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Un consensus politico-professionnel pour prolonger la régulation des vignes

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Le congrès de la Confédération des AOC viticoles (Cnaoc), qui s’est tenu les 25 et 26 avril à Colmar, a mis en lumière la formation d’un consensus entre professionnels français, italiens, espagnols et allemands et candidats au Parlement européen, pour prolonger le système de régulation des plantations de vignes au-delà de 2030. S’il reste encore à emporter la décision des ministres de l’Agriculture, cette volonté qui se fait jour « est un bon début », selon Bernard Farges, président de la Cnaoc.

Le sujet phare du congrès 2019 de la Cnaoc, qui s’est tenu les 25 et 26 avril à Colmar, était l’avenir de la viticulture à travers les dossiers européens, avec, en tête, celui du régime d’autorisations de plantations de vignes, qui régule le potentiel viticole de l’UE. Le dispositif de régulation, qui attribue des autorisations de plantations jusqu’à 1 % par an et par État membre, est prévu jusqu’en 2030, mais faute d’une décision de prolongation, il s’éteindra. Les professionnels et des eurodéputés comme le Français Éric Andrieu, rapporteur du Parlement européen sur ce dossier, restent mobilisés pour convaincre le gouvernement français de porter haut et fort ce projet de prolongation du dispositif.

Espagne, Italie, Allemagne : sans le régime, les surfaces viticoles exploseraient

Alexandre Comellas, directeur général de l’AOP du cava, en Espagne, a présenté, dans une intervention au congrès de la Cnaoc, deux schémas qui montrent « pourquoi il faut garder le régime actuel ». Dans le premier, l’offre, non maîtrisée, est excédentaire. Les conséquences s’enchaînent : surenchère, baisse des prix, puis manque de ressources pour réinvestir dans la qualité, et de nouveau nécessité d’augmenter la production, et ainsi de suite. Dans le second schéma, la quantité de l’offre est adaptée à la demande, du coup la production est orientée de façon préférentielle vers la qualité, et les conséquences suivent alors dans un cercle vertueux : crédibilité vis-à-vis du produit et du producteur, réinvestissement dans la qualité, puis nouvel équilibre offre-demande.

Riccardo Ricci Curbastro, président de la confédération italienne des AOC viticoles, Federdoc, a donné un aperçu de ce que serait la viticulture italienne sans un régime contenant le potentiel viticole : « Les demandes d’autorisations de plantations pour 2019 ont porté sur 65 716 hectares, soit près de dix fois le plafond national d’augmentation annuel », qui est de 6 500 hectares. Le représentant italien a soulevé les dangers qu’entraînerait une libéralisation sans digues : une explosion de la production de vins sans indication géographique, des attributions dans les zones d’AOP, mais ne correspondant pas aux critères de ces zones, un danger de transferts illégaux d’autorisations.

Pour sa part, Christian Schwörer, secrétaire général du syndicat des viticulteurs allemands, a exposé la version du régime européen des plantations dans son pays. La priorité des autorisations de plantations est donnée aux surfaces viticoles en forte pente. La rigueur des critères de priorité fait que sur 3 004 ha de demandes, seulement 308 ha de plantations ont été alloués.

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« Un bon début », mais rien n’est gagné

Commentant ces différents exposés des principaux pays viticoles européens, Bernard Farges, président de la Cnaoc, s’est félicité de l’attachement de ses collègues européens au régime d’encadrement des plantations. La Comagri, commission agricole du Parlement européen, a voté pour la prolongation du régime après 2030. « Ce n’est pas rien. C’est un bon début », a-t-il estimé. Fédéric Michel, sous-directeur « Europe » du ministère de l’Agriculture, a néanmoins indiqué que la France « est le seul État membre à ce stade à demander à Bruxelles la prolongation du régime des autorisations de plantation ». Dans l’assistance, Maxime Toubart, président du syndicat des vignerons de la Champagne a renchéri : « Si nous sommes tout seuls à penser qu’il faut prolonger le régime, ce sera compliqué. »

Bernard Farges reste confiant : « Même si le ministre de l’Agriculture dit qu’il ne peut rien faire seul, nous l’assurons qu’il ne sera pas seul. » Le président de la Cnaoc a rappelé qu’en 2010, la profession viticole a entrepris d’inverser la position de la Commission européenne, qui avait décidé en 2008 d’enclencher la libéralisation des plantations en 2016. La profession a réussi à faire revenir la Commission sur sa décision, ce qui était très rare et inespéré. « Ce sera moins difficile » d’obtenir la prorogation du régime parce qu’il a déjà été réinscrit, a-t-il conclu.

En Italie et en Allemagne les demandes d’autorisations étaient dix fois supérieures au plafond