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Vin Un plan de modernisation attendu de pied ferme

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Le rapport sur le plan de modernisation de la viticulture remis au ministre de l’Agriculture laisse un certain nombre de points en débat sur la gouvernance de la filière et le financement de la recherche. À Michel Barnier de trancher avant de présenter son plan définitif devant le conseil des ministres le 21 mai.

«Jamais un plan n’a fait vendre une goutte de vin en plus !, a déjà prévenu le président du CNIV, Jean-Louis Salies lors d’une conférence de presse organisée mercredi 13 mai, par contre il ne faut pas que cela nous empêche de travailler efficacement en région ». Pourtant, le but affiché par ce plan de modernisation quinquennal voulu par Nicolas Sarkozy est de rendre la viticulture française plus compétitive. Dans l’attente de sa présentation, l’ensemble de la filière viticole est dans l’expectative. Il sera dévoilé le 21 mai en conseil des ministres et s’inspirera fortement du rapport remis à Michel Barnier, il y a un mois, par Jérôme Despey (président du conseil de direction « vin » de Viniflhor), Yves Bénard (président du comité de direction « vin et eaux-de-vie » de l’INAO) et Bernard Nadal (président de l’institut français de la vigne et du vin), après 6 mois de consultation des professionnels. Quelques points qui font encore débat demanderont l’arbitrage du ministre. Le texte définitif fera l’objet d’une présentation précise le 22 mai devant les principaux représentants de la filière viticole.

Libéraliser le secteur

Sur le volet économique, trois grandes propositions ont été faites selon les directives du ministre. Tout d’abord, une nouvelle segmentation de l’offre en trois niveaux : des vins sans indication géographique (IG) qui selon la nouvelle OCM pourront faire mention du cépage (les vins de table, mais aussi certains vins de pays pourront rejoindre cette catégorie), des vins avec IG – qui pourraient recouvrir les actuels vins de pays – et les vins d’appellation d’origine dont la hiérarchisation devra être simplifiée pour une meilleure lisibilité. Seconde priorité : la baisse des contraintes réglementaires et législatives. Les auteurs du rapport évoquent par exemple l’autorisation de nouvelles méthodes œnologiques (copeaux de bois…) pour les vins sans IG. Enfin, pour améliorer la compétitivité à l’export des vins français, une restructuration des entreprises de vinification est vivement encouragée afin de faire émerger des marques fortes.

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Les interprofessions veulent conserver leur indépendance

La réforme de la gouvernance de la filière est plus polémique. « Contrairement à ce qui peut se dire, le rapport ne fait aucunement consensus », a tenu à souligner Jean-Louis Salies. Le document remis au ministre préconise la mise en place d’interprofession unique à l’échelle de chaque bassin de production mais laisse la porte ouverte à des fédérations d’interprofessions, voire des organisations plus informelles encore. D’autre part, l’instance de gouvernance nationale – à savoir Viniflhor – serait composée au deux tiers de représentants des conseils de bassin. Ces deux propositions semblent satisfaire les professionnels. Par contre, « la création d’une interprofession nationale pour tous les vins et du champ qu’elle couvrirait fait débat », comme on peut le lire dans le rapport dérange fortement les représentants des interprofessions qui préviennent d’ores et déjà que de toute façon ils n’y siègeront pas.

Désaccord sur le financement de la recherche

Cette indépendance régionale est aussi revendiquée pour le financement de la recherche : autre sujet de discorde. Le rapport fait état de trois éventualités : une interprofession nationale qui récolterait les fonds de toutes les interprofessions, une réaffectation des cotisations volontaires obligatoires vers des sujets de recherche nationaux, ou la création d’une nouvelle taxe affectée sur le produit. « Chaque interprofession doit pouvoir prélever ce que bon lui semble pour investir dans la recherche, souligne Michel Bernard, président d’Inter-Rhône, et ne pas en faire profiter ceux qui veulent moins investir ». Et Christian Paly, président de la Cnaoc, de compléter : « Nous avions proposé une quatrième voie qui ne figure pas dans le rapport ; c’est un juste retour de la taxe Casdar à la recherche nationale ». Verdict le 21 mai.