Plusieurs jours après l’annonce du président de la République d’un « plan de résilience » pour l’agriculture française, beaucoup de mesures en étaient encore « à un stade exploratoire ». D’autres sont liées aux décisions européennes attendues pour le 21 mars.
Lors de son discours d’inauguration du Salon de l’agriculture le 26 février, Emmanuel Macron a appelé à « bâtir la paix » en Ukraine, tout en prévoyant « des mesures indispensables pour apporter des sanctions et résister ». « Ce que nous sommes en train de vivre ne sera pas sans conséquences sur le monde agricole et nos filières », a déclaré le président, citant les exportations de vins et de céréales, mais également les prix de l’énergie et de l’alimentation du bétail. « Nous sommes en train de bâtir un plan de résilience pour sécuriser dans nos filières, nos intrants, pour construire au maximum des boucliers en termes de coûts, au niveau national et européen, et apporter des réponses dans la durée », a-t-il annoncé, déplorant une crise qui « durera ».
Ce plan, précisait alors l’Élysée, comportera « des réponses de court et moyen terme permettant de sécuriser au maximum les revenus, mais également l’approvisionnement en énergie et en intrants ». Il serait préparé « dans les prochaines heures » par le ministère de l’Agriculture, « en collaboration avec les filières et les interprofessions agricoles ». L’annonce a été bien accueillie par le syndicalisme majoritaire. « Les leçons de l’embargo de 2014 ont été retenues. Les hausses de l’énergie et des engrais sont historiques et insupportables, mais le ministre comme le président en ont pris conscience », a salué Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. Dans un communiqué paru quatre jours plus tard, son syndicat appelait notamment à des mesures « d’appui aux filières victimes » des hausses de prix.
Encore très flou
Au moment où nous écrivons ces lignes, les contours du plan restent encore très flous, selon les professionnels. Une partie des mesures devraient être alignées sur les décisions européennes (engrais, énergie notamment), attendues pour le conseil des ministres de l’Agriculture du 21 mars ; d’autres, concernant par exemple les prix de l’alimentation animale, en sont encore à un stade « exploratoire », explique un proche du dossier. « Plusieurs hypothèses sont sur la table », rapporte une autre source, dont celle d’un éventuel blocage des prix de l’aliment du bétail. Une partie des discussions ont lieu avec les services du ministère de l’Économie, mais Julien Denormandie serait bien « en lead » sur le volet agricole et alimentaire, assure son cabinet. Une réunion sur les conséquences de la crise était prévue avec les représentants de filières agricoles et agroalimentaires le 4 mars, autour de Bruno Le Maire et Agnès Pannier-Runacher. Certains élus attendaient des premières indications sur le contenu du « plan de résilience ».
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En visite au Salon de l’agriculture, plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont fait part de leurs propositions pour soutenir le secteur agricole. Marine Le Pen a demandé « une baisse massive sur les prix de l’énergie » et plus largement l’application de la doctrine du « quoi qu’il en coûte » pour le secteur agricole. La candidate socialiste Anne Hidalgo a appelé au blocage des prix de l’énergie pour les particuliers et les agriculteurs, et à « une discussion européenne ». Le candidat communiste Fabien Roussel a, quant à lui, demandé « solennellement » une « conférence nationale » sur la filière céréalière, pour « assurer une sécurité des prix en matière de céréales et pour l’alimentation du bétail ». De son côté, le candidat écologiste Yannick Jadot a dénoncé le retour d’une « petite musique » du « produire plus ». Un « prétexte », selon lui, et même « l’instrumentalisation d’une situation dramatique ».
Le président de la commission Agriculture de Régions de France, Loïg Chesnais-Girard, a quant à lui appelé à « relancer le dialogue entre les filières végétales et animales ». Celui qui est par ailleurs président de la Région Bretagne annonce avoir rencontré ces derniers jours les représentants des principaux syndicats agricoles, en les alertant sur ce sujet, et projette de s’entretenir prochainement avec les filières. « Nous prévoyons un nouveau point dans une quinzaine de jours entre les Régions et les syndicats pour voir comment avancer sur ce sujet », a expliqué Loïg Chesnais-Girard lors d’une conférence de presse. Objectif : lisser les variations des cours des grains. Les syndicats minoritaires interrogés n’étaient pas au courant d’un tel agenda, et affirment ne pas avoir discuté de ce sujet avec l’élu lors de leur rencontre.