La Bretagne donne naissance à un nouveau grand des ovoproduits qui va se mesurer aux trois ou quatre premiers opérateurs du marché européen. Baptisé Ovoteam, il résulte de la mise en commun des activités ovoproduits du groupe Glon et de Coopagri Bretagne. La nouvelle société se présente comme une « alliance capitalistique » un peu atypique puisque conclue entre une société familiale et un groupe coopératif. Le groupe Glon, dont un tiers de l’activité est lié à la filière œuf (aliments compris), prend d’ailleurs le leadership de l’opération qui pour le groupe de Landerneau ne met en jeu que 6 % de son chiffre d’affaires. Leur objectif n’en est pas moins identique, il s’agit d’être plus à même de suivre les exigences croissantes de leurs clients de l’industrie alimentaire et de la restauration.
Les deux groupes, avec des chiffres d’affaires consolidés comparables (1,4 milliard d’euros pour Coopagri et 1,2 milliard pour Glon), étaient jusque-là concurrents – et ils le demeurent en alimentation animale, dans le porc ou dans la volaille. Mais ils ont choisi, sur ce créneau des ovoproduits qui est en plein développement, « d’associer leurs complémentarités pour privilégier ensemble les filières bretonnes », comme l’explique Jean-Bernard Solliec, directeur général de Coopagri.
« Il ne s’agit pas d’un accord de circonstance mais bien d’une alliance stratégique de dimension européenne », insiste de son côté André Glon, dont le groupe conserve en revanche, dans le domaine des œufs pour les circuits GMS, sa stratégie propre, notamment sous la marque Matines.
Le précédent d’Ovifrance
Avant d’en arriver à ce mariage, Coopagri et Glon avaient déjà appris à se connaître. Depuis 1999, ils travaillaient ensemble dans le cadre d’une société dédiée à l’exportation de produits secs et de concentrés pour les IAA, Ovifrance, détenue à parts égales par Epi Bretagne et par Glon.
L’idée d’aller au-delà est apparue assez vite, renforcée par un double constat : d’une part, la restauration et les IAA, ainsi que le réseau des boulangeries pour la confection de sandwichs, sont demandeurs de solution « ovoproduits » de plus en plus élaborées et sur mesure, d’autre part les moyens industriels et humains ainsi que les places actuelles de Coopagri et de Glon sur ces marchés sont très complémentaires.
110 M EUR au départ
La nouvelle société qui est annoncée aujourd’hui et dont le démarrage est fixé au 1er juillet diffère d’Ovifrance puisqu’elle est contrôlée à 61% par Glon contre 39% pour Coopagri. Ce nouvel équilibre se veut bien sûr le reflet du poids relatif des activités apportées par chacun des deux groupes à Ovoteam : en l’occurrence cette holding portera la totalité des titres de la filiale de Coopagri, EpiBretagne (à Plaintel, Côtes d’Armor) et des deux filiales Le Cam (à Naizain, Morbihan) et 3 Vallées (Mayenne) venant de Glon. Elle hérite en outre des sites industriels dont Ovifrance a récemment pris le contrôle en République tchèque (Framagro et Oviczepol).
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Au total, l’entreprise regroupe 300 personnes plus une quarantaine en République tchèque et devrait peser, avec 1,3 milliard d’œufs, un chiffre d’affaires 2005/2006 de 110 millions d’euros. Le management de la société, qui aura son siège à Naizain, prend la forme d’un directoire présidé par Yves Bleunven, directeur de la filière œuf chez Glon avec comme directeur industriel celui d’EpiBretagne, Michel Perramant.
Ovoteam devient sans conteste le numéro un des œufs et ovoproduits pour la RHF et les IAA en France avec 20% du marché national et se situerait dans les trois ou quatre premiers en Europe mais avec une part de marché de moins de 5 %. Ses dirigeants, qui renforceront les équipes commerciales France et export, tablent sur une croissance comprise entre 4 et 6 % dans les premières années, ce qui peut être fonction des prix de la matière première bien sûr et de l’impact des innovations en cours. L’alliance des deux groupes permet déjà d’offrir la gamme la plus complète du marché, un atout que n’offrent pas autant les grands faiseurs européens, en fédérant sous des marques connues les quatre familles de produits : pour la RHD, les œufs coquille « Ovoland » et les ovoproduits élaborés « Ovipac », et pour les IAA les ovoproduits liquides 3 Vallées et Fromagro et les produits secs Ovifrance et Oviczepol.
Sur le plan des compétences, les complémentarités vont jouer également, le savoir-faire nutritionnel de Glon se conjuguant aux technologies de «cracking» d’origine laitière chez Coopagri, avec déjà deux brevets (pasteurisation, fractionnement du jaune d’œuf) suivis de deux autres bientôt. La mutualisation de la R&D aura alors son plein effet. Les spécificités de chaque site industriel vont être optimisées, par exemple la technique de séparation des blancs de 3 Vallées profitera à la qualité et aux fonctionnalités des produits élaborés à Plaintel, le calibrage de Le Cam également sera utile à la qualité de la matière première traitée par les autres sites.
Protéger la production Bretonne
La triple ambition des fondateurs d’Ovoteam, a expliqué André Glon, co-président du groupe familial, est de protéger la production bretonne, développer sa dimension internationale et mieux résister aux crises. L’éloignement par rapport aux zones de consommation reste un handicap pour le Grand Ouest qu’il est possible de compenser avec davantage d’élaboration des produits et le développement d’outils industriels innovants dans la région. L’objectif d’Ovoteam, dont les intérêts en Tchéquie ne traduisent nullement une volonté de délocalisation, selon ses dirigeants, est de participer au développement de ces nouveaux marchés d’Europe de l’Est ; de plus l’orientation affichée est de conquérir des parts de marché supplémentaires sur les marchés anglo-saxons et dans tout le pourtour méditerranéen. Il s’agira ensuite d’établir des antennes sur l’Asie (Corée du sud, Japon, puis un jour Chine) pour répondre à la demande croissante d’ovoproduits innovants. Enfin, la fréquence des crises sur le marché de l’œuf montre tout l’intérêt de disposer d’outils de transformation pour les amortir et pour être présent sur l’ensemble des segments de la demande.