Abonné

République Centrafricaine Une insécurité alimentaire grandissante

- - 5 min

Populations déplacées, cultures non semées, systèmes de santé détruits : la situation alimentaire s’aggrave en République Centrafricaine depuis le coup d’État de mars 2013.

Sur les 4,6 millions d’habitants de République Centrafricaine, 484 000 sont en situation d’insécurité alimentaire et 1,6 million sont menacés, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA). Depuis le coup d’Etat des rebelles de la Séléka contre le président François Bozizé, en mars 2013, la situation précaire, issue de dizaines d’années d’instabilités, s’aggrave.
« On a constaté un doublement des admissions dans nos centres nutritionnels ces derniers mois par rapport à la situation chronique d’insécurité alimentaire », explique Alain Coutant, directeur régional des opérations de l’association Action contre la faim pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale. Il l’explique d’abord par la « destruction des systèmes de santé, comme les hôpitaux pillés ». Car selon lui, la nourriture ne manque pas, mais elle est plus difficilement accessible : « Les prix alimentaires augmentent, mais pas tant que ça. L’approvisionnement fonctionne toujours, avec des systèmes d’importation compliqués. Mais l’accès à l’alimentation est plus dur, les gens ont perdu leur source de revenu : ceux qui avaient un petit boulot ne l’ont plus, ceux qui ont une parcelle ne l’ont pas mise en culture parce qu’ils ont dû fuir ».
 
Fortes craintes pour la prochaine récolte
Près de 400 000 personnes ont été déplacées, chiffre l’OCHA. « Les populations ne cessent d’être pillées », constate Yolande Mgbolo, coordinatrice de l’ONG Acord, basée à Bangui, la capitale. « À Bossangoa, les gens sont obligés de quitter la ville. Le coup d’État est fortement contesté par la population, qui s’est soulevée contre les rebelles », ajoute-t-elle. Yolande Mgbolo affirme que « le conflit politique est devenu un conflit religieux entre les musulmans et les chrétiens », tout comme Alain Coutant, qui regrette que le conflit soit « instrumentalisé des deux côtés pour en faire un conflit religieux, et aujourd’hui il existe des tensions communautaires ».
Le pire est à venir pour la situation alimentaire, craint Alain Coutant : « Depuis mars, une partie de la production locale n’est plus réalisée. Les agriculteurs ont fui pendant une période de soudure, ils n’ont pas pu faire les semences, des récoltes ont été volées ». À l’heure actuelle, « les gens puisent dans leurs stocks, ils ont des systèmes de compensation, notamment avec la solidarité et peuvent encore trouver de la nourriture. Mais ce qui nous fait peur, c’est la prochaine récolte d’octobre à décembre », affirme-t-il. Il y a alors un risque d’avoir une situation « en peau de léopard », avec des zones tranquilles où les gens ont pu cultiver, et « des poches noires » avec une insécurité alimentaire forte. « La difficulté sera de les identifier et d’intervenir, avec des problèmes de sécurité et de populations traumatisées, qui ont dû fuir », développe Alain Coutant.
 
Une production agricole vivrière
La situation est d’autant plus insoutenable que la Centrafrique est un pays extrêmement riche en uranium, en pétrole et en diamants. Mais aussi, potentiellement, en production agricole : « On peut tout produire en Centrafrique, du riz, de la noix de cajou, des fruits et des légumes… Mais le problème est que les systèmes sont mis à mal depuis 40 ans. À chaque fois qu’il y a eu une tentative de structuration des filières, une crise est arrivée ».
L’ONG Acord travaille avec plus de 30 groupements d’agriculteurs composés chacun d’une cinquantaine de membres. En temps normal, « les gens ont des cultures vivrières pour subvenir à leurs besoins. Les excédents sont vendus sur les marchés locaux pour pouvoir acheter des produits de première nécessité comme du savon, du sucre, du sel, ou de l’huile, expose Yolande Mgbolo. Les producteurs font un peu de tout : du manioc, du coton, de l’arachide, du maïs ». Le manioc est un complément alimentaire, utilisé pour fabriquer, avec de la farine, des boules de manioc, une sorte de pain local : « Les populations en mangent avec leurs autres productions comme par exemple de la pâte d’arachide ».
Mais l’insécurité a rendu difficile le travail des associations : « Les routes sont impraticables, toutes les organisations humanitaires ont été pillées ». Et pour les importations, « la Centrafrique est dépendante en tout du port de Douala au Cameroun, situé à 1 500 kilomètres de Bangui ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.