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UE/Mercosur : l’agriculture, l’éléphant dans la pièce

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À l’occasion d’un débat sur l’accord UE/Mercosur en séance plénière, l’agriculture a été au cœur des interventions. Les eurodéputés apparaissent divisés et des questions se posent encore. En amont, un vote dans le cadre d’une objection sur les OGM a donné une première idée des forces en présence.

C’était attendu et demandé depuis plusieurs semaines, l’accord UE/Mercosur a finalement bien été débattu à Strasbourg, à l’occasion de la séance plénière du Parlement européen du 13 février. Et il a largement dépassé l’horaire prévu, signe de l’intérêt de l’hémicycle strasbourgeois pour la question. « Ce débat aurait dû recevoir plus de temps », a d’ailleurs regretté le vice-président du Parlement européen, Ramon Luis Valcarcel, chargé de faire respecter le temps de parole des députés. Au cœur des interventions des uns et des autres, le traitement du secteur agricole au sein du traité commercial, véritable éléphant dans la pièce. « Le débat s’est presque exclusivement concentré sur l’agriculture », a ainsi constaté le commissaire au Commerce international, Maros Sefcovic, chargé, une nouvelle fois, d’assurer le service après-vente de la Commission européenne. Ce débat a notamment permis de faire un état des forces en présence au Parlement européen.

Fragmentés

Au PPE (droite), le coordinateur du groupe sur les questions commerciales, le Suédois Jörgen Warborn, est favorable à une conclusion rapide. « S’il y a un moment idoine pour conclure l’accord, c’est bien maintenant », affirme-t-il, évoquant le contexte géopolitique complexe. Plusieurs de ses collègues, proches du secteur agricole, pointent néanmoins certaines inquiétudes, notamment pour les filières sensibles. Le coordinateur agricole, Herbert Dorfmann (Italie), estime qu’il est nécessaire de définir une stratégie pour l’agriculture, de donner de la sécurité pour les exploitations, d’offrir des mesures pour obtenir de nouveaux débouchés et un financement. Son collègue Gabriel Mato (Portugal) considère, lui, que « le problème de l’agriculture n’est pas le Mercosur mais la politique de l’UE qui ne tient pas compte de la réalité du terrain ». Chez les sociaux-démocrates, le groupe souhaite d’abord mener une analyse plus approfondie du texte. Mais, prévient la Belge Kathleen Van Brempt, « on ne doit pas diluer le règlement sur la déforestation importée ». Et d’ajouter : « Il faut s’assurer que l’accord soit au service de l’économie mais aussi de l’environnement, des travailleurs et de l’agriculture. » Son confrère français, Éric Sargiacamo a, lui, insisté sur les conditions de la réciprocité. « Si on interdit des produits en Europe, il est de notre devoir d’en faire une interdiction absolue », a-t-il déclaré.

Lire aussi : UE/Mercosur : à la recherche de majorités contre l’accord commercial

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De son côté, Saskia Bricmont (Belgique), des Verts, s’est concentrée sur la question du mécanisme de rééquilibrage, qui provoque aussi des interrogations au sein des filières agricoles. Selon elle, ce mécanisme « va permettre à l’agrobusiness brésilien de contester nos lois (déforestation, CBAM, NDLR) si va à leur encontre ». Une affirmation balayée par le commissaire Sefcovic qui estime qu’il s’agit d’une fausse information. Aux extrêmes (droite et gauche), l’accord commercial fait l’unanimité contre lui. L’accent est mis sur les compensations, notamment le fonds d’un milliard d’euros, qui « ne suffiront pas pour répondre aux préoccupations ». Et l’Irlandais Luke Flanagan (La Gauche) s’interroge sur la présence de ce fonds de compensation. Pour lui, « s’il y a de l’argent pour ça, pourquoi n’augmentons-nous le budget de la Pac ? ». Le groupe des centristes (Renew) est apparu plus volatil, entre Karin Karlsbro (Suède) et Svenja Hahn (Allemagne), membres de la commission du Commerce international qui soutiennent l’accord, et Benoît Cassart (Belgique) et Elsi Katainen (Finlande), plus proche de l’agriculture, qui s’y opposent.

Premier test

En amont de cet échange de vues, le 12 février, l’accord de libre-échange UE/Mercosur a fait l’objet d’un premier test au Parlement européen. Dans le cadre du vote sur une résolution d’objection à l’autorisation d’un maïs OGM, les eurodéputées françaises Emma Fourreau et Manon Aubry, ainsi que la Néerlandaise Anja Hazekamp, du groupe La Gauche (gauche radicale) ont déposé trois amendements sur le sujet dont un appelant explicitement la Commission européenne et les États membres « à renoncer définitivement à signer à l’accord UE/Mercosur ».

Une requête qui n’a finalement pas été suivie par la plénière, qui a rejeté la proposition par 309 voix contre 262 et 76 abstentions. Si ce vote ne formule pas une vision définitive de l’acceptation du traité commercial par le Parlement européen, il permet, néanmoins, de donner un premier état des lieux. « Notre amendement […] est rejeté de justesse », affirme Manon Aubry dans un message posté le 12 février sur le réseau social X. Et d’ajouter : « C’est le signe que nous pouvons le (l’accord UE/Mercosur, N.D.L.R.) faire tomber : on continue le combat ! ». Le sujet devrait donc revenir prochainement à l’ordre du jour de l’hémicycle.