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Ukraine : Janusz Wojciechowski plaide pour des mesures de sauvegarde

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Alors que la prolongation des mesures temporaires suspendant tous les droits d’importation sur les produits ukrainiens jusqu’en juin 2025 est à l’étude à Bruxelles, le commissaire européen à l’Agriculture adopte une position aux antipodes mais qui se rapproche de celles des professionnels, le Copa-Cogeca en tête. Il propose des mesures de sauvegarde pour les œufs, la volaille et le sucre notamment. Ces annonces interviennent dans un contexte de tensions dans son pays autour de ces enjeux.

« C’est ma grande tâche pour 2024. » C’est par ces termes, prononcés le 5 janvier lors d’une interview à la radio polonaise, que le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a qualifié ses fortes préoccupations vis-à-vis du maintien des mesures temporaires suspendant tous les droits d’importation sur les produits ukrainiens. Alors que Bruxelles doit présenter le 16 janvier sa proposition de prolongation des mesures commerciales autonomes pour l’Ukraine jusqu’en juin 2025, le commissaire a adressé, au début du mois de janvier, un courrier à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et au vice-président exécutif en charge du Commerce, Valdis Dombrovskis, pour exprimer sa position. Dans le détail, Janusz Wojciechowski plaide pour la mise en place de mesures de sauvegarde et des quotas sur certains produits agricoles – comme le sucre, les œufs et la volaille – destinés à contrer leur afflux sur les marchés européens. Toutefois, cette vision ne semble pas être partagée par son institution et pourrait l’isoler encore un peu plus au sein du collège des commissaires. Pour l’heure, la Commission européenne rappelle que l’Ukraine a mis en place un plan d’action qui a pour objectif de surveiller et contrôler ses exportations vers l’UE et qu’elle travaille à son bon fonctionnement avec l’ensemble des parties concernées.

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C’est dans ce cadre qu’une délégation d’organisations professionnelles européennes – AVEC (volaille), CEFS (industrie sucrière), CEPM (maïs), CIBE (betteraviers), Copa Cogeca (agriculteurs et coopératives), EUWEP (œufs) – a rencontré le 10 janvier, le commissaire européen à l’Agriculture pour lui exposer ses préoccupations vis-à-vis des importations ukrainiennes et ses solutions « constructives » pour une meilleure gestion des flux commerciaux. Rejoignant la position exprimée par Janusz Wojciechowski, la coalition avance que « le secteur agricole supporte un fardeau disproportionné et insoutenable » et exprime une crainte pour la survie des producteurs agricoles de l’UE « si les mesures commerciales autonomes pour l’Ukraine sont maintenues en l’état et sans adaptation ». Dans cette optique, elle propose notamment d’introduire des seuils d’importations pour les produits sensibles au-delà des produits importés qui ne feraient que transiter au sein de l’UE. Ces seuils seraient basés sur la moyenne importation de 2021 et 2022 combinées. Selon la coalition, ces suggestions permettraient de « maintenir les flux commerciaux, protéger les producteurs de l’UE, aider les producteurs ukrainiens à diversifier leurs exportations, rétablir les anciennes routes commerciales et limiter leur dépendance à l’égard du marché de l’UE. »

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Tensions continues

Cette prise de position du commissaire polonais intervient aussi dans un contexte de tensions continues à la frontière ukraino-polonaise. Après une accalmie à la fin du mois de décembre, les agriculteurs polonais avaient repris le 4 janvier leurs manifestations et blocages à la frontière avec l’Ukraine, notamment au point de passage de Medyka. Un accord a finalement été signé le 6 janvier entre le gouvernement de Donald Tusk et des organisations agricoles pour mettre fin au blocage. Selon les termes de celui-ci, les agriculteurs obtiennent la mise en place d’une subvention pour le maïs d’un montant d’un milliard de zlotys (environ 230 M€), l’augmentation des prêts de trésorerie préférentiels de 2,5 Md zl (environ 575 M€) et le maintien de la taxe agricole au niveau de 2023. Cet accord, qui doit répondre aux inquiétudes du monde agricole face à la hausse des importations, s’appliquera une fois le processus législatif achevé et l’approbation de Bruxelles obtenue.