également fait valoir les autres accords commerciaux, beaucoup plus favorables aux agriculteurs, signés par l’UE ou sur le point d’être finalisés avec le Japon, la Corée du sud ou le Mexique.
« Pyromane et pompier »
Un discours qui n’a pas vraiment convaincu les eurodéputés, de tous bords politiques confondus. Parmi les plus remontés, le Français Eric Andrieu a accusé Phil Hogan de jouer « à la fois les pyromanes et les pompiers » en sacrifiant certains secteurs d’une main et en promettant des clauses de sauvegarde et une enveloppe financière en cas de crise de l’autre. Sa collègue sociale-démocrate allemande Maria Noichl lui a, pour sa part, reproché d’être déjà dans le rôle de commissaire européen au commerce qu’il convoite dans la future Commission européenne (2). De nombreux parlementaires ont demandé que la Commission leur présente une étude d’impact de cet accord sur les différents secteurs agricoles dans les États membres. Beaucoup ont également exprimé leurs inquiétudes quant au respect des normes sanitaires européennes.
La déforestation de la forêt amazonienne a bondi
Le coordinateur pour l’agriculture du groupe des Verts, Martin Hausling a, lui, mis en avant le manque d’assurances apportées par l’accord en termes de protection de l’environnement et des forêts en particulier. Une inquiétude légitime : l’Institut national brésilien de recherche spatiale vient d’estimer que la déforestation de la forêt amazonienne a bondi de manière spectaculaire durant la première moitié du mois de juillet pour atteindre plus de 1 000 kilomètres carrés, soit une hausse de 68 % par rapport au mois entier de juillet 2018. Mais le président brésilien Jair Bolsonaro a qualifié, le 19 juillet, les conclusions de sa propre agence de « mensonges ».
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L’accord entre l’UE et les pays du Mercosur prévoit une procédure formelle de règlement des différends sur le « développement durable » permettant de « mettre en œuvre des mesures pour lutter contre l’exploitation illégale des forêts et le commerce qui y est lié », selon le texte publié par la Commission européenne. Néanmoins a reconnu Cecilia Malmström, la commissaire en charge du commerce, l’UE ne pourra pas non plus « envoyer des policiers » au Brésil (3).
Un accord « équilibré » qui certes constitue un « défi » pour certains secteurs
(1) Voir n° 3700 du 08/07/2019
(2) Voir même numéro
(3) Voir n° 3702 du 22/07/2019