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Ukraine : la Commission européenne toujours en phase de réflexion

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La prolongation des mesures commerciales autonomes de l’UE pour l’Ukraine annoncée depuis plusieurs semaines n’a toujours pas été publiée, la Commission européenne indiquant être encore en phase de réflexion. Une interview de Valdis Dombrovskis laisse entrevoir des flexibilités quant à la protection de certains produits agricoles, alors que les blocages ont repris en Pologne.

Attendue depuis plusieurs semaines, la proposition de la Commission européenne visant à prolonger les mesures commerciales autonomes pour l’Ukraine, qui expirent le 5 juin, n’a toujours pas été présentée. « Cette proposition est actuellement discutée au sein des services de la Commission et devrait être adoptée prochainement », a simplement déclaré le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, lors de la réunion des ministres européens le 23 janvier où le sujet était en haut de l’ordre du jour. Ce dernier, qui déjà exprimé à titre personnel en faveur de la mise en place de mesures protectionnistes, a également fourni des données montrant une hausse substantielle des volumes d’importation de certaines denrées agricoles, notamment les céréales (+48 % en volume), les huiles végétales (+8 % en volume), le sucre (+ 302 000 tonnes), la volaille (+61 %) et les œufs (160 %).

« Ce n’est plus uniquement un problème pour les pays voisins, mais l’effet s’est étendu à l’ensemble de l’UE », résumaient la veille de la réunion les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca), sur le réseau social X (ex-Twitter), chiffres à l’appui. À l’occasion de cette réunion des ministres, la Pologne a demandé « des solutions efficaces pour prévenir les importations agricoles excessives en provenance d’Ukraine » qui seraient intégrées dans le cadre des mesures commerciales autonomes. Conscient du caractère sensible du dossier, le commissaire polonais assure que ces préoccupations, « qui ont aussi été relayées par des parties prenantes et des eurodéputés », sont prises en compte par la Commission européenne.

Lire aussi : Ukraine : une proposition qui tarde

De son côté, le vice-président exécutif de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, qui a la charge du dossier au sein du Collège des commissaires, mène des consultations sur cette question. Il a notamment rencontré Czeslaw Siekierski, ministre polonais de l’Agriculture, les 15 et 22 janvier pour évoquer le sujet. En outre, en amont de la réunion des ministres de l’Agriculture et face aux contestations, il s’est exprimé dans les colonnes du Financial Times, déclarant : « Nous examinerons comment nous pouvons fournir des garanties supplémentaires à la Pologne et à d’autres États membres, notamment en introduisant des garanties spécifiques à chaque pays » avec pour objectif de bloquer les importations de produits agricoles ukrainiens lorsque les marchés en sont saturés. Toutefois, le porte-parole de la Commission européenne sur les questions agricoles et commerciales a bien précisé que le commissaire letton avait exprimé son opinion personnelle sur ce que devraient contenir les mesures. Éric Mamer, le porte-parole en chef de la Commission européen, a ajouté que les commissaires sont en droit d’exprimer leurs opinions personnelles sur des sujets traités par le Collège mais que la politique de Bruxelles est définie par celui-ci dans son ensemble.

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Blocages en Pologne

En Pologne, les agriculteurs ont bloqué le 24 janvier plus de 160 routes à travers le pays. « Nous sommes opposés aux importations incontrôlées de produits agroalimentaires d’Ukraine et demandons une révision de la Politique agricole commune », a indiqué à l’AFP Adrian Wawrzyniak, porte-parole du syndicat Solidarité des Agriculteurs individuels (Solidarnosc RI) qui coordonne le mouvement. En réponse, le Premier ministre polonais, Donald Tusk, au pouvoir depuis le 13 décembre, a indiqué travailler sur une solution « qui ne suscitera peut-être pas l’enthousiasme à Bruxelles, mais qui ne violera pas clairement le droit européen et qui sera, probablement difficile mais acceptable pour les Ukrainiens ».

Russie : Bruxelles maintient le commerce pour les produits agricoles

Répondant à une nouvelle demande de la Lettonie (soutenue par les autres États baltes) visant arrêter le commerce qui peut directement ou indirectement contribuer à la capacité de la Russie à poursuivre la guerre contre l’Ukraine, le commissaire européen à l’Agriculture a déclaré qu’en accord avec les Vingt-sept, l’UE ne sanctionne pas les produits agroalimentaires russes pour des raisons de sécurité alimentaire pour les pays tiers. Selon lui, ces sanctions pourraient causer plus de tort aux pays importateurs du Sud qu’à l’économie russe. Notamment en cas de hausse des prix des produits transitant ou réexportés via l’UE. Bruxelles estime également qu’imposer un embargo pourrait offrir un prétexte à la Russie pour imposer des contremesures. « N’oublions pas que la Russie reste la sixième destination des exportations agroalimentaires de l’UE, avec des exportations de 6,6 milliards d’euros en 2022 et des indications selon lesquelles les exportations augmenteront encore en 2023 », a-t-il ajouté. La Commission européenne poursuit son analyse des flux commerciaux avec Moscou.

Lire aussi : La Lettonie appelle l’UE à imposer un embargo sur les céréales russes